Les moineaux supersoniques: aux Olympiques, on est loin du badminton de cégep!


Joseph Facal
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Après une courte nuit, je me lève et il pleut.
Probabilités de pluie pendant la journée: 80%.
Je ne veux pas courir le risque de perdre ma journée. Je n’irai pas au tennis, qui n’est pas intérieur. Il y aura d’autres journées.
J’opte pour le badminton. Bon choix!
Wow!
L’Aréna Porte de la Chapelle, dans le nord de la ville, est le seul équipement d’envergure construit pour les Jeux dans le Paris urbain.
Le métro n’est pas bondé. On disait des niaiseries.
Autour de l’amphithéâtre, lourd, lourd dispositif de sécurité: plusieurs policiers ont des mitraillettes.
Pour y pénétrer, sacs dans un plateau, poches vidées, détecteur de métal.
Partout, des gens pour vous guider. L’accueil est franchement sympathique.
Je rentre. Le choc. C’est bondé. Il doit y avoir, à vue d’œil, 6 à 7000 personnes.
Il y a trois matchs simultanés.
À mon arrivée, double femmes, double hommes et double mixte, puis deux simples messieurs.
Il me faut quelques minutes pour comprendre qu’il faut se concentrer sur un seul match.
Sinon, la dynamique de chaque affrontement vous échappe.
Devant moi, une majorité de joueurs asiatiques et des Européens. Clairement, ces deux continents dominent.
Comme au tennis, on peut contester une décision, et la caméra montre où le moineau est tombé.
Comme au basket, des préposés essuient le sol périodiquement.
Une partie est de 21 points et il faut remporter deux parties pour gagner le match.
C’est un public de connaisseurs. Des drapeaux dans les tribunes. Des encouragements, des applaudissements, mais seulement entre les points.
Absolument rien à voir avec notre badminton de cégep. La vitesse est stupéfiante, supersonique.
Avance, freine, recule, saute, avance, freine, recule, saute, jeu court, jeu long, lob, amorti, smash.
La paire féminine chinoise livre un match endiablé aux Malaisiennes.
Les Chinoises gagnent 22-20 et 21-17. C’est un stéréotype sans fondement que de s’imaginer les Chinoises froides, impassibles, impénétrables.
Elles frappent l’air du poing après un bon coup, se donnent des tapes, lâchent de mauvais mots (enfin, j’imagine) après une erreur, se tournent vers leurs fans pour qu’ils embarquent.
Elles sont là pour botter des culs.
Je consulte mes notes: Chen Qingchen et Jia Yifan sont classées première paire au monde. Je comprends mieux.
Il n’y a pas de morphologie typique chez les joueurs. Vous avez des petits, des grands, des minces, des trapus.
Pas une once de trop cependant, des muscles souples et non en boule, et une impulsion verticale redoutable.
Un Chinois, tout habillé en jaune, se prépare pour un simple messieurs. Je fouille dans mes notes.
Tab...! C’est Shi Yuqi, classé numéro un au monde.
Fantastique
Le match commence.
Hallucinant, le gars. Puissance, souplesse, grâce, agilité, une panthère, mais sans avoir l’air de forcer.
Shi Yuqi prend possession du terrain, il est dans son salon, et déplace son adversaire du Surinam à volonté, comme s’il le téléguidait.
L’autre court, plonge, se relève, repart, donne tout. Rien à faire. Le Chinois est impérial, intouchable, sur une autre planète.
Le gars du Surinam se fait salement punir. Pénible journée au bureau. Ça ne dure pas 20 minutes.
Shi Yuqi devra surtout se méfier du Danois Axelsen, numéro deux au monde et champion olympique en titre, qui commence ce soir.
On fait une pause au dîner. J’en veux plus! Ça recommence à 13h30.
En fin d’après-midi, la paire française mixte Gicquel-Delrue est accueillie par La Marseillaise. On chante «Allez, les Bleus!» comme au soccer, y compris pendant les points.
Devant elle, la paire chinoise classée première au monde.
Atmosphère de feu. Match d’enfer. La foule fait la vague! Ça capote. La paire chinoise, sérieusement accrochée, arrache la victoire.
Fantastique! Absolument fantastique! Pourquoi je n’ai pas découvert ça avant?
Je suis un enfant dans un magasin de jouets.
Badminton pour les nuls (comme moi)
Je vous l’ai dit, je ne suis pas un expert.
Je prends cependant des tonnes de notes, j’ai un cerveau, je fouille et je pose des questions autour de moi.
Il y a des journalistes aussi profanes que moi en matière de badminton. Mais il y a des spécialistes.
Le jeune Français à côté de moi a cependant des problèmes de connexion internet. Pas moi. Il panique. Le monde à l’envers.
Bon, le jeu maintenant.
Je vais recevoir des courriels de connaisseurs qui vont me tourner en bourrique. Je m’en fous.
Clairement, il y a trois coups de base: l’amorti près du filet, le lob vers le fond et le smash.
Les joueurs essaient de contrôler le filet.
Celui qui le contrôle a plus d’options, enlève du temps de réaction à l’autre, peut davantage le faire bouger.
Le lob est un coup défensif pour forcer l’autre à reculer en fond de court.
On frappe évidemment en coup droit ou en revers, mais la légèreté de la raquette impose un mouvement de fouet du poignet. Rien à voir avec le tennis.
Superbe
Si les Chinoises de ce matin étaient impressionnantes, celles de cet après-midi le sont aussi: Tan Ning et Liu Shengshu sont au quatrième rang mondial.
Les Américaines Annie et Kerry Xu ne font pas le poids.
À l’évidence, le jeu de pieds est fondamental. Ça va si vite que vous ne pouvez gaspiller des pas.
On vise les coins pour forcer l’autre à couvrir plus de terrain. Un smash au corps est particulièrement dur à retourner.
J’imagine qu’on exploite les faiblesses connues de l’adversaire... s’il en a.
La domination des Chinoises est telle qu’elles m’offrent une démonstration complète du répertoire.
Un coup est particulièrement élégant: le joueur saute pour smasher, mais le moineau au-dessus de lui est du côté opposé à sa raquette, ce qui le force à se contorsionner pendant qu’il est en l’air.
C’est un mélange de souplesse, de vitesse, de force, de coordination oculo-manuelle absolument magnifique.
Sainte paix
Comment échapper aux incessantes sirènes de police? Une promenade dans l’apaisant cimetière du Montparnasse, entre les tombes de Baudelaire, Simone de Beauvoir et Gainsbourg. La mort adoucit tout.
Virus
«One, two, tri...triez vos déchets et jetez-les dans la bonne poubelle.» On ne parle pas ici d’un commerce privé, mais d’une publicité de la mairie. Le virus de l’anglomanie ne fait pas de distinctions à Paris.
Hypocrisie
Le Canada a cette détestable habitude de se prétendre un phare de vertu dans le monde entier: le plus accueillant, le moins raciste, le plus pro-LGBTQ, etc. Curieux qu’il ait fallu le soccer féminin pour fournir une nouvelle preuve que le Canada n’est pas plus vertueux que d’autres.
Eswa... Quoi?
Vous connaissiez l’Eswatini? Pas moi. Ne me niaisez pas. C’est l’ancien Swaziland, en Afrique. On a changé le nom pour commémorer les 50 ans de l’indépendance et pour éviter la confusion Swaziland-Switzerland. Ah, bon.