Les Québécois adoptent de plus en plus l’intelligence artificielle
Un internaute québécois sur deux a déjà eu recours à un outil d’intelligence artificielle générative (IAG) en 2025, une croissance rapide qui ne va pas s’estomper, estime un spécialiste


Martin Lavoie
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Un internaute québécois sur deux a déjà eu recours à un outil d’intelligence artificielle générative (IAG) en 2025, une croissance rapide qui ne va pas s’estomper, estime un spécialiste de la question qui appelle toutefois à son encadrement tant en ce qui a trait aux lois qu’aux entreprises.
L’Académie de la transformation numérique (ATN) de l’Université Laval a dévoilé jeudi les chiffres de son enquête NETendances menée en octobre 2025, qui révèle que 52 % des internautes du Québec ont déjà utilisé l’IAG. Ce chiffre était de 38 % en 2024.
« Ça devient un outil de plus en plus utilisé dans la vie de tous les jours, c’est une grosse progression en un an », constate Jean-François Lalonde, directeur scientifique adjoint de l’Institut intelligence et données de l’Université Laval.
Dans les groupes de 18 à 44 ans, le pourcentage d’utilisation va de 72 à 76 %. Ce qui fait dire à l’expert que « ça n’arrêtera pas là ».
« Faut-il s’en réjouir ou s’inquiéter ? La réponse est entre les deux, estime-t-il. C’est définitivement très utile, ça permet de sauver du temps et d’accéder à de l’information plus facilement. Mais il ne faudrait pas que l’IA remplace certaines de nos capacités cognitives pour faire le travail ou réfléchir à notre place. »

M. Lalonde met en garde contre les hallucinations (contenu faux ou altéré) qui existent toujours et invite à vérifier les sources de l’IA.
Facteurs
L’intégration de l’IAG en tête des résultats de certains moteurs de recherche, au premier rang desquels Google, contribue à cette hausse de l’utilisation, pense M. Lalonde.
« On va continuer à les voir de plus en plus accessibles dans nos applications où elles seront intégrées », souligne-t-il.
Il existe des possibilités que certains outils de l’IA soient entraînés de façon à introduire un biais à des fins politiques ou mercantiles, par exemple.
« Il faut encadrer l’utilisation de l’AI afin d’éviter des dérives où un algorithme pourrait suggérer des réponses alignées avec une certaine vision du monde. C’est important de s’assurer de maintenir un certain degré de neutralité. Il faut non seulement des lois, mais aussi des façons de s’assurer que c’est suivi. On pourrait imaginer des tests périodiques auxquels ces plateformes devraient se soumettre. »
« Mais c’est encore plus important de développer un regard critique chez les utilisateurs, poursuit-il. Un sondage comme celui de l’ATN aide à parler de ce phénomène pour s’assurer que tout le monde soit au courant de ces potentiels biais. »
École et travail
La forte utilisation de l’IAG dans les études interpelle évidemment le professeur.
« Ça dénote une curiosité. On doit se demander si l’outil peut aider les étudiants ou leur nuire. Ce ne sera pas possible de l’interdire. Notre rôle sera d’enseigner un usage critique et réfléchi pour l’utiliser comme levier et non comme substitut à ce qu’ils doivent apprendre. »
Sur le marché du travail, il constate que la montée fulgurante de l’IAG a laissé des entreprises dépourvues.
« On voit que 53 % des internautes disent que leur employeur n’a pas de position ou qu’ils ne savent pas s’il en a une sur l’utilisation de l’IAG. Il n’y a pas encore d’encadrement. On est pris de court. Ça va être important à court terme de s’y pencher », insiste Jean-François Lalonde.
Embûche
Et l’IAG pourrait éventuellement devenir son propre ennemi.
« À chaque fois que l’on transfère de l’information, on perd de l’information originale qui devient un peu corrompue ou perd un peu de qualité, puis on répète cette perte. C’est peut-être un des dangers. Les algorithmes génèrent du contenu qui est ensuite publié sur le web. Et les prochaines générations d’IAG vont elles-mêmes consommer cette information pour s’entraîner. On pourrait voir une espèce de dégradation de la qualité de l’information au fil du temps. Il faut faire attention à ça et se doter de mécanismes. Par exemple, déclarer le contenu généré par l’IA. Il faut s’assurer de ne pas redigérer cette information pour la reproduire à nouveau pour éviter cet effet de dégradation progressive de la qualité de l’information au fil du temps », opine Jean-François Lalonde.
Les résultats
– 52 % la part des internautes ayant utilisé l’IAG en 2025 (33 % en 2024)
– 54 % des utilisateurs le font au moins une fois par semaine (38 % en 2024)
– 71 % des utilisateurs ont moins de 55 ans
– 24 % seraient prêts à payer pour utiliser les outils
– 90 % des internautes ont exprimé au moins une crainte
Utilisation par tranche d’âge
– 72 % 18-24
– 73 % 25-34
– 76 % 35-44
– 64 % 45-54
– 32 % 55-64
– 18 % 65 et plus
Les outils les plus utilisés
– 84 % ChatGPT
– 29 % Copilot
– 22 % Gemini
Langue principale de l’utilisateur
– 48 % français
– 60 % anglais
Encadrement par les entreprises, selon les internautes
– 28 % l’autorisent et fournissent l’outil
– 16 % l’autorisent sans fournir d’outil
– 21 % n’ont pas de position
– 32 % ne savent pas
Qu’est-ce que l’intelligence artificielle générative (IAG)?
« C’est une catégorie d’algorithme d’IA qui va créer du contenu, dans ce cas-ci du texte, des images, de la vidéo, de la musique. Elle est en mesure de faire de la recherche sur le web. Ce n’est pas une caractéristique de l’IAG, mais une capacité supplémentaire qu’on lui a donnée. Les premières versions de ChatGPT en 2023 n’avaient pas cette capacité. Leur base de connaissances était figée dans le temps au moment où on l’avait entraîné pour générer des réponses. Ce n’était pas possible pour l’outil d’être au courant de l’actualité. Mais comme maintenant les outils sont en mesure de faire des recherches sur le web, ils peuvent fournir des réponses plus à jour », définit Jean-François Lalonde.
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