Mirabel: expropriés pour l’aéroport, ils craignent de revivre le même cauchemar pour le TGV
De nombreuses familles expropriées pour l’aéroport de Mirabel se retrouvent maintenant dans le corridor à l’étude pour le TGV


Olivier Faucher
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Plus de cinquante ans après avoir vu leur famille être expropriée pour l’aéroport, des propriétaires de Mirabel craignent de revivre le même cauchemar pour le futur TGV du fédéral, puisqu’ils se trouvent dans une zone étudiée pour bâtir le chemin de fer.
«Est-ce qu’il va falloir se battre comme on l’a fait dans le temps? Aller manifester?» angoisse Sylvain Éthier, de la cabane à sucre Famille Éthier, à Mirabel.
Son terrain se trouve au milieu du corridor large de 10km à l’étude par Ottawa et dévoilé au cours des dernières semaines par Alto.
La société d’État mène actuellement des consultations pour déterminer où construire le chemin de fer dans cette zone. Alto soutient avoir besoin d’une largeur de 60 mètres pour son TGV.

Le long du tracé qui relie Québec à Toronto, de nombreux terrains devront être acquis ou faire l’objet d’expropriations. Mais, à Mirabel, cela ravive les souvenirs particulièrement douloureux des expropriations de 1969 pour un aéroport devenu un fiasco.
«Ça vient nous chercher»
Sylvain Éthier avait 9 ans lorsque ses parents ont été expropriés de leur terre. Celle-ci faisait partie de la majorité des terrains qui se sont finalement avérés inutiles pour l’aéroport, mais sa famille a quand même dû se battre pendant 18 ans pour la racheter.
Cette époque est synonyme de traumatismes à Mirabel: les expropriations ont parfois mené à des séparations, à de l’alcoolisme, voire à des suicides dans des familles.
«On en parle et ça vient nous chercher. Si on est touché, c’est une grosse bataille encore», se désole M. Éthier, les yeux pleins d’eau.

Marcel Denis, président de l’UPA Sainte-Scholastique et lui aussi descendant d’exproprié, s’inquiète que des agriculteurs voient leur terre être scindée en deux.
«L’accès pour aller l’autre côté du terrain, ce sera comment?» se demande-t-il, parlant d’un «vent de panique» chez ceux qui se trouvent dans le corridor à l’étude.

Éric Desrosiers, éleveur de bovins dont la famille avait elle aussi été expropriée, a calculé que 1250 de ses 1500 acres étaient dans le corridor. «C’est épeurant», dit-il.

Denise Beaudoin, du Centre de mémoire collective de l’expropriation de Mirabel, a été déçue d’une rencontre publique d’Alto qui était plus une séance d’information qu’une consultation, selon elle. Elle dresse plusieurs parallèles entre le contexte actuel et celui de l’époque de l’aéroport.
«On leur a dit qu’on était vraiment outrés de la façon avec laquelle ils procédaient. Les descendants d’expropriés n’étaient pas au courant. La mauvaise communication comme à l’époque, c’est presque identique.»

«Démunis» devant l’État
Jean-Denis Garon, député bloquiste de Mirabel, s’inquiète que des recours pour les propriétaires dans le collimateur d’Alto soient suspendus par le projet loi C-5 du fédéral.
«On a enlevé le droit d’audience qui force une évaluation sur l’environnement et la communauté. Une personne est démunie devant l’État», dit-il.
Roxanne Therrien, mairesse de Mirabel, dit avoir eu une rencontre avec Alto la semaine dernière qui ne l’a pas rassurée.
«Le projet tel que présenté ne passe pas socialement, ni pour les citoyens, ni pour les agriculteurs et ni pour la Ville», s’insurge la mairesse.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission d’Isabelle Maréchal, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
De son côté, Alto affirme être consciente de l’aspect épineux des expropriations de Mirabel et elle s’est engagée à tenir une autre consultation dans la municipalité ce mois-ci.
«On analyse plusieurs options, toujours en essayant de suivre les infrastructures déjà en place, comme les autoroutes ou les voies ferrées», a indiqué le porte-parole Benoit Bourdeau, précisant qu’un tracé «préférentiel» serait présenté à la fin de l’année pour faire l’objet d’une nouvelle ronde de consultations.
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