Les «passport bros», ces hommes frustrés qui partent à la recherche de la femme idéale (et soumise)


Léa Martin
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Avez-vous déjà entendu parler des «passport bros»? Ces hommes frustrés en amour partent à l’étranger pour trouver la femme «traditionnelle» de leur rêve.
«Ici, aucune femme ne veut de toi si tu fais moins de 6 pieds et que tu ne fais pas un salaire à six chiffres»: voilà le genre de discours que tiennent sur les réseaux sociaux les adeptes de ce mouvement, dont plusieurs sont Américains.
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Sur TikTok, le mot-clic #passportbros compte plus de 47 000 publications.
Leurs destinations fétiches pour trouver «l’amour» sont les Philippines, la Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge, la Colombie, le Mexique, le Brésil, le Venezuela ou encore des pays des Balkans, comme la Croatie.
La faute au féminisme
«Le concept de "passport Bros" est né de la perception que les valeurs et les comportements traditionnels sont plus répandus parmi les femmes étrangères que dans les sociétés occidentales où se sont opérés des virages culturels», peut-on lire sur le site The Official Passport Bros.
Aux yeux des «passport bros», les femmes occidentales ont adopté «une philosophie féministe agressive et hostile qui peut conduire à des relations conflictuelles avec les hommes», toujours selon le site.
Le fait que ces femmes, «manipulatrices» et «trop masculines», rejettent les rôles de genre traditionnels déplait à ces hommes qui prônent un retour aux valeurs d’antan. C’est pourquoi ils partent à l’étranger pour trouver l’âme sœur.
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Dans leur quête pour trouver la femme belle et soumise, ces hommes occultent tous les obstacles qui peuvent exister dans ce type de relation amoureuse à l’étranger, souligne la professeure de sociologie de l’Université Laval, Madeleine Pastinelli.
«On fantasme d’une épouse belle, soumise, empressée d’être au service [de l’homme] et qui ne refuse jamais rien, mais on fait abstraction de l’importance des rapports familiaux, de la famille d’origine, de la proximité des sœurs, de la mère, des frères, du religieux et de tout ce qui peut être différent sur le plan culturel», remarque-t-elle.
Mais d’où vient le mouvement?
Le mouvement des «passport bros» trouve son origine dans le contexte économique difficile des dernières années et dans l’ère post-MeToo, avance la professeure au département de sciences politiques de l’UQAM, Anne-Marie D’Aoust.
Sur les réseaux sociaux, certains adeptes du mouvement s’affichent aux bras de femmes souriantes et se félicitent de pouvoir vivre une vie de rêve dans un pays où ils ont un meilleur pouvoir d’achat.
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Sur Reddit, des hommes s’échangent des conseils, notamment sur les destinations à privilégier pour trouver l’amour.
«J'ai pensé à la Géorgie pour mon prochain voyage. Est-ce que quelqu’un a de l’expérience avec les femmes géorgiennes et, si c’est le cas, que pensez-vous d’elles?», a écrit un homme dans un groupe.
«Est-ce que la taille est importante dans le passeport-broing? Je fais 5 pieds 2 [...]», se demande un autre.
Les réponses sont bourrées de clichés culturels et ethniques.
Un phénomène qui ne date pas d’hier
Même si les réseaux sociaux donnent une voix aux «passport bros», ce n’est pas d’hier que des hommes voyagent pour trouver une femme à marier, note Anne-Marie D’Aoust, qui a étudié les migrations de mariage.
Dans les années 80-90 et jusqu’aux années 2000, plutôt que des «passport bros», «on parlait des mail-order brides», mentionne-t-elle.
Les années 2000 ont également vu apparaître des sites de rencontre dédiés aux hommes américains à la recherche, par exemple, de femmes colombiennes ou originaires de pays de l’ancienne Union soviétique, poursuit la professeure.
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À l’époque, ces hommes voulaient généralement ramener leur conquête aux États-Unis, alors que maintenant, les «passport bros» rêvent aussi de s’expatrier.
Exotisme et colonialisme
En plus des valeurs traditionnelles associées au couple, ce que ces hommes recherchent à l’étranger, c’est de l’exotisme. Anne-Marie D’Aoust y voit une forme d’héritage colonial qui vient de la période d’après-guerre pour les Américains.
Elle cite les Philippines, une destination prisée des «passport bros» où les États-Unis avaient érigé des bases militaires après la Seconde Guerre mondiale.
«Le premier contact que les soldats américains ont eu avec ces femmes locales, c’est dans un contexte de fétichisation et d’échange. Beaucoup d’entre elles étaient utilisées comme des objets sexuels», explique la professeure.
L’experte remarque que cet imaginaire dure: ces hommes voient encore les femmes philippines comme étant très dociles et féminines.