Marqué à jamais par Phillip Danault

Nicolas Cloutier
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Ancien entraîneur-chef du club-école des Blackhawks de Chicago, Ted Dent a dirigé pas moins de 22 futurs gagnants de la coupe Stanley. Et peut-être un 23e bientôt en Phillip Danault.
L’entrevue est à peine commencée et, au bout du fil, on sent déjà le respect immense que Dent voue à son ancien joueur de centre. Quelque chose le préoccupe et il demande de l’aide à son interlocuteur.
«Quand les Canadiens se sont rendus en finale, j’ai voulu lui envoyer un message. Et puis m*rde! Je réalise que j’ai changé de cellulaire il y a deux ans et que je n’ai plus son numéro!», raconte l’homme de hockey au TVASports.ca, soucieux de pouvoir féliciter le joueur qui le remplit de fierté.
Lorsque Danault a terminé son stage junior et a rejoint les IceHogs de Rockford dans la Ligue américaine, Ted Dent a rapidement réalisé à quel genre de personne il avait affaire.
«L’un des meilleurs jeunes hommes que j’ai eu la chance de côtoyer à Rockford, honnêtement, confie-t-il. Et j’ai été là 11 ans, j’en ai vu, des joueurs. Il adorait le hockey, il avait toujours un sourire au visage. Il était intense, mais il appréciait le processus et avait toujours du plaisir.»
En fait, l’entraîneur jugeait que Danault représentait tellement un bon exemple, tant à titre de joueur que d’individu, qu’il a tenu à le présenter à ses jeunes filles.
«Il y a seulement deux joueurs que j’ai invités à la maison pour souper et rencontrer ma famille à Rockford. Danault et Dennis Rasmussen. Mes filles de 10 et 13 ans adoraient Phil. Je voulais qu’elles aient la chance de rencontrer les deux joueurs en personne. Elles ont joué contre eux au ping-pong dans le sous-sol et on a pris des photos», se remémore Dent.
Différent des autres
À son arrivée dans la Ligue américaine, Danault n’était pas un joueur comme les autres.
Par là, Dent n’entend pas qu’il avait des mains magiques ou un tir à faire frémir les gardiens adverses.
«Il jouait sans la rondelle, il n’essayait pas de simplement marquer des buts et d’être un joueur offensif. Les mises au jeu, l’infériorité numérique et l’aspect défensif du hockey sont tous très importants pour le joueur de centre et il était investi dans ces missions. C’est difficile d’inculquer cette mentalité aux jeunes joueurs dans le junior ou dans la Ligue américaine.
«Il était déjà en avance sur les autres. Il était déjà un joueur qui évoluait dans les deux sens. Il était tellement fort sur la rondelle. On n’avait pas à lui apprendre à jouer sans le disque, exception faite de quelques trucs ici et là. L’essentiel de l’enseignement dans la LAH tourne autour du jeu sans la rondelle et Phil avait déjà cerné cet aspect du jeu.
«C’est rare, avoir des jeunes hommes qui se préoccupent autant de ces détails, qui se soucient autant de neutraliser les meilleurs joueurs de l’autre équipe.»
Similitudes avec Toews
Ted Dent a eu un premier avant-goût de ce que Danault pouvait offrir lors du premier camp de développement de ce dernier, à l’été 2011.
Les membres des Blackhawks ont aimé ce qu’ils vont vu, si bien qu’ils se sont mis à le comparer au capitaine du club.
«Les recruteurs et la direction de l’équipe sont là. On est tous là, pratiquement. Et plusieurs personnes commencent à noter des similitudes entre Danault et Jonathan Toews dans leur façon de protéger la rondelle et dans leur efficacité dans les coins de la patinoire. Ses jambes étaient tellement puissantes à un jeune âge, tu ne pouvais pas le déplacer.»
Le joueur rêvé
Au cours de sa carrière, Danault n’aura jamais eu trop de misère à gagner le respect de ses entraîneurs. Il les aura toujours de son côté.
Ted Dent ressasse deux moments particuliers qui, selon lui, symbolisent ce qu’est Phillip Danault pour un instructeur.
En 2015, les IceHogs tentaient de mettre fin à une disette de six ans sans remporter une série. Ils affrontaient les Stars du Texas au premier tour dans le cadre d’une série trois de cinq.
Lors du troisième affrontement, la détermination de Danault à elle seule a renversé le cours des choses.
«Phil prenait une mise au jeu en zone offensive et il a réussi à passer à travers l’autre joueur de centre, à échapper à la couverture du défenseur et à pousser la rondelle dans le but. C’était le but égalisateur en troisième période et on a gagné le match en prolongation pour remporter la série.
«C'était un grand moment pour lui. J'ai encore une photo de moi, Danault et ma fille à l'extérieur du vestiaire après cette rencontre.»

Autre épisode marquant. Danault doit être envoyé à l’hôpital en raison d’un incident survenu face aux Checkers de Charlotte.
«Il a reçu un bâton au visage ou à un œil. Il devait recevoir des soins, mais il ne voulait pas manquer un seul match. On jouait deux matchs en deux soirs contre les Checkers. Il m’a envoyé un message texte pour me dire qu’il pouvait quand même jouer demain. Ça en dit long sur sa détermination.»
À défaut de pouvoir zigzaguer en zone offensive comme Artemi Panarin ou tirer comme Patrik Laine, Danault a bel et bien une qualité digne de l’élite : la persévérance.
«C’est le joueur dont tous les entraîneurs rêvent. Il prend tellement ça à cœur.»
Et comment.