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L’incompréhensible présence d’un patineur québécois avec la Pologne

Il a serré la main du président et a dû passer des entrevues dans une langue qu’il ne parle pas vraiment

Fournie par Félix Pigeon
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2026-02-10T05:00:00Z

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MILAN | Avant de me donner une entrevue, Félix Pigeon a serré la main du président polonais, Karol Nawrocki, dans son dortoir au Village olympique.

Ne demandez pas ce qu’il a dit à Félix. Ce dernier n’en a aucune idée et ne comprend pas beaucoup le polonais.

Le président lui a sûrement souhaité bonne chance pour les Jeux. Souligné que lui et ses coéquipiers sont une fierté pour la Pologne.

Félix Pigeon n’est pas né en Pologne. Ses parents non plus. Même pas un grand-parent ou un arrière-arrière-arrière-grand-père. Il n’a aucun batinse de lien avec la Pologne. Le père de mon épouse est polonais, donc je pense que mes enfants sont plus polonais que Félix Pigeon.

Fournie par Félix Pigeon
Fournie par Félix Pigeon

Est-ce que vous comprenez quelque chose? Moi, je ne comprenais rien. Ç’a l’air que c’est rare, mais ce n’est pas du jamais-vu. Laissez-moi essayer de vous expliquer, ce n’est pas banal comme histoire.

Bye, bye, Canada

On remonte à 2019. Félix est un jeune patineur sur courte piste de la Montérégie de 16 ans qui a un avenir prometteur. Il représente d’ailleurs le Canada au Championnat du monde junior.

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L’année suivante, il ne réussit pas à intégrer l’équipe nationale. En 2022, non plus.

«J’étais très déçu. Mais le Canada, c’est la meilleure équipe au monde. Ce n’est vraiment pas facile de faire sa place. C’est du très haut niveau.»

Mais Félix ne se décourage pas. Il est encore très jeune et croit qu’il peut faire sa place sur la scène internationale.

Un contact lui propose alors d’aller s’entraîner avec les patineurs de la Pologne. Ça lui permettra de s’améliorer et de revenir faire sa place avec le Canada, mais aussi d’aider les Polonais qui tentent de faire leur place dans cette discipline.

Bonjour la Pologne

À 19 ans, il part donc en Pologne. Il est bien reçu. Ça ne lui coûte pas un sou.

Il s’y plaît avec les Polonais. Patinage de vitesse Canada accepte de le libérer. La Pologne lui donne ensuite un statut de résident. Le voilà en mesure de représenter ce pays dans des compétitions internationales, sauf les Olympiques.

Fournie par Félix Pigeon
Fournie par Félix Pigeon

La fédération polonaise de patinage en fait beaucoup. Mais lui aussi. «J’ai dû faire des 8 heures de train pour aller porter tel papier dans une ambassade, ensuite dans une autre ville pour un autre papier et ainsi de suite», me raconte-t-il en soupirant.

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Mais la cerise sur le gâteau, c’est quand la Pologne lui a même donné la citoyenneté récemment. Ça lui permettait donc d’avoir son billet pour Milan.

Je lui ai demandé s’il avait eu à faire des tests de citoyenneté ou à passer un genre d’examen.

Pas du tout, car il a obtenu sa citoyenneté par décision présidentielle. Rien que ça!

Citoyen à condition que...

Mais, sur la glace, il devait bien faire. «Si tu contribues à l’équipe, que tu as de bons résultats [...] la fédération est mieux capable de convaincre des gens et faire accélérer le dossier», m’explique-t-il.

Son brio a permis à la Pologne de remporter une première médaille en relais dans son histoire au Championnat du monde.

Doit-on l’appeler «Félix Pigeonski»? «Félix Pigeon, ça va être correct, répond-il. Mais des fois ils m’appellent par le mot pigeon en polonais, c’est golab, ça me fait rire.»

Ça fait maintenant quatre ans qu’il vit en Pologne. Il revient chez ses parents en mars, c’est tout.

Il apprend le polonais, mais pas assez vite à son goût et ça commence vraiment à le déranger.

Fournie par Félix Pigeon
Fournie par Félix Pigeon

«J’ai fait un show de radio l’autre fois. C’était chaotique. Je ne comprenais rien ou très peu», me lance-t-il, d’un rire un peu gêné. Je lui ai demandé si les animateurs lui parlaient en anglais ou en polonais. «Moitié-moitié, mettons», m’a-t-il dit.

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Avant 2022, que connaissait-il de ce pays? «Absolument rien!»

Là, même s’il se sent comme un touriste, il s’est mis à découvrir la Pologne, à visiter quelques villes et plusieurs musées.

«J’ai serré la main du président de la Pologne ce matin. Il était avec des gardes du corps. Il est venu dans les dortoirs», relate-t-il. Il pousse un petit soupir. «C’était beaucoup de stress.»

Je lui demande s’il a compris ce qu’il a dit. «C’est surtout pour ça que j’étais stressé. Je n’étais pas sûr de comprendre ce qu’il allait me dire. Mais il ne m’a pas parlé en particulier. Il s’est adressé au groupe, donc tout s’est bien passé.»

Tout ça pour le rêve

Ça ne doit pas faire plaisir à tout le monde. Inévitablement, il prend la place d’un autre qui risque d’être pas mal plus polonais que lui.

«À date, il n’y a pas vraiment de négatif. Moi je vois ça comme une grande chance de représenter ce pays qui m’a accueilli. Je patine pour la Pologne avant de patiner pour moi. Je sais que je prends la place d’un autre, mais je donne tout ce que j’ai», exprime celui qui ne compte jamais revenir avec le Canada.

On le verra mardi au 1000 mètres. Et il participera aussi au relais mixte. Il n’est pas toujours dans le top 10, mais il vient de remporter une médaille de bronze au Championnat du monde. Il ne sera donc pas sous-estimé par les Canadiens qui l’ont laissé partir.

Bon, c’était essoufflant, son histoire, non? Et quand je lui demande pourquoi il a fait tout ça en fin de compte: «Pour être aux Jeux olympiques; je suis ici», répond le sympathique patineur de 23 ans de Saint-Pie, qui vit finalement le rêve.

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