Montréal vibre au rythme du hockey féminin

Patric Laprade
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Les arbitres sont au banc de l’annonceur. Marie-Philip Poulin vient de marquer un but en prolongation pour donner la victoire à son équipe. Un but presque parfait, alors que la capitaine avait reçu l’aide de ses deux assistantes. Un scénario de rêve. La réaction de la foule a fait lever le toit de l’Auditorium de Verdun et n’avait rien à envier à tous les buts gagnants marqués par les Denis Savard, Pat Lafontaine et Claude Lemieux dans ce même édifice.
Le problème?
On pense qu’il y a eu obstruction sur la gardienne.
Et pendant que les arbitres sont affairés à regarder la reprise vidéo, la foule se met à scander «GOAL! GOAL! GOAL!» comme si ce mot de quatre lettres était devenu un cri de ralliement.
«D’entendre les gens crier goal m’a donné la chair de poule sur le banc», a affirmé Laura Stacey en point de presse après la rencontre.
Malheureusement, le but est refusé. Obstruction sur la gardienne par cette même Stacey. Une décision qui semble la bonne lorsqu’on regarde la reprise, même si du côté de Montréal on est loin d’être d’accord. Après le match, l’entraîneure Kori Cheverie choisira bien ses mots, mais son non verbal parlait encore plus fort: elle n’était pas d’accord avec le but refusé!
«Tout le monde dans notre vestiaire serait en désaccord (avec la décision des arbitres)», se permettra-t-elle seulement de dire.
«J’ai vu un but!» dira pour sa part Poulin.
On reprend donc le jeu et avec un peu plus de deux minutes à jouer, Boston marque à son tour, un but qui ne sera pas refusé cette fois-ci. C’est la consternation.
Et c’est alors que la foule s’est mise à scander à l’unisson «Montréal, Montréal, Montréal!» en guise de support et d’encouragement. Comme le parent ou le grand frère qui te donne une tape dans le dos après t’avoir vu chuter, question de te remonter le moral.
Un support qui surpasse les attentes
Si l’équipe n’a amassé qu’un seul point dans ce match, elle en a gagné beaucoup plus avec les amateurs présents et le tout donne le ton à cette première saison.
Pour toutes les critiques que la ligue a reçues, les amateurs ont décidé d’en faire fi et d’encourager pleinement l’équipe. Comme si la destination était plus importante à leurs yeux que les moyens pour s’y rendre.
Une heure avant la partie, des centaines de personnes faisaient la file pour acheter un souvenir. Le chandail ne dit peut-être que Montréal, la tuque a le logo de la ligue, mais les amateurs ont décidé que c’était suffisant pour l’instant.
L’équipe a annoncé une foule de 3245, ce qui signifie qu’on a affiché bel et bien complet. Malgré les places debout qui ont été ajoutées, la configuration finale a demandé le retrait de certains sièges. Cinq des six prochains matchs à Verdun affichent maintenant complet. Les deux premières rencontres à Laval vont approcher les 7000 spectateurs, si elles n’atteignent pas ce plateau carrément.
Oui, ça a pris du temps avoir de pouvoir acheter des billets. Oui, certaines décisions marketing ont été douteuses. Mais les amateurs ont répondu présent à un point tel que personne ne s’y attendait.
«Ça surpasse mes attentes, a expliqué Marie-Philip Poulin après la rencontre. On voulait quelque chose de gros. Mais je pense que depuis le 1er janvier, depuis que c’est parti, de voir comment les gens en parlent, à la télé, sur les réseaux sociaux, les gens sont excités. De voir un environnement comme ça, avec vous tous dans une salle, je n’ai jamais vu autant de médias pour être honnête, alors je vous remercie beaucoup. C’est remarquable. C’est quelque chose de grand qu’on commence et on espère de continuer comme ça.»
D’ailleurs, Poulin fait bien de le mentionner. C’est une centaine de représentants des médias qui étaient présents au match d’ouverture montréalais. Une attention et un engouement qu’on ne s’attendait pas non plus du côté de la direction.
«L’attention médiatique surpasse nos attentes pour le début de la ligue, a avoué la vice-présidente séniore des opérations hockey de la LPHF, Jayna Hefford, en point de presse avant la partie. Ce n’est que le début, nous en avons beaucoup à faire, mais on comprend qu’il y a une demande en ce moment. Toutes les semaines ne seront pas comme la première semaine, mais l’engouement est réel.»
On ne s’attendait pas à grand-chose pour New York
Quand on parle de hockey, Montréal demeure un incontournable et Hefford en est bien consciente.
«Quand on regarde les marchés de hockey, Montréal est certainement au sommet de cette liste, a mentionné la quadruple médaillée d’or olympique. J’ai toujours senti la passion lorsque je jouais ici, tu la sens, tu la vois, tu l’entends, ce ne sera pas différent dans cette ligue.»
Si à Montréal la vente de billets va à merveille, ce n’est pas le cas pour New York. À peine 2 000 personnes ont assisté aux deux premiers matchs de l’équipe, un dans un aréna de la Ligue américaine de hockey, l’autre dans un aréna de la LNH.
Et pourtant, Hefford a affirmé que ces assistances étaient supérieures à leur projection. Réponse qui a surpris plusieurs membres des médias.
«Ce n’est pas une déception. On savait que New York allait être notre plus gros défi. On a excédé nos attentes, basé sur nos projections. Alors nous sommes contents des résultats. Nous avons mis plus de ressources dans ce marché, car on savait que ça allait être difficile. Il y a 20 équipes de sports professionnels dans la grande région de New York.»

De bonnes cérémonies d’avant-match
On a fait les choses de la bonne façon du côté de Montréal pour ce premier match.
Une belle mise en scène signée Christine Montpetit et son équipe, que certains ont même qualifiée de supérieure à ce que le Canadien avait offert en octobre dernier.
Même si deux Québécoises ne jouaient pas, on leur a demandé d’enfiler leur uniforme afin d’être présentées à la foule lors des cérémonies d’avant-match.
Une belle surprise a été de voir Mélodie Daoust, qui n’a toujours pas joué un match cette saison, elle qui fait partie des réservistes. Après Poulin et Desbiens, c’est elle qui a reçu la meilleure ovation.
Ensuite, juste avant l’interprétation des hymnes nationaux par l’excellente Lulu Hughes, on a rendu hommage aux pionnières du hockey féminin. C’est donc tour à tour que les légendes Danielle Goyette, France St-Louis, Kim St-Pierre, Caroline Ouellette et Danièle Sauvageau ont été présentées à la foule. Si on exclut la directrice générale de Montréal, on parle de sept médailles d’or olympiques et 24 médailles d’or aux championnats mondiaux.
Des pionnières, avec un grand P.
Kori Cheverie en français!
En point de presse après la rencontre, Kori Cheverie a demandé à dire quelque chose avant de répondre à la première question. Et c’est en français qu’elle s’est exprimée.
«Bonjour tout le monde. Merci pour votre support. Maintenant, j’apprends le français avec mon professeur. Alors merci pour votre patience avec moi.»
Cheverie n’est pas la seule à avoir pris le temps de s’adresser aux médias dans la langue de Charlebois. Laura Stacey y est allée d’une réponse en français à la suite d’une demande d’un collègue journaliste.
«C’est magnifique, c’est un moment spécial surtout pour les joueuses qui viennent du Québec.»
C’est moi où c’est déjà mieux que certaines vedettes du Canadien adulées pourtant par les amateurs? Bref.
Parlant de la langue, j’ai questionné l’entraîneure sur sa décision de ne pas faire jouer deux Québécoises (Brigitte Laganière et Gabrielle David) lors de ce match d’ouverture. Surtout que Leah Lum, une attaquante qui peut jouer à la pointe, qu’on a préférée à Laganière, n’a pas connu un fort match, faisant même une chute à la ligne bleue de Boston, créant une échappée.
«Former un alignement est un casse-tête et c’est basé sur ce qu’on a besoin à un moment dans le temps et ce qui va nous permettre d’avoir un alignement qui va pouvoir générer de l’attaque. Elles sont évidemment deux bonnes joueuses que nous allons avoir besoin au fur et à mesure que la saison va progresser.»
C’est vraiment une autre Québécoise, Catherine Dubois, qui a forcé la note et qui a créé cet effet domino comme je l’expliquais hier dans mon blogue. Et quand on écoute Cheverie en parler, on comprend mieux pourquoi.
«Je pense que Dubois amène beaucoup dans la chambre. À l’extérieur de la patinoire, toutes les filles l’aiment. Elle amène une énergie à l’aréna qui est contagieuse. Sur la patinoire, elle laisse sa marque et c’est quelque chose que toutes les équipes recherchent. Dans une ligue où il y a d’excellentes gardiennes, le fait qu’elle se dirige toujours vers le filet et qu’elle reste devant le filet, peu de joueuses vont faire ça. Alors je suis très heureuse pour elle, d’avoir été capable de s’amener avec l’équipe et d’avoir un impact dès le début.»
Est-ce que Dubois forcera la note de Danièle Sauvageau, au point de laisser aller une attaquante avec un contrat d’un an seulement question de lui faire une place?
Ça reste à voir. En attendant, Dubois devrait être dans l’alignement de mardi à la Place Bell, le dernier match de l’équipe avant la fin de son contrat de 10 jours. Une situation qui sera à surveiller.
Une expansion ou un club-école, telle est la question
Maintenant que chaque équipe a eu son premier match à domicile, j’ai demandé à Jayna Hefford lors de son point de presse en après-midi, ce qui était le plus important dans les projets à plus long terme de la ligue: augmenter le nombre d’équipe ou ajouter des clubs-écoles pour faciliter le développement des joueuses professionnelles.
«Les deux options sont sur notre radar, a répondu la dirigeante. Jusqu’à présent, on s’est concentré sur le lancement de la ligue et les buts à court terme. On a des buts à long terme, mais on n’avait pas le luxe d’avoir du temps pour les réaliser. On ne veut pas accroître le nombre d’équipes trop rapidement. On veut le faire de manière intelligente pour garder la meilleure qualité de jeu possible. Mais on sait que chaque année, il y a de plus en plus de joueuses qui s’ajoutent au groupe et les équipes vont vouloir plus de joueuses. Alors les deux sont sur notre radar.»
Parce qu’en ce moment, il y a un grand vide entre la LPHF et le niveau universitaire en Amérique du Nord. Des clubs-écoles ou un genre de «taxi squad» qui pourraient jouer et pratiquer entre elles pourraient être des solutions à envisager.
D’ailleurs, j’ai rencontré plusieurs joueuses hier qui jouaient professionnel dans la PHF l’an dernier ou qui sortent de l’université et qui n’ont simplement pas d’endroit où jouer en ce moment. Certaines ligues de garage ne veulent rien savoir d’avoir des femmes, d’autres trouvent que certaines joueuses sont juste trop fortes pour le niveau de leur ligue. Alors, ne vous surprenez pas de voir une ou des ligues de garages féminines dans les prochaines semaines ou la saison prochaine.
En fin de point de presse, Hefford a précisé certains questionnements qui vont de pair avec le développement et le nombre de joueuses par équipe.
«L’intention c’est qu’il n’y ait pas un âge minimum (pour le repêchage). Cela dit, on croit à une bonne éducation et l’opportunité de jouer dans cette ligue ne devrait pas surpasser ça, a-t-elle expliqué. On regarde pour 8 rondes pour le prochain repêchage en ce moment (il y en avait 15 lors du premier repêchage). Mais en cours de route ça pourrait changer.»
Victoire pour le hockey féminin
C’est le titre de l’article signé par la collègue Mylène Richard au Journal de Montréal.
Parce que malgré la défaite de Montréal, la journée a eu l’effet d’une victoire. Pas pour l’équipe locale, mais pour le sport de façon générale.
Et je vais laisser le mot de la fin à Laura Stacey. Âgée de 29 et ayant terminé son passage universitaire il y a sept ans, elle est bien placée pour parler de l’importance de la journée d’hier.
«Bien sûr qu’aujourd’hui est une victoire pour le hockey féminin. Depuis qu’on a débuté le 1er janvier, ça a été une victoire pour notre sport, mais aussi pour le sport féminin en général. Et ici à Montréal aujourd’hui, d’avoir une journée comme ça, c’est 100% une victoire même si on aurait aimé gagner le match. On doit voir la journée qu’on vient de passer comme une victoire et de regarder le tout avec recul et perspective.»
Recul et perspective.
C’est aussi de cette manière que l’on va devoir regarder la LPHF. Tout n’a pas été parfait. Tout n’est pas parfait. Tout ne sera pas parfait. Mais force est d’admettre que le tout est bien commencé. Espérons que ça continue.
Crédits photos : LPHF