L’Iran n’a pas besoin de l’emporter militairement pour vaincre les États-Unis, affirme un expert

Yannick Beaudoin
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Les États-Unis semblent de plus en plus s’enliser au Moyen-Orient et une réelle victoire américaine semble de moins en moins probable, soutient un expert en politique internationale.
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L’opération terrestre imminente en Iran, rapportée par le Washington Post, comporte de grands risques, selon le membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand Guillaume Lavoie.
« Dès que vous avez des troupes au sol, surtout pour une attaque que l’on a un peu téléguidée [...] c’est quelque chose que les forces iraniennes vont voir venir et dont on présume qu’elles se préparent en conséquence. Et donc, ce sont des troupes qui seraient plus stationnaires. Une fois qu’elles sont sur les îles, elles deviennent plus facilement des cibles », a-t-il expliqué en entrevue à TVA Nouvelles.
« Le grand test politique, c’est : est-ce que les Américains sont prêts à voir leurs fils et leurs filles revenir comme des dépouilles. Et ça veut dire que militairement parlant, le risque augmente beaucoup et donc le nombre de blessés et de morts augmente également », a ajouté M. Lavoie.

Trump et ses contradictions
De plus, la position de Donald Trump, qui a indiqué que le conflit tirait à sa fin, tout en menaçant d’envoyer des troupes au sol, démontre le niveau d’improvisation de Washington, soutient l’expert.
« C’est comme si on était allé en guerre avec un plan qui ressemblait grosso modo au plan du Venezuela : quelque chose d’aérien, de chirurgical, de rapide, de spectaculaire et de très court. Et là, oups ! L’Iran n’est pas le Venezuela et depuis ce temps-là, on cherche un peu tous les plans et tous les scénarios sont sur la table », affirme-t-il.
Selon ce dernier, le président américain a encore une fois étalé son « habileté assez exceptionnelle » à tenir des propos contradictoires.
« Depuis des jours, voire des semaines, il parle de la victoire exceptionnelle des États-Unis et des troupes américaines sur l’opération. En même temps, [il dit] qu’il a besoin d’aide, en même temps qu’on est en train de négocier, en même temps que les attaques se poursuivent et qu’elles pourraient être plus grandes, et en même temps qu’on se prépare à débarquer des troupes au sol pour contrôler ou pousser l’offensive », énumère Guillaume Lavoie.
Donc, Donald Trump pourrait vouloir « sauver la face » en déclarant victoire « quitte à inventer une réalité et sortir de là au plus vite ».
« À chaque étape ou à chaque journée, il y a comme une nouvelle complexité qui s’ajoute et une victoire devient plus complexe ou plus difficile », souligne le membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand.
Une victoire difficile à obtenir
L’implication d’Israël dans le conflit rend aussi toute fin des hostilités plus difficile à atteindre.
« Israël n’a aucune espèce de doute sur pourquoi ils sont engagés et que ça peut et ça doit être sur le très long terme », clame M. Lavoie.
À court terme, la réouverture du détroit d’Ormuz est essentielle à toute forme de résolution de conflit, martèle l’expert.
« On peut imaginer que le régime iranien aura quelques demandes, entre autres : vous allez cesser de nous attaquer, vous allez devoir reconnaître, ne serait-ce qu’informellement, le fait que le régime en place y reste, et nous voulons de l’argent », mentionne Guillaume Lavoie.
De telles conditions seront certainement dures à accepter pour Donald Trump, estime le spécialiste de la politique américaine et internationale.
« Ça va être un peu difficile là-dessus pour Donald Trump de déclarer victoire si l’autre ne joue pas dans son film », résume-t-il.
Stratégie iranienne
L’arrivée des rebelles houtis, un groupe pro-iranien, dans ce conflit vient ouvrir un nouveau front, rendant ce conflit encore plus difficile à résoudre.
« On se dit : “est-ce que finalement, ça faisait partie des cartes dans le jeu de l’Iran qui n’avaient pas encore été mises de l’avant ?”, avance Guillaume Lavoie.
« Ce que l’on voit, c’est que la stratégie de l’Iran [...] c’est de dire : “on n’a pas besoin de vous battre militairement sur le terrain, avion pour avion ou missile pour missile. On a besoin de créer suffisamment d’incertitudes et de craintes pour bouleverser. Leur arme essentiellement est plus économique que militaire” », ajoute-t-il.
L’impact de ce conflit sur la Bourse, le prix des métaux et de l’essence pourrait donc forcer la main à Washington.
« On peut imaginer que ce sont les autres pays du monde qui font pression sur Donald Trump pour dire : “s’il vous plaît, trouvez une voie de sortie” », indique M. Lavoie.