L’hypocrite empathie pour le cerveau de Claude Lemieux
Le plus grand drame, ce ne serait pas qu’on apprenne que Claude Lemieux était atteint d’une maladie dégénérative au cerveau


Jean-Nicolas Blanchet
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Le plus grand drame, ce ne serait pas qu’on apprenne que Claude Lemieux était atteint d’une maladie dégénérative au cerveau.
C’est plutôt que si c’est le cas, rien ne va rien changer. Un gars qui commence sa carrière au hockey aujourd’hui risque d’être atteint de cette cochonnerie dans 30 ans.
La famille de Claude Lemieux, qui s’est enlevé la vie la semaine dernière, a annoncé que son cerveau sera donné à la science afin de voir s’il était atteint d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC).
Vous savez, c’est cette maladie du cerveau qui rend dément, agressif et qui mène trop souvent au suicide. Le tout, avec des problèmes de mémoire.
C’est ce qu’avaient notamment Henri Richard, Stan Mikita, Richard Martin, Reggie Fleming, Bob Probert, Bobby Hull, Chris Simon, Steve Montador, Wade Belak et Derek Boogard. Les trois derniers sont morts à moins de 35 ans.

La seule façon de diagnostiquer cette maladie, c’est après la mort, en remettant le cerveau du défunt à la science. Autrement dit, on ne connaît qu’une infime partie du nombre de cas réel d’ETC. Surtout que, dès qu’on la soupçonne, ça finit la plupart du temps que c’est ça.
Impossible de savoir si ce sera le cas de Claude Lemieux.
Un éveil collectif éphémère
Ce qu’il est possible de savoir, par contre, c’est à quel point ça ne changera rien, à part quelques jours d’éveil collectif.
Tout le monde serait bien peiné d’apprendre qu’il devait vivre avec cette maladie horrible.
Ce même monde bondira de son siège deux jours après, quand Arbrer Xhekaj va jeter les gants contre Mark Kastelic.
Ce même monde sera content de voir Juraj Slafkovsky revenir sur la glace cinq minutes après avoir perdu l’équilibre en tentant de se relever à la suite d’une mise en échec.
Ce même monde sera ravi quand Josh Anderson détruira un défenseur adverse qui restera allongé au sol parce que son cerveau est passé de 35 km/h vers l’avant à 10 km/h vers l’arrière en une fraction de seconde.
Je ne ferai pas la mère Thérésa. Je risque d’avoir la même réaction. Et batinse que je me trouve épais.
Tant que les bagarres et les coups dangereux sont tolérés et même encensés, tout le monde va se ficher que plein d’anciens joueurs se suicident à 45 ans.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Et Bettman, lui ?
On peut blâmer Gary Bettman, qui continue de nier qu’il y a un lien entre l’ETC et le fait d’avoir joué dans la LNH.
Mais ce serait trop facile de s’en prendre à Bettman. Il voit parfaitement ce qui fait vendre son produit et ce n’est pas seulement de beaux avantages numériques.

Il le voit qu’il n’y a pas grand monde dans les arénas qui parlent d’ETC quand les frères Tkachuk se promènent sur la glace en se demandant qui sera le prochain à manger leur coude dans la face.
Les premiers à blâmer, c’est nous, les partisans de cette culture du hockey.
C’est mieux qu’avant, vous me direz.
Mais pensez à ceux qui se battent le plus souvent dans la LNH d’aujourd’hui et reparlons-en dans 30 ans pour voir quelle sorte de vie ils ont.
On risque d’être de moins en moins fiers d’avoir acclamé ces gladiateurs.
Il est grand temps de s’en rendre compte. Et quand Bettman souhaite ses condoléances à la famille Lemieux, je me demande comment il se sent au fond avec le drame de l’ETC qui lui pend au nez.