LPHF Montréal: tout ce qui manquait, c’était une victoire


Patric Laprade
Partager
L’ambiance était spéciale hier à la Place Bell. La galerie de presse était remplie au point de refuser des demandes.
Les 9135 partisans sur place ont accompagné la chanteuse pour l’hymne national canadien dans les deux langues officielles, créant un moment qui a donné des frissons à plusieurs. Ces mêmes personnes faisaient virevolter leurs serviettes blanches lors d’un but, d’un gros arrêt ou d’un avantage numérique. Les DJ, Blaze et Montana, étaient égaux à eux-mêmes et ont endiablé la foule avec leurs rythmes. Certains des gros bonnets de la LPHF étaient aussi présents tels que Stan Kasten, membre du conseil consultatif et bras droit du propriétaire de la ligue Mark Walter, Paul Krotz, le directeur des communications et relations publiques, et Brian Burke, le directeur exécutif de l’association des joueuses.
Tout ce qui manquait, c’était une victoire.
Montréal a clairement dominé ce match. Après les trois périodes réglementaires, les tirs au but étaient de 43 à 18 pour Montréal. En première période, Boston n’a lancé que deux fois sur Ann-Renée Desbiens. Montréal a terminé le match avec 54 tirs au but, contre seulement 26. Tout ça avec seulement trois trios, Kori Cheverie ne faisant pas jouer le quatrième trio composé de Leah Lum, Jillian Dempsey et Alexandra Poznikoff. En point de presse, elle a expliqué que Boston n’avait pas vraiment fait jouer son quatrième trio non plus et avec Hilary Knight qui semblait jouer à toutes les deux présences, elle ne voulait pas exposer son quatrième trio. Knight a en effet joué plus de 32 minutes.
Montréal a eu ses chances. À plusieurs reprises au cours du match, on bourdonnait autour du filet d’Aerin Frankel, gardant la rondelle en zone adverse et y allant d’une succession de tirs ou de chances de marquer. Ces chances de marquer ont continué en prolongation. Une échappée de Laura Stacey, suivi d’un avantage numérique, alors que Megan Keller a donné un coup de bâton à cette même Stacey. L’équipe n’a jamais été capable de capitaliser.
Après l’avantage numérique, j’ai dit à certains collègues que cette occasion manquée de Montréal pourrait être le point tournant du match. Combien de fois avons-nous vu ce scénario? Prophète de malheur je fus. Une minute et 25 secondes plus tard, Susanna Tapani, que Boston a acquis en retour de leur deuxième choix au dernier repêchage, a donné la victoire à son équipe.
Boston, une équipe bâtie pour les séries
À mon avis, ce n’est pas la meilleure équipe qui l’a emporté, mais bien la meilleure équipe en séries. Il y a une différence entre la saison régulière et les séries éliminatoires. L’an dernier, les Golden Knights de Las Vegas ont fini loin des 65 victoires et 135 points des Bruins, mais ils avaient une équipe bâtie pour les séries et j’ai l’impression que dans la LPHF, cette étiquette colle bien à Boston. L’équipe joue un jeu physique le long des bandes, un jeu physique en plein milieu de la patinoire, on donne des doubles-échecs, on fait de l’obstruction, on distribue des coups de bâton, bref, la totale, qui a d’ailleurs valu à Boston cinq désavantages numériques.
Avec une moyenne à travers la ligue de 5 pieds 7 pouces, les Megan Keller, Hilary Knight, Lexie Adzija et Susanna Tapani, qui sont toutes à 5 pieds 10 ou 5 pieds 11, font figure de géantes. Boston a les joueuses pour jouer ce genre de hockey. La coach, Courtney Kessel, n’a pas voulu répondre lorsque je lui ai demandé si son équipe était bâtie pour les séries, laissant plutôt Tapani y répondre. «Je pense que oui, m’a-t-elle répondu. On aurait pu jouer cinq ou six périodes aujourd’hui.»
La question maintenant est de savoir si Montréal pourra s’adapter à ce style de jeu. Ça a fonctionné pour Boston samedi dernier. Ça a encore fonctionné hier soir.
Mélodie Daoust en demi-finale, mais pas en finale
Le dossier Mélodie Daoust en est un que j’ai suivi toute la saison, et ce, pour plusieurs raisons. On a une des meilleures joueuses au monde, pas juste à Montréal ou au Canada, au monde, qui ne peut jouer à temps plein. Pis encore, à cause des règles existantes, elle a été limitée à six matchs en saison régulière, alors que de son propre aveu, elle aurait été disponible pour en jouer davantage.
Sa situation on la connait et on la respecte. Elle a son garçon en garde partagée et de ce fait, ne peut voyager et suivre l’équipe partout. C’est la raison pour laquelle elle ne s’était pas inscrite au repêchage l’an dernier et qu’elle est plutôt devenue une réserviste. Parce qu’elle n’était pas passée par le repêchage, elle ne pouvait signer un contrat régulier, mais seulement un maximum de deux contrats à court terme de 11 jours. Ce qu’elle a fait, jouant le quart de la saison de l’équipe.
Toutefois, c’est en séries que la situation se complique. La règle disait initialement qu’elle pouvait signer un autre contrat de 11 jours en séries, mais finalement ce n’est pas le cas. Il s’agit plutôt d’un contrat pour une série. L’équipe doit alors choisir si elle la fait jouer en demi-finale ou en finale. Un contrat de 11 jours lui aurait peut-être permis de jouer quelques matchs dans les deux séries, chose qui est impossible maintenant.
Et du côté de Montréal, on a décidé de la faire jouer en demi-finale. C’est donc dire que si Montréal bat Boston et passe en finale, ils ne pourront faire jouer Daoust. Kori Cheverie a été très claire en point de presse. Avant de penser qui elle va faire jouer en finale, il faut s’y rendre. «C’est la seule série qui est garantie. Pas vrai? Ça avait du sens de se donner toutes les chances de participer à la finale et c’est le raisonnement derrière la décision.»
Une des meilleures au monde
Une décision qui se tient et à laquelle je m’attendais. Le problème pour moi n’est pas la décision de Cheverie, mais plutôt cette règle contraignante qui privera Montréal de faire jouer l’une des meilleures joueuses au monde en finale et qui privera également les partisans de voir l’une des meilleures en action. C’est d’ailleurs ce dernier point que je trouve déplorable. À moins d’un changement, ce sera la même chose l’an prochain. Si elle veut signer un contrat régulier et jouer plus de matchs, il faudrait qu’elle s’inscrive au repêchage de 2024 et qu’elle prenne le risque d’être repêchée par Montréal. Ça n’arrivera pas.
La question est par contre la suivante. Comment une ligue comme la LPHF, qui devrait s’assurer de mettre toutes les chances de leurs côtés afin de faire jouer les meilleures, ne peut-elle pas avoir un règlement qui permettrait à Daoust (et d’autres peut-être) de signer avec l’équipe de son choix? À 32 ans, pourquoi devrait-elle passer par le repêchage? Ne pourrait-elle pas avoir un statut de joueuse autonome à partir de l’année 2 et à partir d’un certain âge? Je comprends qu’à la base c’est sa décision qui la place dans cette situation, mais bonyenne, laissez-là gagner sa vie avec le hockey et laissez les partisans en profiter!
À guichets fermés samedi
Il y avait un peu plus de 9000 spectateurs à la Place Bell et pour un soir de semaine, c’est excellent. La seule autre fois cette saison que l’équipe a joué à Laval un soir de semaine, c’était le tout premier match dans l’amphithéâtre, un mardi de janvier et le match avait attiré un peu plus de 6000 spectateurs.
Au moment d’écrire ces lignes, il restait moins de 50 billets pour le match de samedi soir. Le match sera à guichets fermés.