«Macbeth» au TNM: Robert Lepage transporte Shakespeare en plein cœur de la guerre des motards


Bruno Lapointe
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En campant Macbeth dans l’univers des motards, Robert Lepage a voulu dépoussiérer le classique de Shakespeare écrit il y a plus de 400 ans pour, enfin, le «rapprocher des gens». «C’est un univers qui fascine les Québécois», confie le dramaturge.
Oubliez l’Écosse médiévale, les kilts et les châteaux. Les personnages de Macbeth portent ici des vêtements de cuirs, arborent d’imposants tatouages et enfourchent leurs motocyclettes pour se rendre à leurs quartiers généraux, en l’occurrence un motel peu luxueux. La relecture qu’offre Robert Lepage sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde – Québec puis Ottawa suivront – est résolument plus contemporaine que celles qui ont déjà été montées à travers la province par le passé.

Il y a d'ailleurs plusieurs années que le metteur en scène émérite songeait à ce mariage entre Shakespeare et une époque plus actuelle.
«Macbeth est une pièce très sombre et très violente, ce qui ressemble un peu à l’idée que les gens ont du monde des motards. Mais il n’y a pas que ça chez les motards! Dans ces groupes – qu’ils soient criminalisés ou pas –, on retrouve aussi des thèmes qui se rapprochent de ceux de l'histoire de Shakespeare: la loyauté, la hiérarchie et l’importance du clan», avance Robert Lepage en entretien au Journal.
Une langue de chez nous
Le résultat a d’abord été présenté en version anglophone l’an dernier dans la ville de Stratford, en Ontario, où la pièce a tenu l’affiche d’avril à novembre. Mais cette fois-ci, c’est en français et avec des têtes d’affiche québécoises qu’elle renaît, Alexandre Goyette et Violette Chauveau en tenant les rôles principaux.
Ceux-ci se mettent en bouche la version française résolument québécoise qu’a signée Michel Garneau à la fin des années 1970. La langue est donc celle de chez nous, certes, mais elle est également celle qui se rapproche le plus de l’anglais élisabéthain dans lequel William Shakespeare trempait lui-même sa plume.
«Macbeth est une œuvre qui se traduit souvent très mal, alors on a souvent eu des traductions qui étaient poussiéreuses. Mais celle de Michel Garneau apporte beaucoup de réalisme, en plus de permettre à chacun des acteurs de lui apporter sa couleur et son accent», précise Robert Lepage.
Ce langage pour le moins coloré, comme constaté lors de la première médiatique de jeudi soir, à Montréal, vient régulièrement soutirer des rires à travers le parterre. Mais jamais au détriment de l’aspect tragique du propos, insiste le metteur en scène.
«C’est très, très sain d’avoir un comic relief, des moments plus légers dans des pièces aussi sombres et violentes. Sinon, ça peut devenir insoutenable», rappelle le metteur en scène.
- La pièce Macbeth est présentée au TNM de Montréal jusqu’au 1er mars. Elle prendra ensuite l’affiche au Théâtre Diamant de Québec du 17 mars au 4 avril, puis au Centre national des Arts d’Ottawa du 5 au 11 juin.
Notre critique:
L’idée de transporter les personnages de Macbeth en plein cœur de la guerre des motards était pour le moins risquée. Robert Lepage remporte toutefois son pari haut la main en nous offrant une relecture dépoussiérée, certes, mais surtout grandiose d’une œuvre maintes fois revisitée. On l’avoue, on a parfois peine à se faire l’oreille à certaines répliques livrées dans un français et un accent québécois dissonants. Mais on ne peut qu’applaudir l’ambition et le génie du metteur en scène, deux traits caractéristiques dont il fait joliment l’étalage tout au long de ces trois heures de spectacle. Et si Alexandre Goyette incarne admirablement le personnage-titre, c’est Violette Chauveau qui vole la vedette dans la peau d’une Lady Macbeth truculente et fabuleuse qui marquera assurément les esprits.