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En Argentine, les restrictions anti-Covid ravivent la polarisation politique

AFP

2020-09-29T04:59:38Z

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Buenos Aires | Une épidémie de Covid-19 qui ne faiblit pas malgré plus de six mois de restrictions drastiques, une profonde crise économique qui s’aggrave : la situation en Argentine alimente une polarisation politique toujours plus aiguë.

D’un côté, des manifestants qui s’insurgent contre les mesures sanitaires mises en place par le gouvernement du président de centre-gauche Alberto Fernandez, accusé de « détruire » le pays.

De l’autre, des partisans du gouvernement qui s’indignent de l’« irresponsabilité » de l’opposition qui encourage ces manifestations en pleine pandémie de coronavirus, dont la courbe ne faiblit pas malgré un confinement national décrété dès le 20 mars.

Depuis cette date, chaque province a assoupli ou renforcé les restrictions en fonction de la rapidité de la contagion, mais le niveau de contamination reste élevé : depuis le premier malade détecté en mars, 700 000 cas ont été déclarés, parmi lesquels 19 000 décès, pour 44 millions d’habitants.

À Buenos Aires, dont l’agglomération compte 13 millions d’habitants, les restaurants n’ont été autorisés à rouvrir en terrasse que depuis une semaine. Toutes les écoles et universités restent fermées, ainsi que les frontières. 

Pour Daniel, un coiffeur de la capitale de 57 ans, qui n’a pas souhaité donner son nom, l’économie argentine, déjà en récession depuis 2018, est au bord du gouffre : « nous allons vivre de quoi ? Nous sommes devenus la risée du monde. Le confinement le plus long du monde, avec les pires résultats », critique-t-il.

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Comme dans de très nombreux pays, l’économie est durement touchée : au 2e trimestre, la troisième économie d’Amérique latine a plongé de 19,1%, par rapport à la même période l’an dernier. 

En août, le pays a connu à nouveau un des pires taux d’inflation du monde (40,7% en glissement annuel) et les analystes estiment qu’elle atteindra 43,9% fin 2020.

Mais le chef de l’État estime qu’on peut « guérir l’économie, pas les morts ». 

« La situation est complexe, on donne la priorité à la vie, parce que si le système de santé s’effondre, ce sera horrible pour tout le monde », abonde Carol Diamondstein, une psychologue. 

Pour Luciana Kirjner, 27 ans, les manifestations risquent non seulement d’aggraver l’épidémie, mais visent aussi à faire « vaciller un gouvernement élu démocratiquement ». 

Trêve de courte durée

Lors de sa prise de fonction en décembre, le président argentin s’était justement fixé comme objectif de réduire la fameuse « grieta » (brèche) qui s’est fortement creusée entre partisans de gauche et de droite, durant les gouvernements de Cristina Kirchner (gauche, 2007-2015) et de Mauricio Macri (droite, 2015-2019). 

Le début de la pandémie et du confinement avaient même conduit à une sorte de trêve, lorsque la majorité de la population soutenait les décisions du gouvernement Fernandez. Mais la polarisation semble avoir redoublé depuis. 

Ainsi, les sujets de préoccupation des Argentins comme l’inflation, la dévaluation vertigineuse du peso, l’insécurité, le chômage, sont revenus en force sur le devant de la scène. 

Un sondage de l’institut Giacobbe & Asociados montre que la cote de popularité du président est passée de 67,8% en mars, à 42,8% mi-juillet. 

Pour le politologue Marcos Novaro, la polarisation politique s’est aussi accentuée devant la stratégie déployée par l’ex-présidente Kirchner, devenue vice-présidente d’Alberto Fernandez, de « faire avancer son agenda ». 

Lors des manifestations anti-gouvernement, aux slogans contre le confinement se sont ainsi mêlées des revendications contre la réforme judiciaire lancée par les autorités et pour des mesures contre l’insécurité et la corruption.

Le gouvernement affirme que la réforme du système judiciaire garantira la déconcentration du pouvoir entre les mains d’une poignée de juges fédéraux. 

Mais les opposants affirment que l’objectif est de contrôler le système judiciaire afin de favoriser Cristina Kirchner, visée par neuf enquêtes, essentiellement dans des affaires de corruption.

Selon Marcos Novaro, le président argentin maintient le confinement « parce que c’est la voie la plus facile. Comme il n’a pas de stratégie, ni politique ni économique, il poursuit ce qui a fonctionné pour lui ». 

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