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Maman, qui va enseigner à mes enfants?

Isabelle Lemieux, enseignante

2022-04-14T09:00:00Z

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Comme plusieurs de mes collègues enseignantes, j’ai lu le texte de cette femme qui se proclame être une mère ordinaire. Texte assez ordinaire en effet. Ordinaire parce que ce dernier ne dépasse pas le niveau moyen de ce que l’on retrouve généralement sur les réseaux sociaux. Je vais donc me permettre d’émettre mon humble avis de femme ordinaire, de mère ordinaire, mais surtout, d’enseignante ordinaire. 

Étais-je surprise en lisant les lignes de cette femme qui s’en prend allègrement aux enseignantes qui partent en congé de maternité? Non. Au contraire. 

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Il y a quelques années, après 15 ans à œuvrer dans nos écoles québécoises, j’ai bien failli rendre les armes. Décoratrice intérieure, ouvrir un café, travailler sur un ranch? Peu importe, mais mon boulot d’enseignante m’avait complètement drainée. 

L’attitude des parents!

Oui, les classes sont nombreuses. Oui, il y a des cas d’élèves difficiles. Oui, ça demande énormément d’amour, d’énergie et de patience. Pourtant, aucune de ces raisons n’était venue à bout de ma passion pour ma carrière. Ce qui l’avait tuée, c’était l’attitude des parents. Le mépris du peuple québécois envers nous, les « profs ». Des exemples de manque de reconnaissance et de respect venant des adultes, j’en ai une multitude. « Qui tu penses qui paye ton salaire la petite!» « Ça se plaint pis c’est toujours en journée pédagogique!» « T’as pas d’affaire à prendre le téléphone de mon gars parce qu’il texte dans ta classe, tu te prends pour qui?» 

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Puis, une occasion s’est présentée à moi. Enseignante de francisation en classe d’accueil. Comme par enchantement, je suis retombée amoureuse de mon métier. Ces parents venus d’un peu partout sur la planète s’adressaient à moi avec le plus grand des respects. Ils se montraient bienveillants et reconnaissants à mon égard. Leurs enfants, imitant bien entendu le comportement de leurs parents, accordaient de la valeur à l’école. 

Une journée, alors que j’effectuais des achats pour ma classe, j’ai croisé la mère d’une de mes élèves originaire de l’Asie. Lorsqu’elle m’a aperçue, elle s’est empressée de venir me saluer et a pris les sacs contenant mes achats pour les porter à ma voiture! Quel ne fut pas mon étonnement! Ce petit geste, si lourd de sens, fut un des plus beaux cadeaux que l’on m’ait faits.

La relève a compris...

Comprenez-moi bien, des parents québécois géniaux, il y en a aussi! Sauf que les « autres », ils nous usent. Et comme la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre, l’attitude déteint sur leur progéniture. 

Si vous saviez le nombre de collègues, chaque année, qui quittent le navire... Des professionnels extraordinaires, compétents, bourrés d’expérience et de savoirs. Et les jeunes, la relève, ils ne sont pas stupides! Ils voient bien comment ça se passe pour nous... Mon fils, qui constate la pénurie d’enseignants à son école, m’a d’ailleurs posé la question qui tue : « Mais maman, quand je serai grand, qui va enseigner à mes enfants? Parce que c’est clair que personne ne voudra prendre vos places quand vous serez vieux... » 

Très bonne question mon grand.

Isabelle Lemieux
Enseignante

Shefford

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