Mélanie Joly: la mouche du Canada

Loïc Tassé
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Connaissez-vous cette fabuleuse fable de Jean de La Fontaine, Le coche et la mouche ? Un lourd carrosse, tiré par six chevaux, s’embourbe dans une montée. Hommes et bêtes peinent à dégager le carrosse. Une mouche qui passait par là décide d’aider les uns et les autres en les piquant. Une fois le carrosse désembourbé, elle se vante de l’aide qu’elle a apportée.
Devinez qui est la mouche du conflit en Ukraine. La ministre des Affaires étrangères du Canada.
À entendre Mélanie Joly, c’est le Canada qui est le spécialiste de l’Ukraine dans l’OTAN, et c’est le Canada qui fait le pont entre les États-Unis, l’Europe et l’Ukraine.
Heureusement que le Canada est là. Heureusement que Mélanie Joly peut brillamment conseiller les diplomates et les chefs d’État étrangers.
À l’émission Tout le monde en parle, elle a bien voulu partager un peu de sa sagesse.
Nous avons ainsi pu apprendre qu’il fallait respecter les règles mises en place depuis la Seconde Guerre mondiale.
Mais madame Joly se garde de dire que depuis la Seconde Guerre mondiale, les règles ne sont souvent pas respectées. On compte près de 200 conflits armés importants depuis 1945, dont une cinquantaine encore actifs.
C’est que le droit international public n’a pas beaucoup d’importance en relations internationales. C’est un peu embêtant pour une personne comme madame Joly qui a une formation en droit.
Le droit est très loin de la realpolitik que pratiquent la Russie et l’Ukraine, ainsi que la plupart des États.
Pire menace militaire
Madame Joly peut faire plus fort encore. Elle a affirmé à la même émission que le conflit en Ukraine était la plus grande menace militaire auquel le monde fait face depuis 1945.
Vraiment ?
Plus important que la crise des missiles de Cuba en 1962 ? Plus important que le terrorisme de l’État islamique ? Plus important que la menace chinoise ?
Pourquoi alors les États-Unis ont-ils dit qu’ils n’enverraient pas de troupes militaires en Ukraine pour lutter contre l’armée russe ?
L’échelle de gradation des menaces de la ministre semble pour le moins douteuse.
Pourquoi madame Joly affirme-t-elle ensuite (avec justesse) qu’une guerre contre l’Ukraine ferait perdre des revenus pétroliers et gaziers énormes à la Russie ?
Suivant cette logique, Vladimir Poutine ne veut pas de guerre avec l’Ukraine et, donc, il n’y a pas de menace réelle. La ministre se contredit.
Spécialiste de sécurité informatique
D’autres affirmations de la ministre laissent tout aussi songeur. Par exemple, comment peut-elle affirmer que le Canada est un grand spécialiste de la sécurité informatique, alors qu’en même temps son gouvernement hésite à chasser hors du pays la compagnie Huawei ? Une compagnie qui est mondialement redoutée pour ses pratiques d’espionnage électronique.
Madame Joly ne paraît pas maîtriser le dossier de l’Ukraine. Elle se contredit et avance des propos plus que douteux. Mais c’est sans importance, elle vole d’une capitale à l’autre, d’un dirigeant à l’autre, pour prodiguer son aide inestimable.