Magalie Lépine-Blondeau réalise un rêve
Le film «L'âme idéale» est à l'affiche partout au Québec.
Michèle Lemieux
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Alors que des projets lui faisaient traverser l’océan, Magalie Lépine-Blondeau a saisi l’occasion de frapper aux portes de la capitale française. Installée dans la Ville Lumière, l’actrice enchaîne les projets et c’est avec joie qu’elle nous présente L’âme idéale, un long métrage qui vient de prendre l'affiche au Québec.
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Magalie, le film L’âme idéale, que tu as tourné en France, est à l'affiche sur les écrans du Québec. Comment décrirais-tu Elsa, ton personnage?
C’est une médecin qui travaille en soins palliatifs. Ce don qui est le sien est un peu une malédiction: elle voit les morts et interagit avec eux. Elle les aide à se libérer de ce qui les retient ici pour leur permettre de faire le passage vers on ne sait trop quoi. Et en fait, ça la tient plutôt à l'écart d'elle-même et des autres, à tel point qu'elle a tiré un trait sur les relations amoureuses. On sent qu'elle est très seule, qu'elle a peu d'amis, qu'elle n’a pas de famille. Jusqu'au jour où elle rencontre Oscar, avec qui elle ressent vraiment des affinités. Mais Oscar est un mort qui ne sait pas qu'il est mort. Ces deux personnages vont se rencontrer à un moment improbable, l'un de sa mort, l'autre de sa vie.
Contre toute attente, on se laisse prendre par l’histoire.
Moi, c'est une histoire qui m'émeut. C'est sûr que c'était un pari risqué, qu'il y avait toutes sortes d'écueils et de pièges dans lesquels il ne fallait pas tomber. C'est une comédie romantique qui parle de la mort, du deuil, du courage d'être soi, de la différence aussi. Il y a une réflexion sur l'importance de partir dignement et de vivre grandement. Tout cela m'interpellait sous le couvert de la comédie romantique. J’ai aimé raconter cette histoire d'amour. C’est un film où la mort est omniprésente, mais qui parle de la vie. L’un ne va pas sans l'autre. Il faut apprivoiser la mort, celle de nos proches et la nôtre, qui est aussi inévitable. C’est un film de fantômes, mais pas juste les vrais: ceux qu'on charrie, toutes ces choses qui nous parasitent, nous empêchent de vivre et d'être nous-même, d’embrasser la chance qu’on a d’être en vie.
Au sortir de ce projet, as-tu ressenti l’importance de saisir chaque moment, dans la mesure du possible?
Ce sont des réflexions qui habitent toute ma vie, de toute façon. Je pense que je vis assez intensément. Ça a beaucoup teinté le tournage. C'était un tournage extrêmement joyeux. C'est comme s'il y avait un élan vital qui traversait toute l'équipe. Avec le recul, je pense que c'était aussi dû au thème du film, auquel tout le monde a vraiment adhéré sur le plateau. J’ai accompagné des médecins en soins palliatifs en France pour me préparer. Comme l'a dit mon personnage, ce sont des médecins qui ne guérissent personne. Il y a chez eux une délicatesse envers ces gens en fin de vie, mais aussi envers ceux qui restent. Ce n'est pas qu’un accompagnement médical, c’est aussi très humain.

Puisque c'est ton premier projet en France, j'imagine que c'est une étape importante dans ta carrière?
C'est sûr que dans la quarantaine, quand on a 20 ans de métier, il y a de moins en moins de premières fois. Pour ce projet, c’en était une. J’ai aussi choisi ce projet parce que c'était le premier long métrage de la réalisatrice, parce que mon partenaire de jeu, Jonathan Cohen, qui est vraiment une star en France, est un immense acteur et créateur, et parce que c'était son premier film à titre de producteur. C'était un projet qui était cher à nos cœurs. C'était aussi un projet important pour moi, parce que c’est celui que j'ai choisi pour me présenter et m'enraciner là-bas.
Tourner en France faisait-il partie de tes rêves professionnels?
Je pense que toute ma vie, j'ai rêvé de ça, mais ce n’était peut-être pas quelque chose qui était vraiment avoué ou formulé. En tout cas, ce n’était pas un objectif précis auquel je voulais travailler. Par contre, dès que l'opportunité s'est présentée avec la sortie de la série La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé, de Xavier Dolan, sur Canal+, puis la post-production du film Simple comme Sylvain, j’ai saisi l’occasion pour voir si j'avais quelque chose à dire là-bas et si on avait envie de m'entendre. J'ai rencontré des gens et assez rapidement, des projets m'ont été offerts.
Pour compléter ce tournage, tu as donc vécu trois mois en France?
Ça fait un an et demi que je vis majoritairement là-bas. J'ai tourné toute l'année en France. Pour L’âme idéale, nous avons tourné au Havre, en Normandie, durant une saison peu clémente. Ça faisait contrepoids à l'histoire d'amour qu'on racontait: ça ne faisait pas fleur bleue. Pendant trois mois, on était tous logés loin de chez nous. Forcément, ça soude des liens.
La France serait-elle devenue ton second chez-toi?
Oui, je peux maintenant dire que c'est mon second chez-moi. Je n’ai pas de chalet, mais j'ai Paris. (rires) J’ai beaucoup d'amis là-bas. Je ne me sens pas forcément loin de la maison. Avec la famille, on s'appelle tout le temps. Les choses se sont faites doucement. Ce n’est pas comme si j'étais partie là-bas du jour au lendemain avec mon baluchon en espérant qu'on m'adopte. J'avais une raison d'être là. Il n'est pas question que je quitte le Québec. Mais il n’en demeure pas moins que c'est intéressant d'être une étrangère quelque part. Ça nous offre une autre perspective sur le monde. Chaque jour, on ne se lève pas en se disant «Oh wow, Paris!» Il y a beaucoup de journées où je reste chez moi, où la ville m'épuise, où je trouve que c'est bruyant, où la vie est faite de simplicité. C'est drôle de constater comme on finit par reproduire la même vie ailleurs.
Fais-tu régulièrement des allers-retours?
Oui, le plus souvent possible. Mais bon: ce n'est pas comme prendre le train. Cela demande un peu d'organisation, des sous, et il y a un impact environnemental lié à ça.
Ce film te permet-il de pousser de nouvelles portes en France?
Depuis le tournage de L'âme idéale, j'ai enchaîné les projets: Paolo, un thriller de genre pour HBO, puis une comédie complètement décalée avec Raphaël Quenard, qui est un acteur qui a vraiment la cote, et qui cosignait et coréalisait son premier film. Plusieurs autres projets se dessinent. Je me réjouis de tout ça. Je me sens libre. Je vais là où ça sent bon. (sourire)
Après 20 ans de carrière, est-ce que ça te donne l’opportunité de te mettre au défi?
Je trouve ça exceptionnel que ça m’arrive à ce stade-ci de ma vie, où j'ai déjà des acquis et de l'expérience. En même temps, j'ai envie de me challenger, de me surprendre, de surprendre le public. Je mesure donc le privilège que j'ai de me mesurer à d'autres imaginaires, à d'autres réalités, à d'autres publics.