Les manifestations tenues ce week-end aux États-Unis contre l'ICE illustrent à nouveau une société profondément divisée, selon un expert

Marianne Lafleur
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Les manifestations qui ont secoué les États-Unis ce week-end après la mort d’une mère de 37 ans abattue par un agent de la police fédérale de l’immigration (ICE) témoignent d’une société toujours profondément divisée, selon un expert.
«L’événement, aussi triste qu’il puisse être, a révélé la profondeur de la division aux États-Unis et n’a servi qu’à alimenter la rhétorique de chacun des camps», explique Guillaume Lavoie, spécialiste des États-Unis et membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand.
Des milliers d’Américains ont déferlé dans de nombreuses villes du pays pour protester dans le calme contre la mort de Renee Nicole Good, une mère de famille, abattue mercredi dans sa voiture lors d’une opération de l’ICE à Minneapolis.
«Les réactions immédiates d’un camp comme l’autre démontrent une certaine faille des institutions», pense M. Lavoie.
Dans les minutes qui ont suivi le drame, les républicains ont affirmé qu’il s’agissait de terrorisme intérieur et que les policiers avaient agi en légitime défense, tandis que les démocrates ont rapidement accusé le policier de meurtre.

Vidéos qui circulent
L’administration Trump a relayé vendredi une vidéo prise pendant l’opération par l’agent incriminé, Jonathan Ross. Dans celle-ci, on voit le VUS rouge de la Renee Nicole Good en travers de la route enneigée tandis que retentissent des sirènes.
Au volant, la mère de 37 a lance: «Je ne suis pas en colère contre vous» à l’agent qui fait le tour de la voiture. Lorsque Jonathan Ross passe devant le capot du VUS, elle fait marche arrière, avant d’avancer en tournant, alors que des coups de feu retentissent. «Putain de connasse», lâche une voix masculine.
Plusieurs vidéos de la même scène prises par des témoins circulent et tendent à suggérer que le policier n’était pas réellement menacé par la conductrice lorsque son véhicule s’est avancé. Elle semble au contraire avoir tenté de l’éviter.

Force de mobilisation
Guillaume Lavoie souligne l’importance et le nombre de manifestations qui se sont déroulées samedi malgré le peu de temps de préavis. «Ça démontre à quel point il y a une organisation extraordinairement bien rodée», pense-t-il.
Selon le spécialiste en politique américaine, on peut s’attendre à une radicalisation des positions dans chacun des camps ainsi qu’à une augmentation des manifestations pour la suite des choses.

Dimanche, la ministre américaine de la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a accusé les démocrates «d’encourager» les «violences» à l’encontre des policiers de l’immigration, alors que plusieurs élus démocrates, comme le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, et le maire de Minneapolis, Jacob Frey, contestent l’explication de la légitime défense.
Elle a par ailleurs annoncé dimanche l’envoi de «centaines» d’agents fédéraux supplémentaires entre dimanche et lundi à Minneapolis.
«Si des individus commettent des actes de violence contre les forces de l’ordre ou entravent nos opérations, c’est un crime, et nous les tiendrons responsables des conséquences», a-t-elle mis en garde sur Fox News.
L’ICE est devenu un outil central du président américain pour une politique d’immigration plus répressive. Depuis 2025, son budget a triplé et les agents peuvent arrêter toute personne soupçonnée d’enfreindre une loi migratoire.
Des informations obtenues par TVA Nouvelles confirment qu’en 2025, on dénombrait 65 735 personnes détenues par l’ICE aux États-Unis.
Presque trois détenus sur quatre n’ont jamais été condamnés pour crime tandis que nombreux sont ceux ayant reçu des sanctions mineures comme des constats d’infraction sur le réseau routier.
–Avec l’AFP