«Ce n'est pas du tout crédible»: des experts dénoncent les «conclusions hâtives» de Donald Trump sur le lien entre l'acétaminophène et l'autisme
L’administration américaine fait aussi un lien avec les vaccins

Héloïse Archambault
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Le président américain Donald Trump a déclenché une polémique en déclarant que les femmes enceintes ne devraient pas prendre de Tylenol puisque cela augmente le risque d’autisme de leur nouveau-né.
«N’en prenez pas! a plaidé lundi Donald Trump dans une conférence de presse à la Maison-Blanche. Ce n’est pas bon.»
En réponse à une «horrible crise de l’autisme» aux États-Unis, le président américain encourage les femmes enceintes à éviter l’acétaminophène (Tylenol du nom commercial), à moins d’une fièvre «extrêmement forte».
«Ça dépasse l’imagination, réagit Laurent Mottron, titulaire de la chaire de recherche en autisme M&R Gosselin, à l’Université de Montréal. On est à un tel point d’ignorance et de malhonnêteté intellectuelle que ça dépasse un peu l’entendement.»
Les médecins américains seront informés par la Food and Drug administration (équivalent de Santé Canada) du lien entre le Tylenol et l’autisme. Une campagne nationale sera lancée pour informer les familles.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Conclusions hâtives
Le président Trump était accompagné de Robert F. Kennedy Jr., le controversé secrétaire à la Santé ouvertement antivaccin.
«On semble sauter à des conclusions très hâtives, ajoute Marc Lanovaz, directeur scientifique de l’Institut universitaire en déficience intellectuelle et en trouble du spectre de l'autisme. Le Tylenol n’a rien à voir, ça ne cause pas l’autisme.»

À l’heure actuelle, ce médicament est le plus recommandé aux femmes enceintes pour la douleur et la fièvre; l’ibuprofène (Advil) est déconseillé.
Par ailleurs, le président Trump a fait un lien avec les vaccins, plaidant que des groupes comme les Amish n’ont aucun cas d’autisme, un mythe réfuté depuis longtemps. Il a aussi suggéré fortement de séparer les doses de vaccins auprès des enfants pour mieux les protéger.
Par ailleurs, Robert Kennedy Jr. a souligné qu'une thérapie à base d’acide folinique a été approuvée et pouvait aider les enfants autistes.

«Ce n’est pas du tout crédible», réagit sans détour Marie-Claude Lacourse, pharmacienne à Saint-Philippe.
Cette vitamine est fortement recommandée aux femmes durant la grossesse pour prévenir certaines anomalies du tube neural.
Plus tôt cette année, M. Kennedy avait déclaré que l’autisme était «évitable» («preventable»).
«C’est afficher un mépris et une incompréhension de ce qu’est la science. Ce que ça nous apprend, c’est que le gars est un imbécile, dit M. Mottron. Ce qui me terrifie, c’est que quelqu’un qui est capable de dire une chose pareille, qu’est-ce qu’il est capable de faire?» questionne-t-il.
• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l'émission de Richard Martineau, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Une réalité «familiale»
L’an dernier, une vaste étude suédoise a montré l’absence de relation entre la prise d’acétaminophène durant la grossesse et l’autisme. Selon M. Mottron, l’autisme est «familial». Environ 1% des enfants sont atteints sur la planète.
«Il y a des familles qui sont prédisposées, qui ont plus de chances d’en avoir que d’autres, explique le spécialiste, soulignant qu’il ne s’agit pas d’une maladie. C’est comme le fait d’être gaucher, c’est familial.»
Le 12 septembre dernier, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) a réitéré que l’acétaminophène «n’augmente pas les risques pendant la grossesse» et encourage encore les femmes à prendre ce médicament, selon la posologie.
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