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Les Nordiques: un fantôme qui hante encore le hockey québécois

Photo portrait de Jean-Charles Lajoie

Jean-Charles Lajoie

2025-12-01T23:09:37Z

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Le Canadien s’est fait donner la fessée par les Nordiques samedi après-midi. La nostalgie était au rendez-vous... mais pour qui, et à quoi bon? Les Nordiques sont morts, et n’eût été Joe Sakic, personne n’aurait jasé de cette époque où la plus grande rivalité de la LNH se disputait ici, au Québec, entre les Bleus et les Rouges. 

C’est hypothétique, mais pour la forme: si les Nordiques ne s’étaient jamais envolés vers Denver, où en serait aujourd’hui le hockey québécois?

Il y a cent théories pour expliquer l’effritement du Québec dans la Ligue nationale. Le raccourci le plus souvent emprunté? La mondialisation du hockey. L’avènement des Européens, notamment les Russes, aurait dilué le contenu «de chez nous».

Pourtant, il n’y a jamais eu autant d’Américains dans la LNH. Les Suédois, les Finlandais, quelques excellents Allemands, plusieurs Suisses, les Tchèques, les Slovaques et bien sûr les Russes... tous sont légitimes parce qu’ils sont les meilleurs au monde.

Aucun des joueurs actuels n’est un «voleur de job» au sens Elvis Gratton du terme. Ce qui n’est visiblement plus le cas du Québec, qui peine à ne pas se noyer dans la mer de talents étrangers. Et encore, la majorité des Québécois œuvrant dans le gros show occupent des postes précaires sur des quatrièmes trios ou des troisièmes paires en défense.

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Mais l’extension des marchés n’explique pas tout. Jadis accessible à tous les enfants des villes et villages, pauvres ou non, notre hockey a vendu son âme aux mieux nantis. Il est devenu le nouveau sport à la mode chez les riches. Les décideurs ont laissé les mercenaires s’infiltrer. Les parents plus en moyens ont supporté l’invasion, car elle permettait de scinder les classes sociales tout en assurant à leur enfant un poste dans l’élite.

Autrement dit, on est passé du sport du peuple, celui qui permettait au Québec de se tenir debout en acclamant Maurice Richard, à un sport élitiste gangréné par les petites pègres pleines aux as et leurs sous-fifres. Glaces artificielles, tournois privés, jackets griffés... le hockey est devenu une industrie.

Au sommet de la pyramide, le Canadien fait cavalier seul. Il règne sur le territoire et a beau jeu de le faire à sa manière, sans égards aux susceptibilités.

Si les Nordiques n’étaient jamais partis, est-ce que le Canadien aurait pris le risque de nommer un dirigeant hockey unilingue anglophone, comme au temps d’Irving Grundman? Est-ce que Montréal aurait attendu aussi longtemps avant de s’assurer de la présence d’au moins quatre Québécois francophones dans son alignement? Québec aurait-elle eu droit à quelques défilés de la Coupe Stanley sur la Grande Allée?

Autant de questions qui reviennent chaque fois que cet uniforme aussi singulier que magnifique réapparaît. Chaque fois, c’est le couteau qui rouvre la plaie profonde infligée ce tristement célèbre 25 mai 1995. C’était bien de voir les Bleus samedi après-midi. Je les aurais préférés en soirée, mais si Joe Sakic annonce ses couleurs plus tôt la prochaine fois, le premier décideur des droits télé ne passera pas à côté de l’occasion.

J’aurais revu avec bonheur les Nordiques à Montréal le 29 janvier prochain, mais il paraît que pour une histoire de logo de banque et de compagnie aérienne sur le chandail du Tricolore, ce n’est pas possible. Ça, et la nécessité de porter un uniforme local et un autre visiteur lors d’un match. Pourtant, Détroit et les Rangers se sont récemment affrontés chacun en uniforme foncé. Comme quoi, avec un minimum de bonne volonté...

«Si j’avais les ailes d’un ange, je partirais pour... Québec!»

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