Mark Carney sur un fil de fer avec son plan pour contrer l’effet Trump sur l’économie

Guillaume St-Pierre – analyse
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OTTAWA | On dit qu’en politique, il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. Mark Carney semble en avoir pris bonne note.
La guerre commerciale avec les États-Unis et les turbulences trumpiennes l’ont porté au pouvoir et depuis, il n’hésite pas à appuyer sur l’accélérateur.
Vendredi, le premier ministre a jeté les bases d’une nouvelle agence fédérale qui vise à donner rapidement le feu vert à de grands projets qu’on dit «d’intérêt national».
Le jour même, on apprenait que l’économie canadienne allait encore moins bien que prévu à cause des tarifs de Donald Trump.
La crise tarifaire lui donnera le beau jeu de plaider qu’en ces temps incertains, l’heure est aux choix difficiles, quitte à mettre les règles environnementales de côté.
Débats déchirants
L’un des premiers débats sur l’utilisation de la fameuse loi sur l’unité canadienne (C-5) risque bien de se produire chez nous.
On parle ici du mégaprojet d’agrandissement du port de Montréal à Contrecœur, que Mark Carney a évoqué plus tôt cette semaine comme étant une priorité de son gouvernement.
Le fédéral a approuvé le projet, Québec aussi. Mais Ottawa n’a toujours pas délivré un permis à cause d’un poisson unique au Québec, le chevalier cuivré, protégé par la Loi sur les espèces en péril.

Grâce à C-5, exit cette protection légale pour ce poisson. Ottawa se donne le pouvoir de suspendre ses propres lois environnementales.
On commence à mieux comprendre pourquoi et de quelle manière les nouveaux pouvoirs fédéraux risquent de polariser.
Mais pour convaincre que l’heure n’est pas à s’enfarger dans les fleurs du tapis (ou dans une espèce menacée), le premier ministre a quelques cartes dans ses mains.
En effet, les impacts des tarifs sur notre économie commencent à peindre un sombre tableau sur lequel se profile à l’horizon une récession.
Des données publiées vendredi ont de quoi inquiéter.
Une économie au ralenti
La chute drastique des exportations aux États-Unis a provoqué une baisse marquée du PIB.
Pire, selon l’économiste Clément Gignac, l’incertitude paralyse les entreprises canadiennes, qui ont réduit de 10% leurs investissements dans les derniers mois.
Moins d’investissements qui pourraient entraîner des pertes d’emploi et une hausse du chômage.
Et cette incertitude honnie des entreprises pourrait se prolonger, voire s’intensifier, si la guerre commerciale se poursuit et que Trump signale la fin du libre-échange avec le Canada.

Un portrait qui «tend à justifier l’approche du gouvernement fédéral d’accélérer les grands projets au Canada», selon M. Gignac.
Mais pendant que les milieux économiques se réjouissent, d’autres fourbissent leurs armes, notamment des environnementalistes et des communautés autochtones.
«Le gouvernement peut désormais gouverner par décret, comme Trump, et ce, au grand plaisir des pétrolières et des gazières et de tout autre promoteur dont les projets pourraient aggraver la crise climatique ou la crise de la perte de biodiversité», tranche Patrick Bonin, le porte-parole du Bloc Québécois en environnement.
C’est justement l’ex-patronne du pipeline Trans Mountain qui a été nommée à la tête de la nouvelle agence fédérale, le Bureau des grands projets (BGP).
Les prochains mois s’annoncent chauds.