Même s’il brûle la NCAA, Jacob Fowler refuse de penser au Canadien


Jonathan Bernier
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BOSTON | Dire que Jacob Fowler domine la NCAA à sa deuxième saison avec les Eagles de Boston College est un euphémisme. Le Floridien survole toutes les statistiques des gardiens du circuit universitaire américain.
Ses 20 victoires, dont six par jeu blanc, en 26 présences devant le filet, sa moyenne de buts alloués de 1,71 et son taux d’efficacité de 0,936 lui vaudront assurément une nomination pour le trophée Hobey-Baker remis au joueur le plus utile de la NCAA, et une autre pour le trophée Mike-Richter, remis au meilleur gardien.
À condition, bien sûr, que la tendance se maintienne. On ne voit pas pourquoi ça ne serait pas le cas.

Tout ça pour dire que le choix de troisième tour du Canadien au repêchage de 2023 brûle la ligue. Tellement, qu’il n’est pas fou de penser qu’il pourrait faire le saut chez les professionnels dès la saison prochaine. Et peut-être même à la toute fin de la présente campagne.
«Je pense que je suis prêt pour le niveau professionnel. D’ailleurs, chaque jour, je m’entraîne pour me rapprocher du prochain niveau. Je veux le faire plus tôt que tard», a déclaré l’homme masqué de 20 ans, lors d’un entretien téléphonique avec Le Journal.
«Mais, pour l’instant, je préfère ne pas y penser. Présentement, je veux simplement jouer le meilleur hockey que je peux à ce niveau-ci.»
Ce qui occupe davantage ses pensées, c’est le championnat universitaire, qui se tiendra à St. Louis, du 10 au 12 avril. Boston College trône actuellement au sommet du classement de la NCAA.
Sauf que Fowler et ses coéquipiers ont vécu une amère déception, lundi dernier. Ils se sont inclinés en grande finale du Beanpot, tournoi annuel regroupant les quatre formations de la région de Boston, face aux Terriers de Boston University, l’équipe pour laquelle évoluent les frères de Lane Hutson.
«Depuis cette défaite, dans ma tête, c’est devenu encore plus clair que je veux gagner le championnat national. Je ne pense à rien qui se trouve plus loin que ça», a lancé Fowler.
Le Canadien est au courant
C’est facile d’offrir cette réponse à un journaliste. C’est plus compliqué de le faire auprès de l’état-major de l’équipe qui vous a repêché et qui vous tient en haute estime. Et pourtant, Fowler assure avoir tenu le même discours, que ce soit avec Kent Hughes, Jeff Gorton ou Vincent Riendeau.
«Les discussions [avec le Canadien] se passent bien. Ils comprennent qu’on est au cœur d’une saison. Ils ont des aspirations pour leur équipe, donc ils comprennent que c’est la même chose pour nous, a raconté le gardien de but. On a eu de bons pourparlers, mais ils comprennent que j’ai le désir de gagner un championnat ici et c’est là-dessus que je me concentre.»
Même s’il se concentre sur la tâche à accomplir avec le Boston College, ça ne l’empêche pas de regarder ce qui se passe dans la cour du Canadien.
«Je le faisais même avant d’être repêché. J’ai toujours été un partisan du Canadien, donc j’ai toujours eu un œil sur l’équipe», a indiqué Fowler, qui a des racines francophones du côté de son père.
La différence depuis qu’il appartient à la formation montréalaise, c’est qu’il s’attarde davantage aux gardiens de but.
«Je suis content de voir que ça se passe bien pour les gars. J’étais avec Dobby [Jakub Dobes] lors d’un camp de développement. C’est un super bon gars. Je suis très heureux de voir que ses débuts dans la LNH sont prometteurs. L’avenir est brillant pour lui.»
Déjà un champion dans l’âme
Ce qu’il y a de fascinant dans le cas de Jacob Fowler, c’est qu’on trouvait déjà qu’il avait connu une saison hors de l’ordinaire l’hiver dernier. À sa saison recrue, il a mené les Eagles à la finale du Championnat national.
Il s’est taillé une place sur l’équipe d’étoiles de la conférence Hockey East et sur l’équipe d’étoiles des recrues de la même conférence. Tout ça en plus d’avoir remporté une médaille d’or au Championnat mondial de hockey junior.
Comment a-t-il fait pour atteindre cette coche supplémentaire?
«J’ai travaillé beaucoup plus au niveau hors glace que sur glace au cours de l’entre-saison. J’ai fait beaucoup d’entraînements mentaux, du travail de visualisation pour essayer d’être toujours aux aguets. L’objectif est d’être dominant à ce niveau parce qu’en fin de compte, le plan, c’est que la transition soit la plus douce possible entre les deux niveaux.»
Une douceur qui passera immanquablement par le titre de champion national de la NCAA.
Des racines jusqu’à Saint-Jérôme
BOSTON | Jacob Fowler a surpris beaucoup de monde en soulignant, lorsque le Tricolore a appelé son nom au repêchage de 2023, qu’il avait une certaine base de français. Une base provenant de racines francophones.
«Mon grand-père paternel s’est remarié avec une femme originaire du Québec. Sa famille vit encore là-bas. Quand je suis allé au camp de développement l’été dernier, nous sommes allés les voir à Saint-Jérôme», a expliqué l’athlète originaire de la Floride.

«C’est un peu plus difficile depuis quelque temps, mais je travaille encore sur mon français, a-t-il ajouté. Ma famille souhaite que je m’améliore.»
D’ailleurs, Fowler raconte que c’est de ces racines québécoises qu’est née sa passion pour le hockey. À commencer par le chandail du Canadien que son père lui avait offert dans les premières années de sa vie.
«Le rouge, a-t-il précisé. Et je l’ai encore.»
«Mon père a passé beaucoup de temps au Québec quand il était jeune. C’est là qu’il a eu la piqûre pour ce sport», a-t-il pris soin d’ajouter.
Des sacrifices qui en valent la peine
Le hockey a beau être en développement constant aux États-Unis. Les patinoires ont beau pousser comme des champignons dans des États où on n’aurait jamais cru ça possible, il n’en demeure pas moins que pratiquer le hockey en Floride n’est pas évident.
«C’était compliqué. Mes parents et mon frère ont fait tellement de sacrifices pour moi, a reconnu Fowler. Tous les week-ends, mes parents me trimballaient. C’était un investissement de quatre heures pour aller pratiquer. Pour les matchs, l’équipe devait se déplacer en avion.»
Voyant que ça devenait un peu trop compliqué, le jeune Fowler a quitté le nid familial à 15 ans. De la Floride, il s’est rendu à South Kent, au Connecticut, pour évoluer au sein d’une école préparatoire (prep school) pendant deux saisons. Par la suite, il a fait le saut dans la USHL, à Youngstown, en Ohio.
Tout un parcours pour un tout jeune adolescent.
«À South Kent, je vivais dans un pensionnat. Ça a été difficile pour mes parents de me laisser partir. Ce le fut également pour moi, a admis Fowler.
«C’est la raison pour laquelle je travaille fort pour m’améliorer et atteindre la LNH. Je veux leur redonner ce qu’ils ont fait pour moi. Je veux démontrer que ça valait la peine de faire tous ces sacrifices.»
Une belle façon, également, de se rapprocher de ses racines.