Mises à pied, fin des procédures judiciaires, expulsions massives d’immigrants: voici ce qui nous attend avec le retour de Donald Trump
Héloïse Archambault et Hugo Duchaine
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Expulsions massives d’immigrants, fin des procédures judiciaires et mises à pied au sein de l’État: le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche aura des impacts majeurs sur les États-Unis, mais qui se feront ressentir aussi chez nous. Pour le politologue Rafael Jacob, il reste difficile de prédire si le nouveau président de 78 ans réalisera toutes ses promesses incendiaires, à l’image de son personnage «erratique, imprévisible et décousu».
La Maison-Blanche plutôt que la prison
Il s’agit d’une première historique: un criminel a été élu président des États-Unis.
Donald Trump devait bientôt recevoir sa sentence pour avoir falsifié des documents afin de cacher ses paiements à une actrice porno (Stormy Daniels). Quant aux deux causes fédérales qui pèsent contre lui, notamment d’avoir comploté pour tenter d’invalider le résultat électoral de 2020, Trump avait promis d’y mettre fin.
Selon CNN, sa réélection signifiera vraisemblablement la fin des procédures judiciaires.

«Une fois qu’un président arrive en poste, il a une espèce d’immunité présidentielle pendant son mandat», souligne Frédérick Gagnon, directeur de l’Observatoire sur les États-Unis à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
«Il y a très peu de chances que ça se règle d’ici son arrivée en janvier. Une fois au pouvoir, Trump pourrait faire tomber ces affaires-là. En devenant président, il peut demander au département de la Justice d’y mettre un terme», ajoute-t-il.
Hier, des gens accusés pour l’assaut du Capitole à Washington, le 6 janvier 2021, ont demandé à Trump de recevoir le pardon présidentiel.
L’immigration en priorité
Trump a fait du contrôle de l’immigration «l’argument numéro 1» de sa campagne, explique le politologue Rafael Jacob. Il s’attend ainsi à ce que très rapidement, à son retour à la Maison-Blanche, Trump signe des décrets pour renforcer les contrôles.
Quant à sa promesse phare de déportations massives de millions d’immigrants illégaux, il est moins clair pour M. Jacob si le nouveau président ira de l’avant.

«Ça va nécessiter un niveau de répression et une mobilisation militaire semblables à un régime autoritaire», fait valoir le spécialiste de sociologie politique de l’Université McGill Barry Eidlin.
Mais Frédérick Gagnon, directeur de l’Observatoire sur les États-Unis à l’UQAM, croit que Trump n’aura pas le choix de tenir promesse. Et s’il veut expulser un grand nombre de migrants, le Canada «peut devenir une solution attrayante».
Des milliers d’employés congédiés
Des dizaines de milliers d’employés fédéraux pourraient perdre leur emploi si Donald Trump met en place sa promesse électorale de réformer le gouvernement fédéral, ayant maintes fois évoqué les théories complotistes du Deep State. Il souhaite remplacer les travailleurs qu’il a qualifiés de «corrompus» par des «loyalistes», soit des gens qui lui sont fidèles.
«Trump a une volonté de nommer des yes men autant que possible. Il y avait eu de la résistance au sein de sa première administration. [...] Il va vouloir aller de l’avant rapidement avec son programme», souligne Frédérick Gagnon, directeur de l’Observatoire sur les États-Unis à l’UQAM.
Une chose est claire; cette vision pourrait paralyser le pays et créer de la division.
Climatoscepticisme au pouvoir
Lui-même climatosceptique, Donald Trump a promis de freiner les dépenses de son prédécesseur, Joe Biden, dans les énergies vertes.
«Il s’oppose de façon assez acharnée aux voitures électriques», remarque Barry Eidlin, de l’Université McGill. Ainsi, son retour à la Maison-Blanche signifie un bar ouvert pour l’industrie pétrolière, dit-il.
«Sa philosophie, c’est “drill, baby, drill”», a affirmé au média américain Bloomberg Dan Eberhart, PDG d’une entreprise pétrolière.
Le droit à l’avortement pourrait reculer
Même si chacun des États a le pouvoir de légiférer sur le droit et l’accès à l’avortement, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait compliquer l’obtention de ce soin de santé.
«Des organismes d’aide pourraient voir leurs fonds du fédéral coupés. Je m’attends aussi à ce que ce soit plus difficile d’offrir des avortements pour des programmes d’assurances qui impliquent l’État, comme pour l’armée ou pour les employés fédéraux, souligne Guillaume Lavoie, politologue membre de la Chaire Raoul-Dandurand, à l’UQAM. Mais ce ne sera pas une attaque frontale.»

Puisque Donald Trump a le contrôle du Sénat, il pourra aussi nommer de nouveaux juges conservateurs à la Cour suprême dans deux ans et ainsi s’assurer que le débat ne soit pas relancé.
Un mur tarifaire qui coûtera cher
Donald Trump a promis d’instaurer un «mur tarifaire» allant jusqu’à 20% sur toutes les importations qui entrent en sol américain. Selon plusieurs experts, cette mesure aura un impact négatif partout dans le monde, y compris aux États-Unis. Au Canada, cela toucherait plusieurs secteurs comme l’énergie, l’aluminium et l’automobile.
Des milliers d’emplois au pays dépendent des exportations vers les États-Unis. Si nos voisins achètent moins, il y aura un impact. Or, plusieurs experts prédisent une catastrophe économique si Trump va de l’avant.
«S’il met en place la moitié de ce qu’il a annoncé, on va avoir une spirale inflationniste immédiate, prédit Arthur Silve, professeur d’économie à l’Université Laval. Mais ce qu’il a annoncé semble impossible à mettre en place et une catastrophe pour les Américains eux-mêmes.»
L’Ukraine larguée par les États-Unis?
Le retour de Donald Trump n’est pas une bonne nouvelle pour l’Ukraine, puisque le candidat a remis en question l’aide américaine et a même promis de mettre fin à la guerre «en 24 heures».
Enlisée dans un conflit avec la Russie depuis 2022, l’Ukraine avait profité d’un fort appui de la Maison-Blanche jusqu’ici.
«Trump va peut-être vouloir forcer la main à Zelensky [l’obligeant à faire des compromis], croit Jocelyn Coulon, ancien conseiller politique du ministre des Affaires étrangères du Canada. Ça va être très difficile, mais c’est ça, ou alors il n’y a plus d’aide américaine.»
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