Montréal, boudée au profit de la «Toronto de calvasse!»

Jean-Charles Lajoie
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Mon ami Tony Marinaro et moi devenons très cyniques lorsqu’il est question de Montréal, ville de sport.
Je dis Montréal, mais je devrais dire le Québec en fait, car avec la perte des Nordiques en 1995, une perte dont je souffre encore terriblement, c’est tout le Québec qui, lentement mais sûrement, est dépossédé de ses atouts sportifs au profit de la vraie métropole du trop grand pays, la grande idole en papier, la Toronto de calvasse.
Montréal a ses charmes, c’est vrai. Elle a le Canadien, qui demeure l’équipe de hockey la plus célèbre, la plus reconnue et la plus titrée au monde...
Montréal a une équipe en MLS... ou du moins un restant d’équipe en MLS. Le meilleur circuit professionnel des trois Amériques, mais il est convenu et très juste de se demander pour combien de temps encore.
Montréal règne de nouveau sur le football canadien, merci à Pierre Karl Péladeau sans qui peut-être que Montréal ne serait même plus membre de la Ligue canadienne de football.
Montréal résiste encore à l’envahisseur et conserve pour le moment son Grand Prix du Canada... et même si la question est moins pertinente que dans le cas du CF Montréal, elle mérite néanmoins d’être posée : pour combien de temps encore?
Le Grand Prix de Formule 1 est un attrait touristique majeur, un moteur de retombées économiques et la plus grande vitrine annuelle pour Montréal, même si le cirque ne débarque en ville que pour quatre jours.
L’impact de ce week-end de juin est exponentiel. Voilà pourquoi les bonzes de la série en demandent toujours plus, ce que nos gouvernements semblent moins enclins à supporter, du moins jusqu’au niveau demandé...
Il n’y a aucun doute qu’à Toronto, Maple Leaf Sports & Entertainment (MLSE) surveille, pour ne pas dire guette de très près ce qui se passe ici... et déroulerait son imbuvable tapis bleu assorti de feuilles d’érables pour Formula One Management.
Quoique ces derniers pourraient très bien remplacer Montréal par une autre épreuve aux États-Unis, qu’ils ont au cœur de leur plan de développement depuis qu’ils ont avalé le tsar Bernie Ecclestone...
Montréal va recevoir la crème du golf mondial au Club Royal en début d’automne avec la tenue de la Coupe des Présidents.
Pour moi, Montréal demeure la destination de choix au Canada pour les grands événements internationaux ponctuels. Montréal est une ville événementielle formidable et ses charmes plaisent à beaucoup de décideurs associés aux grands rendez-vous planétaires.
Là où Montréal échoue, c’est lorsque vient le temps d’obtenir ou de garder des franchises de sports perpétuelles. Le Canadien est ici et règne sur la ville et, hélas, sur tout le Québec. Ça ne risque pas de changer de sitôt.
Les Alouettes sont bien en selle, tant mieux. Le CF vacille et sa survie ne peut pas être considérée comme étant assurée, loin de là.
Les Expos? Ils ne reviendront probablement jamais depuis le dernier espoir d’association avec Tampa Bay... et encore, je ne dis pas que le baseball majeur ne lorgnerait pas une expansion, ici à Montréal, mais est-ce qu’une grande fortune québécoise joindrait le mouvement? Est-ce que le Holding Bronfman voudrait encore mener le projet de renaissance de nos Z’Amours? Rien n’est moins certain...
Pendant ce temps, la Toronto appuie massivement les Blue Jays dans la division la plus relevée et titrée du baseball majeur, l’Est de l’Américaine. Les Jays qui remplissent leur stade renouvelé de manière exceptionnelle en vendant bon an mal an quelques centaines de milliers de billets à des... Québécois amateurs de balle qui font la route vers la Toronto.
Je suis en outre convaincu du succès d’un club de la NBA à Montréal, en dépit de la perte de plus de 5000 emplois très bien rémunérés dans l’industrie des jeux-vidéos au profit de l’intelligence artificielle. Ces emplois touchaient une forte proportion de milléniaux grands fans de basketball.
Le grand rêve de Michael Fortier est bien vivant mais sa faisabilité est affectée par une crise majeure qui secoue l’emploi dans ce secteur névralgique de notre économie. En attendant, l’Alliance et la Toundra font très bien devant des gradins remplis à 3500 spectateurs avec un coût de billet ridiculement bas. Et Toronto acclame les Raptors dans la meilleure ligue au monde...
Le débat est sans fin et il est surtout pertinent, mais un fait demeure : les décideurs internationaux placent Montréal au haut de leur liste d’événements ponctuels et viennent profiter des charmes et de l’architecture fantastique de la métropole francophone d’Amérique. Mais les grands circuits professionnels majeurs continuent de bouder notre ville et notre province... au profit de la grande idole en papier qui ne cesse de nous déposséder depuis ce soir de novembre 76 où un certain René a accédé au pouvoir sous la bannière du parti Québécois!