Musk face à Bezos: la guerre des étoiles éclate au‐dessus de nos têtes
Ces deux milliardaires excentriques se lancent à la conquête de l’espace, portés par le récent succès de la mission Artemis II, qui a vu la face cachée de la Lune


Francis Halin
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Elon Musk et Jeff Bezos sont gonflés à bloc et ils s’affrontent désormais au‐delà de la Terre à coups de milliards, de fusées et de satellites. Ces milliardaires excentriques ont les yeux levés vers la Lune, la planète Mars et l’orbite qui pourrait un jour héberger la nouvelle génération de centres de données nécessaires à l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle (IA). Le Journal a voulu faire le tour de leurs ambitions pour mieux comprendre ce bras de fer spatial qui nous fera vite basculer vers le futur.
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« J’aimerais mourir sur Mars »
– Elon Musk
L’homme le plus riche au monde, avec une fortune de plus de 1000 G$, ne se contente déjà pas de la Lune. Il rêve de la planète Mars.
Dans la boutique en ligne de son entreprise SpaceX, Elon Musk vend des t-shirts avec la mention « Occupy Mars ». Il porte souvent ce chandail en public.
Sa passion pour l’espace ne date pas d’hier. En 2013, il avait déjà dit : « J’aimerais mourir sur Mars. » Depuis, il a repoussé son voyage martien pour viser d’abord la Lune.
Musk et Jeff Bezos veulent obtenir de juteux contrats de la NASA. Le ravitaillement en orbite n’est pas simple et complique les choses malgré leurs ambitions.
Il y a trois ans, The Wall Street Journal rapportait déjà qu’Elon Musk « détenait le quasi-monopole sur les lancements de fusées ».
Ses fusées Falcon 9 lui ont permis de poster quelque 10 000 satellites autour de la Terre.
SpaceX pourrait entrer en Bourse d’ici 2026‐2027, selon les conditions de marché.
L’entreprise pourrait lever plus de 100 G$, pour une valorisation allant jusqu’à 2500 G$, ce qui en ferait la plus grande entrée de l’histoire.
« Levez les yeux vers le ciel la nuit et, si vous y voyez quelque chose de brillant et de mobile, il y a de fortes chances que cela appartienne à Elon Musk », écrivait récemment Thom Leonard, correspondant du Daily Mail aux États-Unis.

Starlink au Québec
Il y a un an, en pleine guerre tarifaire, quand le ministre de l’Ontario, Doug Ford, a menacé de jeter aux ordures son contrat avec Starlink, opéré par SpaceX, François Legault avait joué la carte de la prudence.
« Si demain matin on déchire le contrat de Starlink, ça veut dire qu’il y a des maisons qui n’auront plus accès à internet », avait-il soutenu.

« Je ne suis pas un grand fan de faire affaire avec cette entreprise-là. Même chose avec Amazon », avait concédé le premier ministre.
Québec a versé plus de 136 M$ à Starlink. Plus de 339 500 foyers ont pu avoir accès à internet haute vitesse, ce qui a dépassé l’objectif initial de 250 000.
« Le service Starlink permet l’accès à internet haute vitesse dans les secteurs où une connexion filaire n’est pas disponible, notamment en raison de contraintes géographiques ou de l’absence de réseau électrique », indique le gouvernement québécois.

« Il y aura des millions de personnes vivant dans l’espace »
– Jeff Bezos
Le pape américain du commerce en ligne, Jeff Bezos, met aussi sa fortune de 350 G$ au service du rêve spatial. Son entreprise Amazon vient d’acheter la semaine dernière l’opérateur de satellites Globalstar de Louisiane pour 15 G$.
Il y a un peu de canadien dans Globalstar, car c’est l’ontarienne MDA qui a décroché un contrat de 1,1 G$ le mois passé pour les satellites Leo.
L’entreprise spatiale de Bezos, Blue Origin, a été fondée avant celle de Musk.
Il y a cinq ans, Le Journal rapportait que le richissime homme d’affaires avait fait appel à une PME de Québec pour confectionner ses habits futuristes de l’espace.
L’an passé, la chanteuse américaine Katy Perry, actuelle fréquentation de l’ex-premier ministre canadien Justin Trudeau, a fait un court vol spatial avec Blue Origin.
La mannequin et actrice Emily Ratajkowski a vivement critiqué ce vol auquel ont participé Katy Perry, Gayle King et quatre autres femmes, le qualifiant de « parodie ».
D’autres personnalités publiques ont aussi exprimé leur désapprobation face au coût astronomique de ce voyage.

Protéger la Terre
« On va manquer d’énergie sur Terre. » C’est le message lancé par une employée de Blue Origin dans une vidéo promotionnelle.
Celle-ci se donne pour mission de réussir à puiser l’énergie nécessaire dans l’espace plutôt que sur la Terre.
L’idée va plus loin encore. On veut que les industries polluantes aillent un jour dans l’espace pour que notre planète redevienne un jardin, un parc national.
« Nos fusées, New Shepard et New Glenn, ont été conçues dès le départ pour être réutilisées. Chaque lanceur est doté d’une architecture à décollage et atterrissage vertical, permettant la réutilisation du propulseur jusqu’à 25 fois avec un minimum de remise en état », insiste l’entreprise en se présentant.
Or, le déploiement de satellites pose de sérieux enjeux : les débris spatiaux, le cadre juridique à avoir et le risque réel de congestion des orbites.
Au Québec, Charles Sirois, cofondateur de la CAQ, préside le conseil d’administration de NorthStar Ciel et Terre, une firme spécialisée dans la surveillance spatiale pour protéger les satellites.
Le gouvernement Legault a mis un bon 31,6 M$ dans l’entreprise spatiale montréalaise depuis 2018.

Deux milliardaires de l’espace
Elon Musk
Fortune : 1083 G$ (première fortune mondiale)
Entreprise : SpaceX
Fondation : 2002
Siège social : Hawthorne, Californie
Employés : 13 000
Projets
– Starship (fusée réutilisable)
– Colonisation de Mars Starlink (internet)
– Missions vers la Lune (NASA Artemis)
Source : Forbes et SpaceX
Jeff Bezos
Fortune : 359 G$ (troisième fortune mondiale)
Entreprise : Blue Origin
Fondation : 2000
Siège social : Kent, Washington
Employés : 10 000
Projets
– New Shepard (tourisme)
– New Glenn (fusée lourde)
– Installations humaines
– Stations spatiales privées
Source : Forbes et Blue Origin