Les joueurs du Canadien avant d'être des stars: la maman de la famille de pension de Nick Suzuki en larmes pour raconter à quel point elle s’est attachée à lui
«Quand il a quitté la glace, il a agité la main et a soufflé un “merci”. Ça me rend encore très émue», raconte la mère de sa famille de pension


Jessica Lapinski
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Avant de devenir des vedettes du Canadien, de patiner devant plus de 20 000 spectateurs et de se faire arrêter par des dizaines de fans à l’épicerie, ils étaient des adolescents comme les autres. Des ados qui mangeaient toujours la même sorte de céréales, qui détestaient les asperges et qui adoraient jouer au minihockey dans le sous-sol ou à des jeux vidéo.
Mais Nick Suzuki, Samuel Montembeault, Arber Xhekaj et Rafaël Harvey-Pinard avaient quand même quelque chose de différent.

Ils avaient un grand rêve, qu’ils visaient avec détermination, même si, parfois, eux-mêmes ne semblaient pas avoir l’assurance qu’ils le réaliseraient.
«Quand je lui disais qu’il allait un jour se rendre dans la LNH, il me souriait en me disant qu’il l’espérait aussi», raconte Debbie Ayres, qui avec son conjoint, Ken Busman, a accueilli Xhekaj pendant trois ans, quand il portait les couleurs des Rangers de Kitchener, dans la Ligue junior de l’Ontario.
Au cours des dernières semaines, Le Journal s’est entretenu avec des familles de pension qui ont ouvert les portes de leur domicile à certains joueurs du Canadien alors qu’ils étaient encore dans les rangs juniors, et qui nous ont raconté leur histoire, que vous pourrez lire au bas et dans les prochains jours.

«Ça nous a brisé le coeur»
Témoins privilégiés de leur ascension vers les plus hauts sommets, ces gens accueillants, qui s’impliquent pendant de longues heures chaque saison auprès de jeunes hockeyeurs, nous ont brossé le portrait de quatre ados humbles et travaillants.
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De bonnes personnes avec de bonnes valeurs, aussi, héritées de leur famille, disent-ils tous.
«Lorsque Nick est parti à la date limite des transactions, ça nous a brisé le cœur», souligne Sarah Rowe, la maman de la famille de pension du capitaine du Canadien lorsqu’il jouait à Owen Sound, dont le témoignage complet se trouve un peu plus bas.

Au bout du fil, sa voix se brise pendant une trentaine de secondes.
«C’était tellement un bon jeune, ajoute-t-elle en réussissant finalement à réprimer ses larmes. On ne tisse pas des liens aussi serrés avec chaque joueur que l’on héberge, mais lui, c’était difficile de le laisser partir.»
Les parents de famille de pension auxquels nous avons parlé sont d’ailleurs unanimes: ce que l’on perçoit de Suzuki, de Montembeault, de Xhekaj ou de Harvey-Pinard dans les journaux ou à la télé, c’est vrai.

À leurs yeux – et la plupart ont gardé le contact depuis leur départ chez les professionnels –, ils n’ont pas changé depuis.
«Samuel est vraiment resté lui-même. Il m’épate», sourit Marc Bergeron qui, avec sa conjointe, Manon Doucet, a accueilli chez lui le gardien du Canadien durant ses années chez l’Armada.
Anecdotes savoureuses, témoignages touchants et exemples de détermination: voilà ce que vous lirez au fil des prochains textes, au sujet de quatre jeunes joueurs qui avaient un rêve et qui le réalisent aujourd’hui au sein de l’équipe la plus titrée de l’histoire de la LNH.
Le capitaine humble qui aimait les céréales
Sarah Rowe préparait le repas quand une conversation qui se déroulait un peu plus loin a capté son attention. Si bien qu’elle s’est approchée, afin de comprendre si elle avait bien entendu ce que Nick Suzuki était en train de dire, tellement, à ses yeux, ça semblait improbable venant de la bouche du jeune joueur.

«Je l’entendais raconter à quel point il était sûr de gagner, parce qu’il avait beaucoup plus de talent, relate-t-elle. Je me suis dit : “Voyons, ça ne ressemble pas à Nick! On dirait qu’il est en train de se vanter.”»
Mais Mme Rowe a vite compris que le jeune joueur qu’elle hébergeait n’était pas devenu subitement prétentieux.
«Son meilleur ami, Sean Durzi, restait aussi avec nous, explique-t-elle en riant. Et Nick lui parlait de son pool de hockey. Qu’il allait le battre dans leur pool.»
«Je pense que ça peut bien décrire Nick, qu’il soit prêt à se vanter de son pool, mais jamais de ses propres accomplissements!»
Pas comme les autres
Suzuki a passé trois saisons chez Sarah et Phil Rowe, quand il jouait pour l’Attack d’Owen Sound, de la Ligue junior de l’Ontario, entre 2015 et 2019.

À ce moment, ça faisait déjà 25 ans que la famille accueillait des joueurs de l’équipe en pension. Mais rapidement, Sarah Rowe a senti qu’il y avait chez ce jeune, qui avait tout juste 16 ans à sa première saison, quelque chose d’inhabituel.
Pas seulement en raison de ses prouesses sur la glace. En fait, ces fameuses prouesses, qui ont valu à l’attaquant d’être repêché en première ronde par les Golden Knights de Vegas, Mme Rowe les connaissait parce qu’elle assistait aux matchs.
Et que pour la première fois dans toutes ses années à héberger des joueurs, elle consultait les statistiques de l’un de ses protégés.
«Il accomplissait des choses que personne n’avait réussies auparavant. Et surtout pour une recrue, se remémore-t-elle. Et lui, il ne disait rien à ce sujet. Il était tellement humble.»
Les maths les plus dures
Mais Nick Suzuki n’était pas seulement talentueux sur la glace, précise l’enseignante, qui agit comme conseillère pédagogique de l’équipe.
C’était un excellent élève, qui suivait par exemple les cours de maths les plus difficiles.
«Ses parents, même s’ils croyaient que leur fils pouvait faire carrière dans le hockey, l’encourageaient toujours [dans ses études], pour qu’il ait un plan B si jamais le plan A ne fonctionnait pas», louange Mme Rowe.
À son arrivée au sein du clan depuis son London natal, Suzuki était un ado mature et silencieux. Ça ne l’a toutefois pas empêché de bien s’intégrer, précise-t-elle.
Walking Dead, NHL et Vector
Quand il n’était pas sur la glace, le jeune hockeyeur pouvait regarder la série The Walking Dead avec toute la famille Rowe (qu’ils ont tous arrêté de suivre quand le personnage de Glenn est mort).
«Mais ce n’était pas trop un joueur de cartes, contrairement à mon mari Phil, qui adore jouer avec les hockeyeurs que nous hébergeons», ajoute Sarah Rowe.
Suzuki préférait de loin les jeux vidéo, et surtout NHL («il était excellent, il était même l’un des meilleurs de l’équipe à ce jeu», se souvient la maman).
Et même si elle s’évertuait à préparer des œufs et du bacon quand ses hockeyeurs disputaient des matchs en après-midi, ce que le futur capitaine du Canadien – qui a aussi occupé ce rôle avec l’Attack – aimait le plus manger, c’était... des céréales Vector.
«Je ne peux pas regarder une boîte de céréales Vector sans penser à Nick, dit-elle en riant. Je n’ai jamais vu quelqu’un en manger autant de toute ma vie. Il en mangeait CHAQUE JOUR!»
«Je ne sais plus avec quelle compagnie il a signé un contrat publicitaire depuis, mais je me rappelle lui avoir demandé sur Twitter, après cette annonce, que j’attendais qu’il s’entende aussi avec Vector.»
«Il a ri et a dit : “Moi aussi!”»
Un merci qui la fait encore pleurer
Les Rowe ont tissé des liens indénouables avec Suzuki, avec sa copine, Caitlin, avec qui il est en couple depuis ses 17 ans, et avec son ami Durzi, un choix des Kings de Los Angeles qui joue désormais avec les Coyotes de l’Arizona.

Les deux joueurs ont d’ailleurs invité Sarah et Phil à assister à la rencontre entre le Canadien et les Kings au Centre Bell, en novembre 2022, puis à souper après. C’était la première fois que les deux anciens pensionnaires de la famille s’affrontaient dans la LNH.
«Je crois que Nick a à cœur les relations qu’il a développées sur son chemin vers la LNH, les gens qui l’ont soutenu», le félicite Sarah Rowe.
«Il était tellement un bon jeune, ajoute-t-elle, avant de faire une longue pause pour retenir ses larmes. Quand il jouait pour l’Attack, nous étions dans une loge qui se trouvait juste au-dessus du banc des joueurs.»
«À son dernier match, on savait tous que Sean et lui seraient échangés. Quand il a quitté la glace, il nous a regardés, a agité la main pour nous saluer et a soufflé un “merci”.»
«Ça me rend très émue, même cinq ans plus tard. Il était tellement gentil.»
Toute la journée à attendre avec son ami

Sarah Rowe voulait absolument raconter cette anecdote qui, selon elle, exprime parfaitement la personnalité de Nick Suzuki:
«Quand Nick a été repêché, sa famille m’a invitée à Chicago pour assister à la soirée. Ils m’ont tout payé. Mon mari ne pouvait pas y aller, car il travaillait. Nick a été sélectionné le vendredi en première ronde, par les Golden Knights de Vegas. Et Sean [Durzi, son meilleur ami, qui restait aussi chez la famille Rowe] devait être choisi le samedi [lors des rondes de 2 à 7].
Alors, Nick et moi sommes allés ensemble assister à la journée du samedi, pour rester avec Sean en attendant qu’il soit choisi à son tour. Mais finalement, Sean n’a pas été repêché cette année-là, il l’a été la suivante, en deuxième ronde.
Même si Nick avait été choisi la veille au premier tour, et qu’il avait beaucoup, beaucoup de choses à faire pour les Golden Knights, beaucoup d’obligations, il est resté assis avec Sean tout le long de la journée de samedi, pendant chaque ronde, comme un bon ami.
Nick a fait tout ce que les Knights lui ont demandé, mais il a passé chaque minute de la journée de samedi aux côtés de Sean.
Il n’a jamais ramené ça à lui. Il n’a jamais dit: “J’ai été repêché au premier tour, je dois faire ceci et cela.” Il disait que c’était la journée de Sean, et qu’il devait être là pour lui.»
Comme si de rien n’était devant un aréna en panique

Sarah Rowe croit que ce n’est pas du sang qui coule dans les veines de Nick Suzuki, mais de l’eau glacée. C’est d’ailleurs ce qui, selon elle, explique son ascension jusqu’au poste de capitaine du Canadien.
«Il est tellement calme. Et il joue au hockey dans l’esprit du hockey, sans jalousie, sans vouloir enlever quoi que ce soit à qui que ce soit. Il joue au hockey parce qu’il aime ça.»
Mme Rowe se souvient d’un moment en particulier où elle a été estomaquée par le calme du jeune joueur:
«Durant un match, il avait été sérieusement coupé par le patin d’un autre joueur. Notre loge était au-dessus du banc de l’Attack. Il est retourné au banc bien normalement malgré sa blessure, parce qu’après tout, c’est Nick, mais il tenait sa jambe.
Et quand il est arrivé, notre entraîneur adjoint criait, à cause de tout le sang que Nick perdait. Il répétait: “Il s’est coupé une artère ! Il s’est coupé une artère!”
Ils ont arrêté le match et Nick a quitté le banc, avec une serviette sur sa jambe.
Il a patiné sans paniquer jusqu’au tunnel pour aller se faire soigner, et il était revenu au début de la période suivante. Finalement, heureusement, c’était assez superficiel comme coupure, ça n’avait rien de vital. Tout le monde avait paniqué dans l’aréna, sauf... Nick. Il avait patiné comme s’il s’était simplement brisé un ongle ou qu’il avait perdu une lame de son patin.»