Le Plateau-Mont-Royal embourgeoisé... et pourtant délabré
La chroniqueuse Josée Legault déplore la dégradation de certains lieux publics


Louis-Philippe Messier
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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.
Un parc La Fontaine dont la fontaine hors service sert d’urinoir à ciel ouvert. Une rue Saint-Denis engorgée et dangereuse pour les piétons. Un Quartier latin économiquement sinistré. Le tout forme une sorte de triangle peu glorieux au cœur de Montréal.
Autant le quartier s’est embourgeoisé, autant, bizarrement, certains de ses «joyaux» les plus connus ont périclité, constate ma collègue, Josée Legault, qui y réside comme locataire depuis 1995.
«Je suis arrivée un peu avant le dernier référendum et le parc La Fontaine était encore un lieu champêtre avec de belles fleurs, des pédalos et plein d’activités sur les étangs.»
Dans les années 1960 et 1970, rappelle la chroniqueuse, il y avait même des petits bateaux pour les familles dans ce parc de l’arrondissement Le Plateau-Mont-Royal.
«C’était beau, vivant et plein d’enfants. Tout ça a disparu.»
Piteux état
Un canard pitoyable patauge dans une flaque non loin d’un cabanon couvert de graffitis.
Nous marchons sur ce qui fut un trottoir avant d’être laissé à l’abandon. L’asphalte retourne lentement à l’état terreux.
«C’est le printemps, on est en mai et, bien sûr, le bassin de l’étang n’a pas encore été rempli.»

Nous empruntons un chemin piétonnier crevé de nids-de-poule pour parvenir au pavillon de restauration où nous attend une statue de baleine au crâne défoncé et à la peinture écaillée.
Un jeu de marelle défraîchi orne l’asphalte. Des grilles empêchent de s’asseoir sur les banquettes en surplomb du bassin.
«Autrefois, c’était ouvert à tous. Pas d’obligation d’acheter pour s’asseoir. Maintenant, c’est grillagé.»
Pissoir
Autour du bassin nord où le chantier de réfection du théâtre s’étire depuis des années, des gens sont assis devant un trou de gravelle envahi de mauvaises herbes.
Par un isthme de gravier vers la fontaine inactive, la nuit, on vient y uriner.
«Il y a une grossière insuffisance de toilettes dans le parc, alors les gens se soulagent dans les ruelles des alentours», ajoute Josée Legault.

En voiture sur la rue Saint-Denis, il y a du trafic. En plus de l’immense chantier qui n’en finit plus au coin de l’avenue des Pins. Il est 14 h.
«C’est une autoroute à vélo difficile à naviguer pour les piétons. La circulation automobile, jadis fluide, ne l’est plus. Donc, davantage de pollution et d’impatience.»
La rue autrefois très passante avec de belles terrasses a vu son cachet se ternir en 25 ans...
Comme le Bronx des années 1970
Nous poussons jusqu’au Quartier latin à l’intersection d’Ontario et... c’est sinistre.
Trois des quatre coins comportent des locaux commerciaux vacants.
Devant ce qui était un hôtel se trouve un ramassis de cochonneries diverses, de la nourriture pourrie en allant jusqu’à des morceaux de ciment cassé.
«Ce délabrement me rappelle le Bronx [à New York] dans les années 1970 et il n’y a qu’à Montréal qu’on tolère ça, on ne verrait pas ça à Québec ou à Toronto», dit Mme Legault.
Elle me parle de son ras-le-bol pour suggérer aux Montréalais de s’exprimer.
«Il faut arrêter de tolérer ce haut niveau de négligence si on veut retrouver la beauté du quartier.»
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