«Papa, je t’aime», mes dernières paroles à mon père


Rodger Brulotte
Partager
L’ancien entraîneur du Canadien, Michel Therrien n’a jamais oublié le quartier et ses amis de jeunesse à Saint-Léonard. Il est l’un des rares entraîneurs qui a joué, dirigé une équipe dans la Ligue américaine et ensuite été l’entraîneur-chef d’une formation de la LNH. Il a réussi l’exploit à deux occasions : avec Pittsburgh et avec le Canadien.
Aujourd’hui, il est l’adjoint d’Alain Vigneault avec les Flyers de Philadelphie. Les deux ont quelque chose en commun : ils ont dirigé le Canadien.
Tu es un gars de Saint-Léonard ?
Je suis l’enfant unique de Gerry et Rachel, qui a vu le jour et grandi à Saint-Léonard.
Le sport faisait partie de ta jeunesse ?
Avec mes amis, dont Pierre Langevin, à qui je lui souhaite un prompt rétablissement, nous jouions au hockey à l’aréna et à la patinoire extérieure. Une fois l’été arrivé, nous nous réunissions pour jouer au baseball.
Ton père a joué un rôle important dans ta vie.
Mon père a pavé le chemin de ma carrière, par son implication dans le sport mineur à Saint-Léonard. Il a occupé toutes les fonctions dans le baseball et le hockey, à partir d’entraîneur jusqu’à dirigeant d’une équipe.
Tu as été la mascotte d’une équipe de hockey ?
À l’époque, les équipes avaient un jeune qui occupait un mini-rôle comme préposé à l’équipement. Mon père était l’entraîneur d’une formation qui comptait au sein de l’équipe Normand Aubin, qui a été repêché par les Maple Leafs de Toronto et Dino Troini dont sa carrière junior a pris fin en raison d’une blessure à un œil. Son frère Bruno Troini et moi étions les mascottes de l’équipe.
Tu as étudié à l’école secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry.
Disons que j’ai raté plusieurs cours à St-EX, et mes parents n’étaient pas au courant. L’aréna était situé juste à côté de l’école, alors, souvent mes amis et moi faisions un acte de présence à l’école, avant de nous diriger à la patinoire de hockey à l’insu de la direction.
Tu as représenté le Québec au baseball.
À 14 ans, je faisais partie de la Classe 77 des Élites du Québec, qui était dirigée par les réputés gérants Richard Émond et Larry Beseski, et mon père était le DG. L’équipe était composée des meilleurs espoirs de baseball du Québec âgés de 14 à 16 ans.
Un jour, il a fallu que tu choisisses un sport.
Je devais choisir entre continuer de jouer au baseball ou me joindre aux Remparts de Québec de la LHJMQ. Je me suis dirigé vers le hockey.
Vivais-tu en appartement à Québec ?
Je vivais en pension chez une merveilleuse famille de Limoilou, la famille Lamoureux. Au sous-sol, deux de mes coéquipiers jouaient souvent de la guitare. J’ai conseillé à Sylvain Lessard de cesser de jouer de la guitare et à l’autre de continuer, car il était bon. C’était Rock Voisine.
Rock Voisine était ton coéquipier chez les Remparts ?
Rock était un bon joueur de hockey. Une fois nos carrières de hockeyeurs terminées, il m’a demandé d’être son garde du corps lors de ses tournées de spectacles. Nous sommes toujours demeurés de bons amis. D’ailleurs, dernièrement, nous avons disputé une ronde de golf au Mirage.
Un chanteur, un compositeur et un entraîneur, tout un trio.
Quelques années plus tard, la chanson Hélène lance la carrière de Rock Voisine en collaboration avec le compositeur Stéphane Lessard, dont la « blonde » se prénommait Hélène, et moi je suis devenu un entraîneur de hockey.
La marque de ta première voiture.
J’avais 21 ans, lorsque je jouais pour le Canadien de Sherbrooke dans la Ligue américaine. J’ai acheté une Honda Civic, 5 vitesses, transmission manuelle. La couleur de voiture était brune, mais très laide.
Es-tu un bon cuisinier ?
Lamentable ! La seule cuisson que je fais c’est sur le barbecue, et ce sont des hot dogs et du steak.
Jacques Lemaire est ton mentor.
Jacques était mon entraîneur junior avec les Chevaliers de Longueuil, dont le propriétaire était Georges Touten. J’ai adoré jouer sous ses ordres. Les années suivantes, lorsque j’étais entraîneur nous allions à la pêche. Je lui demandais des conseils, encore aujourd’hui, j’adore discuter des stratégies de hockey avec lui.
Le décès de ton père t’a fait beaucoup de peine.
Je t’en parle présentement en versant des larmes. Mon père avait des problèmes cardio-vasculaires. Après avoir dirigé mon match de Pittsburgh à Ottawa, j’ai pris la route vers Saint-Léonard pour voir mon père qui était hospitalisé. Les médecins m’ont avisé que mon père n’avait plus beaucoup de temps à vivre.
« Papa, je t’aime ! »
Mon père m’attendait. J’avais hâte de le voir pour lui dire comment il m’avait aidé à devenir un meilleur homme et un entraîneur de hockey. Je l’ai serré dans mes bras, car je savais que c’était la dernière fois qu’on se voyait. « Papa, je t’aime ! », une de mes dernières paroles à mon père avant que je retourne à Pittsburgh. Quelques jours plus tard, il est décédé. Il avait 77 ans. Je n’ai pas dirigé le match contre les Rangers, car j’ai assisté aux funérailles de mon père.
Parle-moi de ta mère.
Maman, c’était une femme formidable qui s’assurait que mon père et moi ne manquions de rien. Après le décès de mon père, elle est venue vivre à la maison avec mes deux enfants et moi jusqu’à son décès. Une autre épreuve difficile à vivre.
Tes enfants sont des sportifs.
Charles s’entraîne à la boxe, car il veut participer au championnat des Golden Gloves. Tandis qu’Elizabeth jouait au baseball dans sa jeunesse. La semaine dernière, je suis allé la voir jouer à la balle-molle dans une ligne mixte. Cette semaine, elle a un nouveau défi qui l’attend, car elle s’est jointe à la maison de production Avanti.
Tu fais confiance à la vie.
La vie m’a toujours permis de prendre la bonne décision qui m’était offerte : de marier, Josée Tremblay est sans aucun doute une preuve que j’ai fait confiance à la vie. Elle est présente pour m’appuyer dans les moments difficiles. Son amour et sa compréhension font de moi un meilleur homme.
Toi qui as un bon sens de l’humour, comment va ton golf ?
Passons à autre chose !