Les Vénézuéliens vivant aux États-Unis tiraillés entre la haine du président Maduro et la peur d’une guerre

AFP
Partager
Chez les Vénézuéliens vivant aux États-Unis, la colère contre les autorités dans leur pays d'origine est quasi unanime. Mais la menace d'une intervention militaire de Donald Trump contre le régime de Nicolas Maduro suscite le malaise dans la communauté.
• À lire aussi: Deux compagnies panaméennes suspendent leurs vols au Venezuela, menacé par Trump
• À lire aussi: Attaques au large du Venezuela: voici 3 scandales déclenchés par le chef du Pentagone
• À lire aussi: Crise avec Caracas: Trump prêt à se pencher sur une frappe mortelle en mer des Caraïbes
«S'il y a un sentiment partagé par tous les Vénézuéliens», affirme Andrea González, c'est la «haine» à l'égard du pouvoir du président Nicolas Maduro, dont la réélection a été largement contestée par l'opposition vénézuélienne comme la communauté internationale.
Pour cette femme de 38 ans qui travaille dans le secteur du bâtiment à Doral, ville de Floride surnommée la «petite Caracas», une invasion américaine est devenue nécessaire.
Doral se situe près de Miami, dans le sud des États-Unis, une ville qui serait à trois heures de Caracas si les vols directs étaient autorisés entre les deux pays, toujours à couteaux tirés.
La crainte que l'inimitié de longue date ne dégénère en conflit armé est repartie de plus belle depuis le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump, qui a fait de son homologue vénézuélien l'une de ses bêtes noires.
Le président américain accuse son homologue vénézuélien de diriger un cartel de narcotrafiquants, même si les experts estiment que Caracas n'est pas la principale source des drogues entrant aux États-Unis.
De son côté, le gouvernement de Nicolas Maduro dément vertement et accuse l'administration Trump de vouloir le renverser pour exercer toute son influence sur le Venezuela, ravivant le spectre des ingérences américaines en Amérique latine.
«Combat trop inéquitable»
À Doral, où plus de 40% de la population est d'origine vénézuélienne, Diana Gonzalez espère bien une invasion de son pays. Cette architecte d'intérieur de 47 ans soutient «à 100%» une intervention américaine pour renverser ce qu'elle considère être une dictature corrompue.
«On ne peut pas continuer seuls, car c'est un combat trop inéquitable entre des personnes avec des drapeaux et des personnes avec des armes», fait-elle remarquer, en référence à la répression des manifestations de l'opposition.
Elle dit toutefois espérer que l'intervention des États-Unis ne déclenchera pas une guerre, car «personne au Venezuela ne se battra pour le régime», dans un pays plombé par les sanctions américaines et une crise économique qui a poussé des millions de ses habitants à l'exil.
Diana Gonzalez rêve de voir l'opposante María Corina Machado, prix Nobel de la paix et proche de l'administration Trump, diriger le pays caraïbéen, qui abrite les plus grandes réserves de pétrole au monde.
Mais pour Carmen, une intervention américaine serait «un couteau à double tranchant» pour son pays qu'elle a quitté en 2020.
«Si Maduro tombe, ce serait merveilleux», confie cette femme retraitée de 66 ans, qui préfère ne pas donner son nom de famille pour des raisons de sécurité. Mais en cas de conflit, «il y aura beaucoup de morts», met-elle en garde. «Une guerre entre les deux pays serait une catastrophe».
«Ce que signifie une guerre»
À Doral, beaucoup de Vénézuéliens préfèrent éviter de parler du sujet, entre la crainte des répercussions du pouvoir de Maduro contre leurs proches et celle d'attirer l'attention de la police anti-immigration de Donald Trump qui mène ces derniers mois des arrestations massives, parfois brutales.
Caracas et Washington coopèrent d'ailleurs sur ce dossier. Ce qui conduit Adelys Ferro, militante vénézuélienne pour les droits des migrants, à douter des intentions réelles du président américain vis-à-vis des Vénézuéliens.
«Alors qu'une menace militaire plane sur le régime dictatorial de Maduro, on vient d'annoncer la reprise des vols de personnes expulsées vers le Venezuela», dénonce-t-elle, en soulignant que «les États-Unis ont demandé au régime d'autoriser l'atterrissage de ces vols».
Si elle appelle à des pressions sur le gouvernement Maduro, Adelys Ferro craint elle aussi les conséquences d'un conflit pour son pays d'origine, où vit toujours sa mère.
«Dans notre désespoir et notre désir de liberté, nous avons minimisé ce que signifie une guerre», prévient-t-elle. «Je ne peux pas faire passer mon rêve de revoir ma mère au-dessus de la vie des Vénézuéliens»