L’irrépressible courage de Catherine Fournier

Josée Legault
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En 2017, alors député péquiste d’expérience en lequel tout le caucus avait confiance, Harold LeBel, 55 ans, agressait sexuellement sa jeune collègue députée de 25 ans, Catherine Fournier. Sur tous les plans possibles et imaginables, une horrible trahison.
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Car toute agression sexuelle – toute forme de violence, en fait, contre une femme ou une fille – est toujours une sordide histoire d’abus de pouvoir auquel s’est livré un homme, souvent connu en plus de sa victime.
- Pour voir le documentaire Témoin C.F. sur Vrai, cliquez ici.
Jusqu’à ce qu’elle porte plainte en 2020, on n’ose pas imaginer son désarroi, son immense solitude, et, parfois même, son désespoir. La détermination et la dignité avec lesquelles elle a néanmoins su poursuivre sa carrière jusqu’à son élection en 2021 à la mairie de Longueuil commande l’admiration.
Ce mardi, elle révélait enfin son identité au grand jour. La victime d’Harold LeBel, c’était elle. Son objectif : faire œuvre utile pour les femmes victimes de violences.
En entrevues et dans le cadre du documentaire Témoin C.F., diffusé dès mercredi sur Vrai, Mme Fournier veut encourager les victimes à se sentir moins seules et mieux informées de leurs droits.

Elle insiste aussi beaucoup sur l’importance d’être soutenues et accompagnées. Sa manière de faire œuvre utile sera donc d’expliquer son propre parcours à travers les méandres du système de justice.
- Écoutez l'entrevue avec Catherine Fournier à l’émission de Yasmine Abdelfadel via QUB radio :
Travail colossal
Cet univers, les femmes le savent trop bien, peine encore à s’adapter aux suites exigeantes du mouvement de dénonciation #metoo. Mais il arrive aussi des moments où il fonctionne.
Au Québec, comme d’autres personnalités publiques avant elle, dont Nathalie Simard, Léa Clermont-Dion et plusieurs victimes alléguées de Gilbert Rozon, l’empereur déchu de l’humour, Catherine Fournier entend contribuer à son tour à convaincre les femmes de garder la tête haute et dénoncer.
Du même coup, elle insiste pour saluer le courage de toutes les victimes, quel que soit le parcours choisi par chacune. « Tous les parcours sont valides », dit-elle. À 31 ans, sa sagesse impressionne.
Car le travail, nous le savons toutes, ne fait que commencer.
Piloté par le ministre de la Justice et porté avec brio par l’ex-députée péquiste Véronique Hivon et des consœurs de tous les partis, l’espoir est que le projet de tribunaux spécialisés en matière de violence sexuelle et conjugale finisse un jour par offrir aux victimes un accès à la justice plus équitable, rigoureux et accueillant.
Respect
Un système capable aussi de sanctionner plus sévèrement les agresseurs tout en leur offrant de meilleures pistes de réhabilitation.
L’agresseur de Catherine Fournier, comme tant d’autres, n’aura fait qu’un court passage en prison. Condamné en janvier à 8 mois d’incarcération, il en sortait après 54 jours et l’imposition d’un séjour en maison de transition.
Dans nos sociétés atomisées où la violence, sous diverses formes, marque un retour, nos écoles devraient aussi devenir des terreaux nettement plus fertiles à une éducation humaniste de respect envers les filles et les femmes.
Les hommes qui, majoritairement, respectent les femmes ne les violent pas. Ne les agressent pas. Ne les frappent pas. Ne leur crient pas au visage. Ne les abaissent pas. Ne cherchent pas à les contrôler. Ne les trahissent pas. Le respect véritable est aux antipodes de tout ça.
Bravo, Catherine Fournier, de rejoindre celles qui le disent et le rediront. Vous êtes des phares dans la nuit. Vous ferez œuvre utile encore longtemps.