Montréal a perdu ce petit quelque chose de plus

Jean-Charles Lajoie
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Ils étaient 20 glorieux, 20 tissés serrés grâce à qui ont été consacrés des superlatifs tels que la Sainte-Flanelle.
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Le grand Yvan Cournoyer a gagné à lui seul plus de coupes Stanley que les membres de la formation de départ du Canadien au complet, mardi soir, n’en gagneront jamais dans leurs petites carrières.
C’était une sobre et belle cérémonie. Une façon pour la direction actuelle de tendre les bras vers ceux meurtris, ceux des idoles du passé, ceux que l’ex-directeur général n’avait pas très élégamment tassés des installations de l’équipe.
Et puis, au fond, peu importe la motivation derrière cette cérémonie, elle se voulait une autre occasion pour le groupe actuel de s’imprégner de ce qui a façonné cette grande organisation.
Résultat: après à peine 11 minutes pis une misérable douzaine de tirs au but, c’était 4 à 0 pour les Rangers. C’était gênant, honteux en fait. Et en même temps, ç’a révélé beaucoup de choses sur ce qui se passe actuellement.
Il se passe que les nostalgiques finis comme moi ont beau chialer sur tout le lustre perdu par ce céleste chandail, ceux qui le portent aujourd’hui n’en ont rien à cirer!
Vous trouvez que c’est sévère comme jugement? Alors, prouvez-moi le contraire! Donnez-moi des exemples concrets d’un groupe uni dans un but commun simple comme gagner tous les soirs et que ce but s’incarne par ce chandail bleu, blanc, rouge.
La vérité, hélas, c’est que les enfants rois d’aujourd’hui savent que si ça ne se fait pas ici, ça va se faire ailleurs. Ils savent que l’organisation n’attend aucun résultat de leur part, à la limite une progression, sans plus.
Ils ont entendu les échos d’être dans le mix. Je suis convaincu qu’ils en rigolent en se demandant ce que ça peut bien vouloir dire, au juste.
La vérité, c’est que Montréal a perdu. Perdu ce petit quelque chose de plus. Ces détails particuliers et inexplicables qui faisaient que le Canadien était intimidant, que les clubs qui débarquaient ici savaient que ce serait tough. Pendant très longtemps, le CH menait 2 à 0 avant même que la première rondelle tombe tellement l’adversaire faisait un kéka nerveux avant le match.
Cette époque lointaine n’existe plus. Il n’en reste plus rien. On est morts, on est mornes, on l’a échappé. On est semblables à Columbus ou à Calgary. On n’a plus rien qui nous distingue. Alors, on s’excite de quelques phénomènes individuels, Caufield tantôt, Hutson tantôt, et qui encore tantôt.
Mais le collectif, lui, il lui arrive quoi? Il ne lui arrive rien! On a un groupe heureux de dépenser du gros argent en gang dans des endroits branchés ou d’aller jouer aux quilles ou de rivaliser d’originalité de leurs costumes lors du party d’Halloween. Des bons petits gars investis envers eux-mêmes, mais pas le moins du monde envers le chandail qu’ils portent.
Normal, personne ne les regarde de travers quand ils font des gaffes, leur temps de glace n’en souffre jamais. Pire, tu peux en te le pognant à trois mains te retrouver sur le premier trio un soir donné... pourquoi? Bin, parce que c’est important de te donner toutes les chances de te relancer.
Autre vérité, ce phénomène des enfants rois élevés dans la ouate n’est pas une exclusivité du marché de Montréal, mais avant longtemps, il faudra se demander si la méthode mise de l’avant ici est la bonne pour gérer le profil général du joueur d’aujourd’hui.
Plusieurs coachs savent très bien que le seul levier qui leur reste avec leurs joueurs est le temps de glace et les situations dans lesquelles ils les utilisent.
Pas ici et je pense que c’est une large part du problème qui mine cette équipe. On n’y va pas au mérite, on gère des hiérarchies. Sérieusement, vous voyez une évolution par rapport à la saison dernière actuellement, vous autres? Où ça?
Les bons p’tits gars mardi soir n’avaient aucune idée. Montréal, Utah, Tombouctou, Winnipeg, ils n’en ont rien à cirer. La nostalgie, ils ne connaissent pas ça parce que leur nez est enfoncé profondément dans leur petit nombril, pis c’est tout. Je généralise, je sais. David Savard ne répond pas à ce profil-là. Matheson, Suzuki, Evans et Gallagher non plus, mais ils sont une minorité au milieu de la garderie.
Au final, si tu ne trouves pas une façon d’allumer le groupe, de le rassembler, de l’unifier et de le faire jouer ensemble, ne compte pas sur eux autres pour le faire tout seuls. Ils ne sont pas cons, quand même. Ils savent que, tôt ou tard, le coupable ce ne sera pas eux autres.
Je sais, c’est un peu cinématographique, mais si j’avais été le coach du Canadien mardi soir, j’aurais fait passer à travers le vestiaire les 20 glorieux entre la une pis la deux, avant bien entendu de clouer Anderson au banc pis de descendre Dach sur le quatrième trio. Mais ça, je présume que c’est beaucoup trop demander.
Au fait, Martin, on commence-tu à coacher pour vrai bientôt?!