Voici William Villeneuve, l’espoir le plus patient en Amérique du Nord


Nicolas Cloutier
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Comme lauréat du prix de l’espoir le plus patient en Amérique du Nord, on vous soumet William Villeneuve. Le fait que le Québécois n’ait pas encore été rappelé par les Maple Leafs après 183 matchs dans la Ligue américaine de hockey suscite bien plus d’indignation que vous vous en doutez chez les partisans torontois.
Sur les réseaux sociaux, le nom de Villeneuve est aussi régulièrement mentionné, sinon plus, que celui des joueurs réguliers des «Leafs». Ils sont nombreux à réclamer la promotion de ce défenseur droitier de 23 ans faisant bien circuler la rondelle. Des Ontariens, pas des Sherbrookois de son patelin.
«Ça n’a aucun sens qu’il n’ait pas été rappelé», déplore l’un d’eux sur X.
William Villeneuve, Marlies, 6'2 RD. 2020 4th round pick. 23 years old.
— Alex Hall (@JAlexHall10) 29 novembre 2025
51 points in 74 games last year and this year combined.
Makes zero sense he hasn't been called up with Tanev and Carlo injured. It's like Treliving/Berube only want D who are 6'5 and can't move the puck.
«Ça va prendre quoi pour que William Villeneuve ait sa chance avec le grand club?» s’insurge un autre.
at what point does William Villeneuve a RHD PMD get a shot with the big club?
— The North Team™️ (@tmlfaninvan) 7 novembre 2025
«Je l’ai dit avant, je vais le répéter, Villeneuve mérite un rappel.»
Said it before and I’ll say it again, William Villeneuve deserves a call-up. #LeafsForever https://t.co/CGl1gekEDT
— Peter B (@PBaracchini) 23 novembre 2025
Ces partisans ont certains arguments. Pour le cumulatif des quatre dernières saisons de la Ligue américaine, Villeneuve arrive au 11e rang chez les défenseurs avec 102 points en 183 matchs. Le top 10 est entièrement composé de joueurs bien plus vieux que lui. Et seul Kyle Capobianco affiche un différentiel supérieur à celui de +26 de Villeneuve.
Surtout, l’essentiel de ce top 10 a eu droit à des matchs dans la LNH. Pas lui. Même pas une petite rencontre.
Quand les droitiers Brandon Carlo et Chris Tanev sont tombés au combat, les Maple Leafs avaient une occasion en or de voir ce que Villeneuve avait dans le ventre. Ils ont réclamé Troy Stecher au ballottage.
Il y a même des rumeurs qui circulent selon lesquelles Henry Thrun serait préféré à Villeneuve si on doit éventuellement procéder à un rappel. Ce n’est pas la direction actuelle qui a repêché Villeneuve, mais bien le régime de Kyle Dubas.
Pas une victime
Bien des joueurs auraient lâché un coup de fil à leur agent pour leur balancer une phrase culte de Slapshot («La présente vous invite respectueusement à m’échanger», quelque chose du genre). Villeneuve voit plutôt une occasion de faire de l’introspection.
«D’un côté, il faut que je me regarde dans le miroir, a-t-il lancé dès le début de son entretien avec le TVASports.ca. Il faut que j’essaie d’identifier les raisons qui expliquent pourquoi je n’ai pas eu de rappel. Quelles sont les choses que je dois améliorer pour mériter ce rappel-là?
«En étant plus jeune des fois, dans le mineur ou dans le junior, tu t’apitoies sur ton sort. Pourquoi ça m’arrive? Mais j’ai l’impression que dans cette business-là, il faut juste que tu travailles fort, que tu sois meilleur.»
Il y a une chose qu’il peut contrôler: il est mieux d’être prêt si ce rappel-là arrive un jour.
«La Ligue nationale, c’est pas une joke, a souligné le jeune homme avec lucidité. Je veux pas arriver là et avoir l’air d’un pingouin. Parfois, dans une vie, tu en auras juste une ou deux opportunités.»
McMann incarne l’espoir
La froide réalité, c’est que plus le temps passe, plus ses chances de devenir un régulier dans la LNH s’amenuisent. Ça ne veut pas dire que les dés sont jetés. Son ancien coéquipier avec les Marlies Bobby McMann représente une lueur d’espoir.
«Je sais que c’est un attaquant, mais il est rentré tard dans le pro et regarde, en ce moment, il fait une très belle carrière avec les Leafs. Il a un super beau rôle», a plaidé l’ancien deuxième choix au total du repêchage de la LHJMQ.
Voici d’autres noms qui devraient motiver Villeneuve: Deryk Engelland, Justin Holl, Nick Jensen et Vincent Desharnais. Tous des défenseurs qui ont joué quelque 150 matchs ou plus dans la Ligue américaine avant de s’établir tardivement au plus haut niveau.
«Je suis arrivé chez les Marlies à un jeune âge et j’ai progressé d’année en année, s’est enthousiasmé Villeneuve au bout du fil. Si c’est dans les prochains mois, ça va être ça. Si c’est dans cinq mois, si c’est l’année prochaine, dans deux ans... j’essaie juste de contrôler ce que je peux contrôler.»
170 lb mouillés
Du chemin, il en a fait depuis son passage chez les pros. À 6 pi 2 po et 170 lb, Villeneuve était maigre comme un poulet quand il est arrivé chez les Marlies pour sa première saison complète avec eux.
«C’était bien beau de vouloir tasser les gars devant le filet, mais quand je prenais un gars de 220 lb, j’étais juste pas assez fort. Bottom line, c’était juste pas assez. Il n’y avait pas grand-chose que je pouvais faire. Cette année, je suis rentré à 195 lb.»
Il n’y a pas vraiment eu de discussions entre Villeneuve et l’état-major des Maple Leafs dernièrement parce qu’en fin de compte, ce qu’on lui demande, ça n’a pas changé.
«Ils passent le message aux entraîneurs ici, et c’est le même message que quand je suis rentré. Pour moi, si je veux me rendre, c’est: est-ce que je suis capable d’être dur à affronter dans ma zone? J’ai le premier avantage numérique avec les Marlies, et c’est bien beau, là, mais je sais que je ne l’aurai pas en haut.
«Si je veux rentrer, ça va être sur une troisième paire, pendant 10 à 12 minutes. Il va falloir que je ne donne absolument rien, que je sorte des rondelles de ma zone. Je suis extrêmement conscient de ce que ça va prendre et de quoi ça va avoir l’air.»
Même si les ouvertures sont minces, l’avantage de jouer dans une organisation avec un budget presque illimité comme celle des Leafs, sous le parapluie du géant milliardaire MLSE, c’est tout l’éventail de ressources offertes aux jeunes.
Regardez seulement ces noms au service des joueurs dans le département du développement, c’est quelque chose: les légendes Hayley Wickenheiser et Danielle Goyette, les ex-joueurs de la LNH Mark Giordano, Jake Muzzin et Kyle Clifford ainsi que la sommité du patinage Paul Matheson.
«Je pourrais t’en nommer plein d’autres, a continué Villeneuve. On est extrêmement chanceux à Toronto. Ce n’est pas comme ça partout.»
Tout peut être passé au peigne fin avec la tablette. Les équipements dernier cri des Leafs peuvent calculer l’explosion de ta foulée jusqu’à la dernière virgule.
Mais l’attitude de Villeneuve à sa quatrième saison complète à faire les longs voyages d’autobus dans la Ligue américaine, ça, c’est un impondérable. Et c’est peut-être ce qui va lui permettre de jouer au plus haut niveau même si les probabilités commencent à jouer contre lui.