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Suspendre les brevets ne permettra pas de produire une dose de vaccin de plus

AFP

2021-04-24T05:08:56Z

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Suspendre les brevets ou forcer le transfert technologique ne permettra pas de produire une seule dose de vaccin anti-COVID-19 de plus, et cela risque même d’avoir l’effet inverse, ont averti les laboratoires pharmaceutiques.

• À lire aussi: Le patron de l'OMS veut des mesures concrètes pour augmenter la production de vaccins

Pour les partisans d’une suspension temporaire des droits de propriété intellectuelle, c’est le meilleur moyen de multiplier les sites de production et de mettre enfin un terme à la criante inégalité vaccinale, qui voit de larges proportions de la population des pays riches être immunisées, alors que certains pays pauvres n’ont accès qu’à très peu de doses.

Vendredi encore, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a répété que les vaccins «sont un bien public». Pretoria et l’Inde sont à l’origine de la proposition sur les brevets auprès de l’OMC, et les deux capitales ont désormais le soutien de plusieurs pays, ONG et personnalités. Mais le dossier est dans l’impasse.

«Battons-nous ensemble contre le nationalisme vaccinal et montrons que protéger la propriété intellectuelle ne se fait pas au détriment des vies humaines», a plaidé M. Ramaphosa lors d’un événement organisé par l’OMS.

Une autre voie

Presque simultanément, les représentants de l’industrie pharmaceutique du monde entier répondaient devant la presse que ce n’était pas la voie à suivre, tout en répétant qu'ils s'engagent à produire le plus de vaccins possible en un minimum de temps.

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Cela «ne nous donnerait pas les outils nécessaires pour produire plus de doses de vaccin», a affirmé Thomas Cueni, président de la Fédération internationale de l'industrie du médicament (IFPMA).

Il a souligné que 275 accords de production ont déjà été conclus entre des laboratoires, parfois entre des rivaux, pour atteindre l’objectif de 10 milliards d’ici la fin 2021.

Tous les industriels ont souligné que le problème n’était pas tant la propriété intellectuelle que les barrières douanières ou la pénurie de certains ingrédients et outils qui peuvent stopper net la production.

C’est compliqué

«Fabriquer des vaccins, ce n’est pas juste une question de brevets», a souligné Sai Prasad, président du Developing Countries Vaccine Manufactures Network, qui fédère les laboratoires des pays en développement.

«C’est un secteur très complexe, à la science compliquée, des processus de fabrication très compliqués... Il faut faire très attention et effectuer un transfert responsable du savoir-faire», a-t-il expliqué, notamment à cause de l’impératif de sûreté et de qualité.

«Nous ne voulons pas, en agissant de la mauvaise façon, que les gens fassent moins confiance aux vaccins», a renchéri Michelle McMurry-Heath, qui préside la Biotechnology Innovation Organization (BIO), laquelle regroupe les entreprises de biotechnologie.

«Nous devons admettre qu’il n’y a qu’une poignée de laboratoires dans le monde qui ont l’expertise requise, et nous devons concentrer nos efforts pour qu’ils puissent accéder aux ingrédients dont ils ont besoin pour produire le plus de doses, le plus vite possible», a-t-elle souligné.

Parfois, une chose aussi triviale que la pénurie de sacs de plastique ou de filtres peut gripper la machine. Parfois, ce sont les lipides qui servent à protéger l’ARN messager des vaccins de Pfizer-BioNTech et de Moderna qui manquent. 

Les industriels estiment que plus d’une centaine d’ingrédients entrant dans la fabrication de vaccins sont difficiles à se procurer à l’heure actuelle.

Effets pervers

Stéphane Bancel, le patron de Moderna, a mis en garde contre les effets pervers que pourrait avoir le transfert technologique à des fabricants pas assez aguerris.

«Essayer de répartir les rares matières premières que nous avons actuellement parmi un bien plus grand nombre de fabricants qui n’ont pas forcément l’expérience de produire des vaccins pourrait menacer les progrès que nous sommes en passe de réaliser», a expliqué Mme McMurry-Heath.

Moderna, qui était une entreprise relativement modeste avant la COVID-19, promet de produire un milliard de doses de son vaccin et 1,4 milliard l’an prochain. 

Consacrer des ressources humaines pour transférer les technologies et le savoir-faire [des processus qui prennent des mois] n’aurait quasiment aucun impact sur la production de vaccins cette année, «et cela freinerait notre habilité à produire plus en 2021».

«Si nous détournons maintenant la petite équipe d’ingénieurs dont nous disposons pour qu’elle réalise ces transferts», l’impact en 2021 «sera immense», a-t-il averti.

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