Les messages haineux envoyés aux élus à l'Assemblée nationale se multiplient
Alain Laforest | TVA Nouvelles
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La retenue et le respect sont des qualités qui sont en voie de disparition sur les réseaux sociaux. Face aux insultes et menaces, les députés du Québec et leurs proches n’hésitent plus à porter plainte.
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Ainsi, le chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon, vient de s’adresser à la Sûreté du Québec à la suite d’une série de messages haineux proférés à son endroit le 19 février dernier.
Au plus fort d’une manifestation à Ottawa, alors que le journaliste Félix Séguin était pris à partie par des militants du «convoi de la liberté», le chef du Parti Québécois s’est exprimé sur les réseaux sociaux.
«Je me disais que ça prenait du courage pour faire cette job-là. J'ai juste tweeté parce que c'est ça que ça évoquait pour moi. Il fallait soutenir ce travail-là»,dit-il.
Une avalanche de messages haineux a suivi.
«Je demande aux policiers d'évaluer si des expressions comme "ton tour va venir", "crève calisse", "tu vas passer à la trappe", c’est de nature criminelle», s’est interrogé M. St-Pierre Plamondon en entrevue à TVA Nouvelles.
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52% de messages bloqués sur la page Facebook de François Legault
Tous les politiciens ont noté une augmentation des messages haineux sur les réseaux sociaux.
La dizaine de personnes qui s’occupe de la modération des pages du premier ministre a masqué 108 000 des 207 000 messages sur sa page Facebook entre le 1er et le 31 janvier.
Parmi ces messages, 356 commentaires ont fait l’objet de signalement à la SQ.
La directrice générale de la CAQ et organisatrice en chef, Brigitte Legault, s’inquiète de cette montée de la violence.
«Si je te vois dans la rue, il va arriver ça. Pour les femmes, on parle de violence. Fort probable que là-dedans il y a des gens qui ont été arrêtés. On ne veut pas savoir pourquoi, mais le nombre de personnes qui se servent de ça comme défoulement, c'est vraiment plus élevé qu'avant», estime-t-elle.
Sur la page Instagram de François Legault, son équipe a masqué 77% des messages 17 des 22 000 durant la même période. Sur Twitter la modération est impossible, dit Mme Legault.
«Ne touchez pas à mes enfants»
L’engagement politique est souvent difficile pour l’entourage. La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, comme bien d’autres élues, est l’objet de commentaires disgracieux.
Plusieurs de ces messages visent sa famille: «tes filles doivent avoir hôte [sic] de toi traitresse», «tu vas te faire arrêter bientôt, dis adieu à tes enfants», etc.
«C'est le dénigrement de la femme, ce sont des propos qui sont abjects. C'est la femme objet sexuel, ça n'a pas sa place. Toi, tu décides de faire de la politique, tu décides de t'en aller là-dedans, tu donnes le meilleur de toi même, mais tes enfants n'ont pas choisi ça», s’insurge-t-elle.
Le député solidaire de Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, a demandé à sa famille de quitter la maison en 2021 après une menace.
«Ils m’avaient lancé: "trouve-toi une cachette Leduc on s'en vient!" On avait alors pris des précautions en conséquence. Ma conjointe et ma fille s'étaient réfugiées chez mes parents en banlieue le jour de la manifestation», explique-t-il.
Le directeur des poursuites criminelles et pénales est catégorique et souligne que «ce n'est pas parce que ce sont des menaces et des comportements qui sont derrière un écran qu’ils sont impunis».
«Au final, lorsqu'on plaide coupable ou qu'on est déclaré coupable d'une infraction criminelle, de menace, de harcèlement, il y a une peine qui sera imposée par le tribunal», souligne Me Audrey Roy-Cloutier.