Les joueurs du CH n’avaient pas le droit

Jean-Charles Lajoie
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C’était pourtant la soirée pour vaincre le cancer. Alicia, 16 ans, rayonnante malgré la courageuse bataille qu’elle mène contre la leucémie a annoncé l’alignement de départ dans le vestiaire devant un Martin St-Louis ému et des joueurs en apparence concernés et touchés.
Puis, d’autres enfants malades se sont alignés en alternance avec les joueurs pour les hymnes nationaux qui ont suivi une cérémonie sobre, touchante et inspirante.
St-Louis l’a bien résumé, ses hommes devaient gagner en «jouant» du hockey sur la glace. Ces enfants ne jouent pas, ils luttent farouchement et avec courage pour vrai. Ces enfants mènent une vraie bagarre.
C’était pourtant une soirée ou en principe aucun joueur n’a à puiser bien loin pour trouver une remarquable motivation à disputer la rencontre. C’était vrai pour le Canadien, c’était vrai aussi pour les visiteurs.
Alors, je m’explique mal comment le CH a pu disputer cette rencontre en reprenant tous les schémas catastrophiques qui faisaient de lui la risée de la Ligue nationale il y a encore à peine trois semaines.
Le Canadien, c’est vrai, allait tôt ou tard en jouer une mauvaise et se faire planter comme ça se produisait chaque semaine en octobre.
Mais samedi soir? Là, je refuse.
Les joueurs n’avaient pas le droit de ne pas sortir 60 minutes dans le tapis, concentrés, déterminés. Ils n’avaient aucun droit de ne pas se battre avec courage. Ils n’avaient pas le droit de ne pas tout faire pour que ces enfants malades sortent de l’édifice le cœur léger.
Dans le sport professionnel, tu joues chaque match avec le devoir de tout faire pour le gagner, en sachant fort bien que tu vas tôt ou tard te faire rincer.
Pas samedi soir. Les joueurs du CH n’avaient pas le droit.
Heureusement, certains d’entre eux l’avaient compris. Ils avaient dans le cœur ce qu’il faut de compassion et de sensibilité pour tout laisser sur la glace.
Hélas, et c’est bien ce qui m’inquiète, certains autres ne semblaient pas saisir l’importance de ce match perdu au milieu d’un calendrier fleuve tard en novembre.
Chaque fois que le public du Centre Bell conspue ses favoris, il se trouve 50% des observateurs pour décrier ce comportement abusif des payeurs de tickets et 50% pour appuyer sans réserve ce triste chant de honte.
Cette proportion est souvent très similaire chez les joueurs questionnés dans le vestiaire. Pas samedi soir. Cette fois, tous en chœur sauf quelques éternels étourdis ont appuyés la dépréciation vocale des partisans dans le building. Plusieurs ont certainement même hués dans leurs salons ou dans les bars sportifs.
Tous les joueurs consultés ont dit avoir amplement mérité de se faire conspuer. St-Louis a appuyé la motion de dénonciation des partisans sans même que les médias n’aient le temps de lui demander de commenter. Pourquoi, pensez-vous? Parce que ce n’était pas un samedi soir comme les autres. Ce n’était pas l’un de ces petits matchs logés au milieu de 81 autres.
Samedi soir, ce n’était pas pareil. Aucun passager n’avait droit d’entrée dans l’autobus du bonheur, le train de nuit pour l’espoir, l’espoir à entretenir chez tous ces enfants malades et dont la bataille témoigne de ce que la vie a de plus cruel soit de s’en prendre à ce qu’il y a de plus beau et de plus inspirant au monde, nos enfants.
Dimanche, les joueurs avaient congé. Pas les enfants malades. Lundi, ils sont revenus patiner légers et inconscients. On les a entrainés à oublier la veille en deux secondes. Pas les enfants malades qui eux sont incapables d’endormir leur conscience.
Mardi, les p’tits gars de Martin vont jouer au hockey, tandis que les enfants malades vont se battre pour vrai contre la terrible maladie. Parce que ces enfants n’ont pas le loisir de prendre congé...