Un an de pandémie: mobilisation sans précédent de la Croix-Rouge au Québec
Pascal Mathieu | vice-président de la Croix-Rouge canadienne
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Pour les humanitaires que nous sommes, être prêts à intervenir relève non pas d’une seconde nature, mais bien d’un état constant de vigilance. Nous serons là pour faire face aux catastrophes, aux sinistres, aux impacts des gestes, volontaires ou involontaires, posés par des individus ou relevant de la décision d’une organisation. La prévention de la fatalité, quelle qu’elle soit, fait partie intégrante des actions de la Croix-Rouge, tout comme ses principes fondamentaux d’humanité, d’impartialité, d’indépendance, de neutralité, de volontariat, d’unité et d’universalité lors de ses interventions d’urgence et de rétablissement.
Dès février 2020, la Croix-Rouge canadienne s’est mobilisée en réponse à la pandémie de la COVID-19 qui allait se dessiner jusqu’à aujourd’hui. Des équipes spécialisées ont été envoyées au Japon auprès de Québécois et de Canadiens hébergés en milieu hospitalier à la suite d’une éclosion sur un bateau de croisière. Nous avons fait de même en mobilisant ici des équipes avec du personnel médical et spécialisé en soutien psychosocial pour accueillir des voyageurs revenant au pays afin de leur offrir un isolement sécuritaire. Nous savions, dès lors, que ce virus pouvait s’avérer fort contagieux, dangereux, voire mortel.
Premières en sol québécois
Depuis plus d’un an déjà, à l’instar des autorités et de la population, nous avons dû nous adapter pour affronter cet ennemi singulier. La Croix-Rouge jouit néanmoins de sa capacité à puiser dans ses diverses expertises pour les déployer là où se trouvent les besoins urgents et émergents. Ce sont donc une série de « premières » en sol québécois que les équipes de diverses sphères au sein de la Croix-Rouge canadienne ont mis en œuvre pour répondre aux impératifs de la crise.
Jamais nos équipes de Prévention et contrôle des épidémies, déployées jusqu’à présent ailleurs dans le monde où des éclosions de diverses maladies ou virus font surface, dont l’Ebola et le choléra, n’avaient été dépêchées ici. Depuis avril dernier, cette équipe d’experts, à laquelle se sont greffées plusieurs autres personnes au profil médical et en santé publique, est intervenue dans 231 établissements publics et privés aux prises avec des problématiques liées à la COVID-19 pour analyser leurs pratiques et les conseiller, et ce, afin de prévenir et de contenir des éclosions.
Jamais notre secteur de formation ne s’était mobilisé si rapidement pour mettre au point des formations adaptées, concertées et destinées au personnel des Forces armées canadiennes et du réseau de la santé et des services sociaux du Québec. À ce jour, près de 16 000 personnes ont bénéficié d’une préparation et d’une sensibilisation relatives à leur rôle et au mandat reçu par les autorités.
Soutien au front
Jamais les bénévoles de la Croix-Rouge n’avaient eu à offrir leur soutien et les services de façon virtuelle à des sinistrés. Une distance forcée et contre nature pour ces femmes et ces hommes rompus au réconfort et habitués à se déplacer peu importe quand et où la catastrophe frappe.
Jamais la Croix-Rouge n’avait recruté autant de gens prêts à s’engager pour aller au front épidémique dans 89 milieux de vie pour tenter de freiner la pandémie et, ultimement, savoir qu’elles et ils auront contribué à sauver, elles et eux aussi, des vies, des joies de vivre et la dignité des personnes âgées affectées! Ce sont 1114 personnes d’horizons variés qui ont répondu à la mobilisation d’une Force humanitaire exceptionnelle, dont les membres reviennent tous autant qu’ils sont avec des témoignages d’équipes et de résidents reconnaissants de leur travail, de leur bienveillance et de leur humanité.
Jamais la Croix-Rouge n’avait érigé des cliniques et des hôpitaux mobiles à divers endroits tels que Montréal et Chisasibi, à l’est de la baie James, pour accroître les capacités d’hébergement des organisations médicales, sanitaires et communautaires.
Sur fond d’explosion industrielle dans le port de Beyrouth au Liban, d’embâcles et d’inondations le soir de Noël dans la région de la Capitale-Nationale, d’incendies résidentiels quotidiens sur tout notre territoire, et de coordination humanitaire dans des quartiers et arrondissements du Grand Montréal afin de soutenir et de coaliser les milieux pour répondre aux besoins des populations les plus éprouvées par la pandémie, la Croix-Rouge a, depuis un an, sans cesse puisé à la source de sa mission pour répondre à l’appel des autorités, pour mettre en place des solutions agiles, novatrices et humaines et pour s’aventurer là où souvent personne ne va.
Le travail humanitaire, souvent accolé aux nécessités de terrains éloignés de notre quotidien, a bel et bien démontré son œuvre utile grâce à sa capacité d’adaptation et à son attraction.
Le travail n’est pas fini
S’il y a une conclusion que je puisse tirer de cette année éprouvante, c’est qu’un nombre insoupçonné de Québécoises et de Québécois de tous âges et toutes origines ont désiré donner un sens à cette pandémie en joignant les rangs de la plus grande organisation humanitaire au monde. Elles et ils se sont investis au sein d’équipes, composées d’acteurs de premier plan, déjà entraînées à incarner le pouvoir de l’humanité. Je tiens à les en remercier!
Notre travail ne s’arrêtera pas là. Une deuxième année dans le spectre de la COVID-19 s’entame sur fond de mobilisation dans les opérations de vaccination, dans les municipalités de toutes tailles, comme dans le Grand Nord. Notre action se poursuivra également par des activités de formation et de soutien des individus victimes de sinistres, sans oublier les essentielles campagnes de collecte de fonds nécessaires pour assurer la pérennité des pans de notre mission.
J’ai la responsabilité du déploiement des opérations de la Croix-Rouge au Québec et je puis vous assurer que nos équipes, composées de bénévoles et d’employés, vont continuer de répondre présentes, même ce à quoi nous ne connaissons pas encore la nature ni la hauteur des besoins. Je veux remercier les humanitaires de la Croix-Rouge qui n’ont jamais hésité à prêter main-forte à leurs pairs et dans leur milieu avec diligence et détermination depuis un an.
Ce 11 mars est certes, pour nous aussi, une date importante au calendrier de cette pandémie, mais cela démontre, depuis plus d’un an, la nécessaire présence d’une organisation qui sait et qui peut, de façon unique et grâce à sa neutralité et à sa polyvalence, répondre aux besoins engendrés par des menaces aussi insidieuses que tenaces.