Mark Carney a peut-être mal compris la question
Le chef libéral a accepté puis décliné une invitation à débattre en français


Guillaume St-Pierre – analyse
Partager
OTTAWA | Le français de Mark Carney continue de faire jaser pour les mauvaises raisons. En l’espace de quelques heures, hier, le chef libéral a accepté puis refusé de participer au Face-à-Face du réseau TVA.
Yves-François Blanchet et Pierre Poilievre l’avaient mis au défi de se prêter à cet exercice démocratique.
Il avait d’abord accepté en lançant aux journalistes en point de presse à Terre-Neuve : « Pourquoi pas ? ».
« Oui, il y aura des débats entre les chefs, a-t-il ajouté. Il faut avoir tous les chefs, alors M. Blanchet, M. Singh, Mme May, y compris M. Poilievre et moi-même. »
M. Carney s’est rétracté en après-midi, soulevant encore une fois la question de son français déficient.
Mal saisi ?
On ne peut pas écarter la possibilité qu’il ait tout simplement mal compris la question. Ce ne serait pas la première fois.
La semaine dernière, lors de son arrêt au Nunavut, M. Carney s’est lancé dans une explication sur les finances publiques, alors que la question du journaliste portait sur ses finances personnelles.
Depuis qu’il a fait le saut en politique, la qualité du français de M. Carney constitue manifestement un handicap.
Les débats peuvent se révéler des moments cruciaux dans une campagne. Il ne fait aucun doute que M. Carney et son équipe redoutent ce moment.
• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Or, les Canadiens et les Québécois méritent le plus de clarté possible sur le choix qu’ils auront à faire.
Cette course met aux prises deux valeurs inconnues en Mark Carney et en Pierre Poilievre, qui demandent la confiance de l’électorat pour naviguer dans un des moments les plus troubles de notre histoire récente.
En refusant de débattre dans le Face-à-Face, ce que les autres partis ont accepté de faire, M. Carney nuit à l’exercice démocratique en cours, même s’il participera aux débats du consortium télévisuel.
Coupables
Le Face-à-Face est une occasion unique de s’adresser spécifiquement aux Québécois, alors que Mark Carney accorde déjà très peu de longues entrevues, en français ou en anglais.
Le chef conservateur, Pierre Poilievre, est mal placé pour lui lancer la pierre, puisqu’il refuse d’accepter des journalistes dans ses déplacements, à bord de son avion et ses autobus de campagne.
Le choix que feront les Canadiens le 28 avril prochain sera l’un des plus conséquents des dernières décennies.
Ce choix survient au moment où les médias, chargés de poser des questions difficiles, traversent une crise profonde de leurs revenus publicitaires plombés par les GAFAM, à qui les différents partis donneront généreusement pendant la campagne.