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Les médicaments anti-obésité «ne devraient jamais être pris pour des raisons esthétiques»

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2024-09-19T13:12:23Z

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Les traitements de nouvelle génération contre l'obésité, devenus en quelques années ultrapopulaires, ne sont pas des «médicaments miracles» et «ne devraient jamais être pris pour des raisons esthétiques», met en garde Svetlana Mojsov, l'une des scientifiques ayant permis leur développement.

Aux côtés de deux autres chercheurs, Joël Habener et Lotte Bjerre Knudsen, elle a été récompensée jeudi du prestigieux prix Lasker, souvent considéré comme annonciateur d'un possible prix Nobel.

Tous trois ont permis de révolutionner la prise en charge de l'obésité, maladie chronique et véritable fléau de santé publique, en contribuant à la découverte et au développement de médicaments permettant des pertes de poids importantes.

Ozempic, Wegovy, Mounjaro, Zepbound... Indiqués contre l'obésité ou le diabète de type 2 (hyperglycémie souvent liée au surpoids), ces traitements ont entraîné un tel engouement qu'ils sont parfois détournés pour perdre quelques kilos jugés superflus.

«Le grand succès est de pouvoir traiter l'obésité et c'est ce à quoi nous devrions nous tenir», a martelé Svetlana Mojsov, 76 ans, en rappelant les effets secondaires -- notamment gastro-intestinaux -- de ces médicaments

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Traitement de l'obésité

Dans des entretiens à l'AFP, cette chimiste et son colauréat Joël Habener ont raconté les décennies de recherches nécessaires à leur élaboration.

«C'est un rêve, quand vous êtes chercheur, de découvrir quelque chose qui aidera les gens», a déclaré ce dernier. Il s'est également félicité que ces avancées contribuent à faire réaliser «que l'obésité est une maladie métabolique, et non un problème de volonté».

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L'efficacité de ces nouveaux médicaments tient à une découverte: ils miment une hormone sécrétée par les intestins, baptisée GLP-1.

Joël Habener, endocrinologue au Massachusetts General Hospital, est le premier à détecter son existence, d'abord chez le poisson, en 1982.

Svetlana Mojsov identifie pour sa part la séquence active du GLP-1, démontre sa présence dans l'intestin et en synthétise une forme pure.

Elle montre ensuite, en collaboration avec d'autres, que le GLP-1 stimule la sécrétion d'insuline par le pancréas, permettant de faire baisser le taux de glucose dans le sang.

Immédiatement, elle est «sûre que ce sera un bon traitement contre le diabète», se rappelle-t-elle.

Mais à l'époque, personne ne soupçonne encore son utilité contre l'obésité.

«Nous n'avions pas vraiment la perte de poids à l'esprit», car l'obésité n'était pas un problème aussi marqué à l'époque, explique Joël Habener, 87 ans.

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De plus, dans les années 1980, «il n'existe aucune preuve scientifique que les hormones régulent le poids», ajoute Svetlana Mojsov, professeure associée à l'Université Rockefeller née en Yougoslavie.

Ce n'est que par hasard, en conduisant de vastes essais cliniques, que les scientifiques se rendent compte que les patients maigrissent.

Le GLP-1

On comprend peu à peu que le GLP-1 ralentit la vidange de l'estomac, mais agit aussi dans le cerveau, en influant sur la sensation de satiété. Une trouvaille décisive.

Les entreprises pharmaceutiques s'en emparent rapidement. Chez Novo Nordisk, la chercheuse Lotte Bjerre Knudsen surmonte un défi de taille: dans le corps, le GLP-1 disparaît en quelques minutes.

Elle met au point des techniques permettant de le faire perdurer plus longtemps dans l'organisme -- d'abord une journée, puis une semaine.

Le premier médicament du groupe danois contenant un analogue du GLP-1 est autorisé pour la première fois en 2010 aux États-Unis contre le diabète de type 2, puis en 2014 contre l'obésité (sous le nom Saxenda).

Les autres suivent et se révèlent être des poules aux œufs d'or pour les entreprises pharmaceutiques.

Ozempic «a ouvert la voie»

Le laboratoire américain Eli Lilly a de son côté développé une molécule associant le GLP-1 à une autre hormone gastro-intestinale, ce qui pourrait selon Svetlana Mojsov réduire les effets secondaires.

«Il se peut que nous arrivions à une nouvelle génération» associant différentes hormones, estime-t-elle. «Ozempic n'est pas forcément la solution finale», mais «a ouvert la voie».

Plus prometteur encore pour l'avenir: les possibles effets du GLP-1 sur une ribambelle d'autres maladies. L'une des molécules est déjà autorisée contre les accidents cardiovasculaires.

Mais les chercheurs explorent de nombreuses autres pistes et les études pleuvent: apnée du sommeil, dépendance, maladies rénales, du foie ou même neurodégénératives (Parkinson, Alzheimer)...

«C'est extraordinaire», confie Joël Habener en pointant notamment, pour expliquer ces multiples bénéfices potentiels, l'action dans le cerveau du GLP-1.

Pour Svetlana Mojsov, le GLP-1 ouvre la voie à l'idée qu'un médicament ne soit pas réservé à une seule maladie.

«Jusqu'ici, on disait un médicament par maladie», dit-elle. «Aujourd'hui, nous constatons que le GLP-1 a un éventail beaucoup plus large de bénéfices pour la santé.»

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