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L’humoriste Colin Boudrias élève un enfant à trois avec sa blonde et une amie

L’humoriste Colin Boudrias, sa conjointe Florence et leur amie Emma élèvent à trois leur enfant.
L’humoriste Colin Boudrias, sa conjointe Florence et leur amie Emma élèvent à trois leur enfant. Photo courtoisie Colin Boudrias
Photo portrait de Andrea Lubeck

Andrea Lubeck

2024-10-24T17:40:56Z

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«Il faut tout un village pour élever un enfant.» Ce dicton, l’humoriste Colin Boudrias, sa conjointe Florence et leur amie Emma l’appliquent (presque) à la lettre. À trois, ils ont eu un enfant, dont ils sont les coparents. Témoignage.

Emma, c’est la mère biologique d’un garçon âgé de huit semaines. Mais en réalité, l’enfant compte trois parents.

«À l’origine, je n’avais pas envie de me marier ni de me mettre en couple, mais j’avais envie d’avoir un enfant. Je cherchais un ou des coparents, je ne voulais surtout pas avoir un enfant seule. Après plusieurs essais, c’est eux (Colin et Florence) qui m’ont proposé qu’on fasse ça ensemble. On avait des petites choses à décider, mais, dès le début, j’étais sûre que ça marcherait», raconte Emma.

De leur côté, Colin Boudrias et sa conjointe Florence avaient déjà discuté de la possibilité de devenir parents après neuf ans en couple. Pour l’humoriste, l’idée d’élever un enfant à deux était néanmoins une source d’anxiété. Être trois dans le projet allège ces difficultés, dit-il.

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Colin, Florence et Emma ne forment pas un trouple. Ils sont tout de même très proches, des «meilleurs amis», au point où élever un enfant à trois était tout naturel pour eux.

«On en a plein les bras»

Comment se déroule la triparentalité depuis la naissance de l’enfant?

«Pour moi, c’est tout ce que j’avais imaginé et même mieux!», assure Emma, qui dit avoir eu une grossesse compliquée.

Être trois parents ne signifie toutefois pas qu’ils peuvent se la couler douce.

«On pensait que ce serait facile, mais, finalement, on en a aussi plein les bras. Quand le bébé pleure, on est tous investis», relate Emma.

«Je n’ai pas l’impression que c’est facile. J’ai juste l’impression qu’on serait incapables de le faire si on était deux ou même seul. Même si on avait été quatre ou cinq, je pense que ça aurait été difficile quand même», renchérit Colin Boudrias, qui est le père biologique de l’enfant.

Les coparents ont acquis ensemble un duplex; Colin et Florence habitent l’un des logements et Emma occupe l’autre. Mais pour faciliter l’adaptation durant les premières semaines de vie de leur bébé, Emma reste temporairement dans la chambre d’amis du couple.

Ils apprécient l’expérience au point où ils planifient la venue d’un deuxième enfant, cette fois porté par Florence. L’enfant sera élevé en fratrie avec leur premier bébé, toujours par les trois parents.

De vives réactions

Quand Colin Boudrias a parlé de sa dynamique familiale au balado Tout le monde s’haït, l’extrait publié sur TikTok a suscité une foule de commentaires négatifs.

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«J’ai de la misère avec ça... Genre un enfant c’est pas un animal de compagnie», écrit une personne.

«Je suis séparée et mes enfants doivent changer de maison chaque semaine depuis 6 ans et c’est lourd pour eux pour plein de raisons. Vous lui imposerez ça dès la naissance?», questionne une autre.

«J’imagine que vous êtes bien renseignés sur la théorie de l’attachement. Un enfant dans deux maisons c’est pas l’idéal sur le plan développemental, surtout en bas âge», ajoute une utilisatrice de TikTok.

Comme ce n’était pas la première fois que l’humoriste abordait la question publiquement, il savait à quoi s’attendre. C’est donc pourquoi les coparents ont décidé de ne pas trop y porter attention, surtout que «plusieurs des commentaires n’ont aucun rapport avec [leur] situation», ajoute-t-il.

Des préoccupations fondées?

Mais les préoccupations des gens sont-elles fondées? Est-ce que ça peut vraiment être néfaste pour l’enfant d’avoir plus de deux parents?

Non, puisqu’on ne devrait pas voir les familles pluriparentales sous le même prisme que les familles biparentales, sachant qu’elles «fonctionnent différemment», explique Isabel Côté, professeure à l’Université du Québec en Outaouais et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la procréation pour autrui et les liens familiaux.

«Ces familles ont tendance à beaucoup plus discuter entre elles en amont du projet, leur parentalité est beaucoup plus négociée [...] ce qui est très différent d’un contexte hétéroparental fertile où les couples décident d’avoir des enfants sans se poser de questions», note-t-elle.

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Ces familles pluriparentales comptent d’ailleurs de nombreux aspects positifs, indique la professeure.

«On sait que les ressources, c’est un élément important qui favorise le développement de l’enfant. Ici, on a trois parents qui peuvent s’entraider. Les parents peuvent avoir plus de temps pour eux-mêmes et être beaucoup plus disponibles pour l’enfant», illustre-t-elle.

L’absence de reconnaissance légale est pire

Pour le gouvernement du Québec, «c’est très clair que la cellule familiale comporte deux parents seulement», avait déclaré le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette, en 2021, au moment de présenter sa réforme du droit de la famille.

Colin et Emma espèrent que la situation change.

Colin Boudrias en représentation durant le Festival Juste pour rire en 2023
Colin Boudrias en représentation durant le Festival Juste pour rire en 2023 MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Mais d’ici là, aux yeux de la loi, le ou les parents qui ne sont pas inscrits sur le certificat de naissance de l’enfant n’ont aucun droit face à celui-ci. Impossible, donc, pour ce parent de l’inscrire à l’école, de consentir à des soins médicaux ou encore d’obtenir une pension alimentaire en cas de séparation.

Cette absence de reconnaissance des familles pluriparentales est pire pour l’enfant que les conséquences perçues d’avoir plus de deux parents, affirme Isabel Côté.

«Le fait d’avoir des parents qui sont légalement reconnus, ça assure à l’enfant sa sécurité, dit-elle. Ça évite le risque de perdre un contact avec une de ses figures parentales d’attachement principales dans un contexte de conflit entre les parents.»

L’enfant fait également moins face à «l’opprobre social» lorsque sa dynamique familiale est valorisée.

«Le droit, c’est le vecteur de la norme. À partir du moment où on permet la reconnaissance d’un modèle familial, ce qu’on envoie comme signal, c’est que cette famille-là est aussi valide que les autres», souligne la professeure.  

La pluriparentalité reconnue ailleurs 

En février 2023, la Coalition des familles LGBT+ et deux familles pluriparentales se sont tournées vers les tribunaux pour faire reconnaître la pluriparentalité au Québec. 

L’Ontario, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique la reconnaissent sous certaines conditions.

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