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Micheline Lanctôt: Découvrez le métier qu’elle a pratiqué jusqu’en Californie avant de devenir actrice

«STAT» le mardi à 20 h à Radio-Canada

Marjolaine Simard

2026-02-23T11:00:00Z

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Habituée aux rôles de femmes fortes, parfois dures, souvent marquées par la vie, Micheline Lanctôt surprend avec Josette Harvey, la travailleuse sociale lumineuse et pétillante qu’elle incarne dans STAT. Un changement de registre heureux pour cette actrice au parcours foisonnant, marqué par la musique, le cinéma, l’animation et la réalisation. De son enfance enracinée à Frelighsburg aux plateaux de tournage d’aujourd’hui, elle a toujours avancé, guidée par la curiosité et la liberté. Rencontre avec une créatrice entière, lucide, qui continue d’aimer profondément son métier.

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Josette Harvey, la travailleuse sociale que vous incarnez dans STAT, marque un changement de registre après des personnages comme Édith Leclerc dans À cœur battant ou Martha Conley dans Le temps des framboises. Est-ce que ça vous a fait plaisir de renouer avec une femme plus lumineuse ?

Oui, vraiment. Je me suis dit : « Enfin, je ne joue pas “une pas fine” ». Avec Josette, j’ai l’impression de retrouver quelque chose de plus léger, de plus joyeux. Josette est tellement contente de toujours travailler à son âge qu’elle adopte une attitude positive envers la vie, même si elle a un passé assez lourd avec 50 ans de métier dans le milieu social. Elle a dû en voir des vertes et des pas mûres, mais tout cela semble avoir glissé sur elle comme sur le dos d’un canard. C’est drôle, parce que lorsque je jouais des « pas fines », les gens me disaient qu’ils trouvaient le moyen d’aimer mes personnages quand même. Édith, par exemple, cette mère dure qui a abusé sexuellement de son fils incarné par Roy Dupuis dans Toute la vie et À cœur battant, je l’ai beaucoup aimée.

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Qu’est-ce qui vous a permis d’apprivoiser Édith ?

Au départ, je ne savais pas trop quoi faire avec elle. J’ai dit au réalisateur que la seule façon de l’interpréter était qu’elle n’ait qu’un premier degré, aucun recul, aucun regard critique sur elle-même. C’est une survivante. Elle s’est débattue toute sa vie pour survivre et fonctionne encore dans ce schéma. Je trouvais intéressant de jouer quelqu’un qui ne justifie jamais ce qu’elle dit ou fait. Il y avait un vrai travail d’actrice, un défi, surtout que je voulais que les gens éprouvent un minimum de sympathie pour elle, malgré sa dureté. Elle n’était pas entièrement responsable de sa situation.

Vous dites qu’on ne peut pas jouer un personnage qu’on n’aime pas...

C’est impossible. Si tu juges ton personnage ou si tu ne l’aimes pas, il devient odieux à l’écran. Il faut toujours trouver un endroit où on a de la tendresse et de la compréhension pour lui. Sinon, ça ne marche pas.

On vous associe beaucoup à des rôles de femmes fortes. On pourrait aussi penser à Marie-José Lafleur dans Jamais deux sans toi, une féministe convaincue qui a ébranlé quelques âmes. Diriez-vous que Josette est plus reposante à jouer ?

Ce n’est pas que je l’aime plus que les autres personnages que j’ai interprétés, mais oui, c’est plus relaxant. J’ai souvent joué des femmes sans faux-semblants, rugueuses. Je ne sais pas pourquoi on m’associe à ça, mais je pense que les réalisateurs sentent une énergie, une personnalité forte en moi. La seule fois où j’ai joué un personnage vraiment effacé, c’était dans Le cœur découvert, une série écrite par Michel Tremblay. J’avais beaucoup de difficulté à incarner une femme soumise, discrète, surtout que je travaillais avec Huguette Oligny et Janine Sutto, qui étaient des bombes.

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Comment était-ce de trouver votre place dans une équipe déjà soudée et habituée au rythme de la quotidienne de STAT?

Ce n’était pas facile d’arriver dans cette gang-là. Josette est arrivée dans les sept derniers épisodes de la quotidienne et, je l’avoue, la première journée, j’étais dans mes petits souliers. C’est un gros défi au niveau des textes, au niveau de la présence, mais l’équipe est tellement formidable. Je retrouvais Geneviève Smith et Suzanne Clément, que j’admire beaucoup et avec qui j’avais partagé l’écran dans Unité 9, dans mon rôle de la détenue Élise Beaupré.

Il est intéressant d’apprendre que votre parcours artistique a commencé en musique...

Oui. Je voulais être musicienne et mon grand rêve était de devenir cheffe d’orchestre. Mais à la fin des années 1960, ce métier n’existait pas pour une femme. L’horizon était souvent bouché. J’ai étudié le piano, et plus tard le violoncelle, mon instrument naturel. La musique a structuré mon cerveau. Quand j’ai écrit mon film Sonatine, je l’ai pensé comme une forme sonate. Pour moi, un scénario, c’est de la structure. Je suis plus lyrique que dramatique. Ça m’a parfois nui, parce que mes films ne suivent pas le schéma classique en trois actes.

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Lors de la création de Sonatine, vous avez découvert une talentueuse jeune actrice du nom de Pascale Bussières, alors âgée de 13 ans...

J’ai auditionné près de 1000 jeunes filles dans toutes les écoles secondaires de Montréal. Pascale est arrivée sur recommandation de sa mère. Dès la première rencontre, c’était évident : elle était intelligente, photogénique, instinctive. Et cette expérience a créé entre nous un lien pour la vie. Nous avons joué ensemble quatre fois par la suite. Sa carrière aurait assurément existé sans moi, mais j’ai eu le privilège de la découvrir la première.

Vous avez passé votre enfance à Frelighsburg, en Estrie, une période qui vous habite encore...

C’est là que se trouvent mes racines profondes. Mon père y avait acheté un verger. Tous les étés, je travaillais là et, à l’automne, mon rôle était de monter dans les arbres et de faire descendre les branches pour que les cueilleurs puissent accéder aux pommes. J’ai grandi dans la nature, avec deux frères et une sœur. Puis, mes parents se sont installés à Outremont quand j’avais cinq ans, pour nos études, mais je n’ai jamais senti que j’appartenais à la ville. J’ai adoré l’école. Les sœurs des Saints-Noms étaient extraordinairement instruites, exigeantes, mais passionnées.

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Votre père a exercé une grande influence sur votre amour pour le théâtre...

Oui, j’étais la seule de la famille à m’y intéresser. Dès mes huit ans, il m’emmenait au théâtre. Mon père était religieux, ma mère, athée. Quand je repense à ça, j’ai vécu la grande noirceur sous Duplessis. On ne pouvait pas danser ou porter des shorts. Puis, j’ai traversé les époques et vécu la rupture, l’ouverture sur le monde. C’est fou d’avoir assisté à tous ces changements.

Peu de gens savent que votre première carrière était celle de dessinatrice de films d’animation...

Oui, pendant plusieurs années, et c’était une passion immense. J’ai travaillé à l’ONF, puis chez Potterton Productions. L’animation était ma famille et ce fut un grand deuil d’arrêter. Mais c’était un travail extrêmement exigeant physiquement. J’ai fini par ne plus être capable.

Vous avez même dessiné pour une grande maison d’animation en Californie...

J’ai tourné dans le film L’apprentissage de Duddy Kravitz, de Ted Kotcheff. Ted et moi sommes tombés amoureux et je l’ai suivi à Hollywood. J’y étais par amour, pas pour travailler. Très vite, je me suis profondément ennuyée. Pour ne pas perdre mon français et parce que je m’ennuyais royalement, j’ai commencé à écrire mes premiers scénarios. Hollywood ne correspondait pas à mes valeurs. J’y ai vécu la « grosse vie », mais j’étais très malheureuse. Par hasard, une connaissance m’a proposé de travailler en animation chez Quartet Films. J’ai côtoyé de grands maîtres du genre, mes idoles. J’étais comme une enfant dans un magasin de bonbons. Mais après des mois à dessiner 15 à 18 heures par jour, moi qui suis hyperactive, j’ai compris que ce n’était pas fait pour moi.

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Votre carrière de comédienne a démarré avec le film La vraie nature de Bernadette, en 1972. Votre rencontre avec le réalisateur Gilles Carle ressemble à un coup du destin...

J’avais fait du théâtre amateur au collège, une passion qui m’a servi à quitter la musique un peu à contrecœur, mais je ne cherchais pas à devenir comédienne.

Alors comment Gilles Carle s’est-il intéressé à vous ?

On travaillait sur le même étage d’un immeuble, moi en animation et lui sur son film. Il me voyait passer dans le corridor et un jour, il m’a demandé si j’avais déjà joué et si je voulais passer un screen test. J’ai dit oui. Jamais de ma vie je n’ai dit non à une nouvelle expérience. Et là, j’ai été propulsée jusqu’à Cannes. Bernadette était féministe, mais surtout en quête de bonheur, de liberté, d’identité. Ça a donné le ton à ma carrière. Dans les années 1970 et 1980, il y avait très peu de cinéastes qui écrivaient de vrais rôles d’héroïnes pour les femmes. Par la suite, on m’offrait de moins en moins de rôles d’envergure, ce qui m’a amenée à m’intéresser à la réalisation. Je m’ennuyais comme actrice.

Et l’amour, dans votre vie...

Ça va faire trois ans en mai que j’ai perdu mon conjoint. Au début, ç’a été extrêmement difficile. Le temps n’efface rien, mais il finit par déposer les choses autrement. On apprend à vivre avec l’absence et à l’intégrer.

C’était une grande histoire d’un amour retrouvé...

C’était mon jardinier, en Californie. À l’époque, déjà, nous passions des heures assis sur le patio à parler de tout, de rien, de la vie... Il y avait entre nous un lien profond, solide, qui a traversé les années sans s’éteindre. Je l’ai retrouvé sur Facebook après 37 ans. Entre-temps, je m’étais mariée, j’ai eu mes enfants... et quand nous avons repris contact, la connexion était intacte, magique. Un mois plus tard, j’ai pris l’avion pour le retrouver à Santa Barbara. Tout a recommencé naturellement. Le retrouver a été un immense bonheur.

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Vous êtes aujourd’hui grand-maman...

Mes enfants travaillent beaucoup, donc on ne se voit pas souvent, mais nous sommes très proches. Ma fille a trois enfants et mon fils, une petite fille de deux ans et demi. C’est un beau cadeau, les petits-enfants !

Avec le recul, y a-t-il un moment charnière qui vous marque lorsque vous pensez à votre carrière ?

Il y en a plusieurs, mais si je devais en nommer un, ce serait le moment où j’ai cessé de craindre de perdre, que ce soit un rôle, une occasion ou une reconnaissance. À partir de là, tout est devenu plus clair. Je me sens chanceuse de travailler autant depuis toutes ces années. J’aime être sur un plateau et je me souhaite de continuer longtemps.

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