Leylah, la Drosophila melanogaster
La Québécoise cause la surprise à ses débuts à Paris


Jean-Nicolas Blanchet
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PARIS | Ce serait trop grossier d’écrire dans un titre que Leylah Annie Fernandez est aussi énervante qu’une mouche à fruit pour ses adversaires sur un court de tennis. J’ai donc utilisé le terme scientifique, que je ne connaissais pas.
Elle était ce type de moustique dimanche en début de soirée à Paris pour son premier match olympique en causant toute une surprise en montrant la porte à la puissante Tchèque Karolina Muchova (29e mondiale) en trois manches de 6-1, 4-6 et 6-2.
Oui, Leylah est 24e mondiale, mais ce classement est trompeur. Muchova revient d’une blessure. Elle était dans le top 10 il y a moins d’un an. Et elle a été finaliste la semaine dernière à Palerme, en Italie. C’est donc Muchova qui était favorisée.
Mais cela impressionnait peu la Québécoise. Comme la Drosophila Melanogaster, Leylah volait partout sur le terrain. Dès que Muchova pensait s’en débarrasser, Fernandez réapparaissait de nulle part pour recommencer à embêter la puissante frappeuse tchèque. Quand cette dernière pensait donner un coup de grâce, Leylah s’en sortait et restait tout prêt jusqu’à tant que Muchova se fatigue à essayer de la battre.
De l’art de Leylah
C’est la marque de commerce de Leylah. Elle se bat ou elle se débat. Mais hier, c’était de l’art de voir comment elle s’y est prise. Muchova mesure presque 6 pieds. Leylah fait 5 pieds 6 pouces. Muchova frappe des bombes.
Mais dès que la porte s’ouvrait, Leylah sautait sur l’occasion. La Tchèque faisait l’inverse.
Muchova a fait 5 as, Leylah 0. Muchova a remporté 87% de ses points en deuxième service. Elle a commis moins de fautes directes que Leylah. Et malgré tout, c’est la Québécoise qui continue son tournoi.
«Petite victoire facile Leylah!», lui ai-je demandé, après le match.
En riant, elle a souligné que c’était un «match très compliqué».
«Je suis contente de la bataille, de ma mentalité, de mon positivisme», a-t-elle ajouté.
Questionnée sur ses difficultés en deuxième manche, la Québécoise semblait trouver que les journalistes manquaient un peu d’indulgence.
«Elle a fait une finale en grand chelem. C’est une très bonne joueuse. Elle ne va pas me donner la victoire».
Émue de jouer pour son pays
Peu coincée et sympathique en entrevue, Leylah était même émotive en parlant de l’importance de jouer pour son pays.
«Oui, c’est plus de pression. Mais c’est de la motivation pour moi. Je suis très fière d’être Canadienne. Mais je ne suis pas seulement Canadienne, je suis aussi Équatorienne et Philippine. Quand je représente le Canada, ça me rappelle que mes grands-parents ont pu venir au Canada, qui leur a donné des opportunités et que ç’a ensuite permis à mes parents d’avoir des opportunités de bien vivre et finalement de me donner des opportunités pour que je fasse mon sport, ma passion. Pour moi, c’est très spécial», a-t-elle expliqué.
Elle a souligné aussi l’ambiance plutôt exceptionnelle pour un match qui se déroulait sur un petit terrain du site. «C’est incroyable! [...] Ç’a été un de mes matchs préférés».
La foule était plutôt du côté de Muchova en début de match. Il semblait y avoir plus de partisans tchèques. Tellement, que le père de Leylah a lui-même lancé des encouragements pour sa fille une fois durant le match, faisant embarquer, involontairement, avec lui le reste des sections autour de lui.
Et plus le match avançait, on dirait que les gens sur le site ont commencé à se passer le mot de venir voir ce duel fascinant. Et à la fin, c’était plein au bouchon et ça criait beaucoup plus fort pour Leylah, signe que la Québécoise avait encore réussi à charmer la foule par sa ténacité.
«On a donné un bon spectacle», a-t-elle lancé.
Au-delà du fait qu’elle n’abandonne jamais, c’est aussi son non-verbal qui était captivant. On croyait que le vent avait tourné après la deuxième manche. Et quand on la voyait faire un mauvais coup, au lieu de se plaindre ou de lever les yeux au ciel, elle se retournait, fermait les yeux quelques secondes et reprenait les balles en serrant le poing pour se dire: «let’s go, c’est pas grave, on reprend ça». Ça fait longtemps qu’elle fait ça. De le voir à quelques mètres, avec toute la pression et des estrades pleines aux Olympiques, ça m’a captivé. C’est beau à voir.
► Leyla Annie Fernandez aura une journée très chargée lundi. Elle amorcera son tournoi en double avec Gabriela Dabrowski. Le duo qui peut aspirer à un podium affrontera les Françaises Clara Burel et Varvara Gracheva. En simple, Leylah croisera le fer avec l’Espagnole Cristina Bucsa, classée 60e au monde.