Milan 2026: la revanche de la petite Rose qui ne patinait pas très vite
Si vous n’avez pas des frissons en regardant Rose Laliberté-Roy en action après avoir lu son histoire, je pense que vous avez perdu votre âme.


Jean-Nicolas Blanchet
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MILAN | Si vous n’avez pas des frissons en regardant Rose Laliberté-Roy s’élancer au 1000 mètres lundi prochain à l’anneau de glace à Milan après avoir lu son histoire, je pense que votre cœur est brisé ou que vous avez perdu votre âme.
Parmi toute la délégation canadienne en Italie, je ne vous cacherai pas que le parcours de cette patineuse de vitesse de Lévis est celui qui me renverse et que j’admire le plus.
Elle a 27 ans. C’est jeune, mais pas tant que ça pour une patineuse dont le nom ne vous dit probablement pas grand-chose si vous ne suivez pas vraiment le sport amateur.
C’est normal. Ce sont ses premiers Jeux.

Mais aussi parce que Rose n’a pas toujours patiné très vite. Vraiment pas. Elle a toujours patiné parce qu’elle aimait ça. Mais elle était très moyenne. C’est méchant, mais c’est ça.
Les Jeux du Québec ? Oubliez ça, pas assez bonne.
Elle n’allait pas dans un programme sports-études.
Un autre sport peut-être ?
À 14 ans, elle arrivait souvent dans les dernières lors des entraînements d’un aréna de Québec. C’est alors qu’un entraîneur suggère à elle et à son père qu’il serait le temps de changer de sport. Il n’y avait aucun espoir avec elle.
Deux ans plus tard, elle décide de passer du patinage sur courte piste à celui sur longue piste.
Ça va mieux. Elle aime ça. Mais ce n’est pas une étoile. Avant 18 ans, elle était petite et grosse comme un pic. Rose continue de s’entraîner sur l’anneau de glace à Québec, dehors.

L’anneau couvert est construit et ça lui permet de continuer encore plus souvent de faire ce qu’elle aime.
C’est le temps de se qualifier pour les mondiaux juniors. Encore une fois, on oublie ça. Elle n’est pas assez vite.
Ça ne l’empêchait tout de même pas d’être en amour avec ce sport, qu’elle a commencé dès l’âge de six ans, à Saint-Étienne-de-Lauzon, avec son casque signé par la médaillée olympique Kalyna Roberge.

Inarrêtable
Elle caresse tout de même un rêve. Celui de faire partie de l’équipe de haute performance du Canada. Celle-ci réunit les 30 meilleurs patineurs au pays. Mais ça reste un peu utopique.
Elle fait le choix de persévérer et de continuer à s’entraîner comme une machine. Elle accumule les petits boulots pour joindre les deux bouts en allant à l’université (elle a un bac en communication et fait un certificat en entrepreneuriat) et en continuant de patiner. Elle travaille dans une résidence pour personnes âgées durant la pandémie, elle est secrétaire et elle travaille chez Simons.
À 22 ans, celle que personne ne voyait là réussit à faire sa place sur l’équipe nationale.
La même année, elle réussit même à se qualifier pour une coupe du monde. C’est donc à 22 ans qu’elle participe pour la première fois à une compétition internationale.
Et il y a un mois, contre toute attente, elle a réussi à se tailler une place pour les Jeux de Milan. Il fallait donc qu’elle soit parmi les meilleurs des meilleurs du Canada.

Plus gros qu’un rêve
Ce n’est pas un rêve. « C’est plus gros que ça », me raconte Rose en entrevue aux abords du village olympique de Milan, jeudi matin.
Car elle n’a jamais pensé de sa vie qu’elle pouvait espérer aller aux Olympiques. Juste de participer à une coupe du monde ou d’être sur l’équipe nationale, c’était déjà dans les dents de beaucoup de gens qui n’avaient pas cru en elle.
« C’est ça qui est fou. Je n’osais même pas penser aux Jeux jusqu’à l’an passé. »

Je suis allé à l’école avec le grand frère de Rose. On était ensemble au secondaire au programme sports-études en baseball. Il n’était pas très bon, petit, il devait peser 120 livres et il n’a jamais joué dans de gros niveaux à l’adolescence. Mais il bûchait. Je m’en souviens. Sept ans plus tard, il dominait au niveau sénior et mesurait cinq pouces de plus que moi. Ça me fait capoter. Ça ressemble tellement à sa sœur.
Il y a un gène dans cette famille-là qui fait que les enfants progressent, grandissent et se renforcent plus tard que la moyenne.
Aujourd’hui, Rose n’est plus petite du tout et elle a deux troncs d’arbre à la place des cuisses.
« Il fallait juste me laisser le temps ! » s’exclame la patineuse en riant fièrement.
Mais elle en a bûché un coup aussi. « Je savais que je pouvais m’illustrer, que je n’avais pas atteint mon plein potentiel », poursuit celle qui donne des conférences sur la persévérance.
Le motton dans la gorge
Ça n’a pas toujours été facile. À un moment donné, est-ce que son entourage a commencé à lui suggérer poliment de tourner la page sur le patin ?
« Jamais ! Pis ça... »
Rose se met à pleurer, quand même beaucoup et instantanément.
« Je m’excuse. Tu sais, avant d’être sur l’équipe canadienne, ce sont mes parents qui ont déboursé plein d’argent. Ils ne m’ont jamais fait sentir mal ou mis de la pression. C’est en grande partie grâce à mon entourage si je suis rendue ici [...] Mes parents ne sont pas très riches. Comme moi, ils ont fait des choix pour m’aider. Ils ont décidé de croire en moi. Et là, tsé, je suis aux Olympiques quand même », poursuit Rose, encore avec le motton, qui vient me rejoindre aussi comme un virus transmissible par l’air.
Ils seront 15 de ses proches à débarquer à Milan pour l’encourager.
Elle participera au 1000 mètres lundi prochain.
Elle n’a aucune maudite chance de gagner une médaille à moins qu’une bonne gang de patineuses attrapent la maladie du hamburger la veille. Elle le sait. Mais l’idée de cette maladie vient de moi.
Rose compte quand même surprendre. Mais elle ne se met aucune pression de rang ou de temps.
« Mon but, sur la ligne de départ, c’est d’être fière et d’en profiter. D’avoir du fun », m’explique-t-elle.
Si plusieurs athlètes arrivent aux Jeux en mission avec le couteau entre les dents, elle a une autre approche. Elle m’a mentionné à quel point elle était impressionnée par son arrivée au village olympique. Impressionnée de côtoyer tous les athlètes, pour réaliser que, finalement, la petite Rose qui ne patinait pas assez vite fait partie des plus rapides au monde.