Modi en Ukraine: le lent alignement de l’Inde sur les démocraties


Loïc Tassé
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Un des problèmes de la politique extérieure de l’Inde est que pour des raisons historiques, elle défend le non-alignement sur les États-Unis ou sur la Russie et la Chine, alors que de manière réaliste, tout la pousse vers un soutien aux démocraties. La visite de Narendra Modi en Russie il y a un mois, puis en Ukraine ce vendredi, n’a fait que souligner davantage cette contradiction. Hier, Modi a encore une fois évité de prendre une position ferme sur la guerre en Ukraine et il a rappelé la politique de neutralité de son pays. Mais pendant sa visite, il a aussi assisté à une cérémonie de commémoration à la mémoire des enfants ukrainiens morts pendant la guerre contre la Russie. Il a également signé quatre accords de coopération non militaires avec l’Ukraine.
1) Pourquoi l’Inde se dit-elle non alignée?
Le non-alignement de l’Inde date de la guerre froide. À l’époque, les dirigeants indiens tentaient de défendre une troisième voie, entre l’URSS et les États-Unis. Jawahar Nehru, le premier premier ministre de l’Inde indépendante, avait tenté d’industrialiser l’Inde avec une politique qui entremêlait le libre marché, l’économie planifiée et l’autonomie économique. Dans les faits, cette troisième voie n’a jamais vraiment fonctionné, mais elle a permis à l’Inde de conserver de bonnes relations tant avec les États-Unis qu’avec la Russie. De nos jours, cette troisième voie trouve son prolongement dans la politique de neutralité de l’Inde à l’égard de l’Ukraine.
2) Pourquoi l’Inde aurait-elle à présent avantage à s’aligner sur le camp américain?
L’Inde fait face à la rivalité commerciale et géostratégique de la Chine. Le gouvernement chinois entretient des relations de plus en plus étroites avec plusieurs pays voisins de l’Inde, comme la Birmanie. La Chine cherche à étendre ses marchés. Sa flotte devient chaque jour plus menaçante, y compris dans l’océan Indien. D’autre part, la Chine et l’Inde entretiennent plusieurs contentieux de frontières. Par ailleurs, les États-Unis sont le premier marché d’exportation de l’Inde, avec 18% de celles-ci, tandis que la Chine n’arrive qu’au 4e rang, avec 3%. Enfin, l’Inde demeure une démocratie, comme l’ont démontré les dernières élections. Par conséquent, pour des raisons de soutien à la démocratie, de concurrence commerciale et de menaces militaires chinoises, l’Inde a un intérêt grandissant à s’éloigner du couple russo-chinois.
3) Qu’est-ce qui empêche l’Inde de s’éloigner de la Russie?
L’Inde consacre plus de 2% de son PIB aux dépenses militaires. Elle est donc un des plus grands acheteurs mondiaux d’armement. La Russie comble environ 50% des achats d’armement de l’Inde. C’était auparavant 70% de ces derniers. Malgré tout, l’armée indienne demeure très dépendante de la technologie et des pièces de rechange russes. D’autre part, l’Inde tire avantage du pétrole que la Russie lui vend au rabais.
4) L’Inde peut-elle servir d’arbitre dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie?
Un arbitrage entre la Russie et l’Ukraine n’est pas encore mûr. Pour qu’il le soit, il faudrait soit des victoires militaires significatives, soit qu’un des deux pays se trouve en danger d’effondrement. Or, tant que la Chine soutiendra la Russie ou que les alliés de l’Ukraine resteront aux côtés de celle-ci, un tel effondrement demeure hypothétique.
5) L’Inde va-t-elle finir par s’aligner?
Étant donné les avantages que l’Inde y trouverait, il se pourrait très bien qu’au cours des années qui viennent, le pays s’aligne de plus en plus sur le camp des démocraties.
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