Les Jets manquent de gaz, Québec en souffrira

Jean-Charles Lajoie
Partager
En 1995, les Jets quittaient Winnipeg pour le désert de l’Arizona et devenaient ainsi les Coyotes qui y titubent encore de partout, sauf sur la glace, où André Tourigny fait un job tout simplement colossal.
Mine de rien, en moins d’un an du printemps 1995 au printemps 1996, Gary Bettman a subtilisé les partisans de Winnipeg et ceux de Québec de leur club de hockey adoré pour installer des concessions dans le désert et dans les montagnes du Colorado à Denver.
Quinze ans plus tard en 2011, coup de théâtre alors que l’on apprend contre toute attente et sans aucun signal précédent, ou presque, que Winnipeg retrouvait ses Jets à la suite de la vente et du transfert des Thrashers d’Atlanta.
- À VOIR AUSSI | Xhekaj à Laval: une décision réfléchie
- À VOIR AUSSI | Bientôt la fin pour Vlasic?
Un retour inattendu qui a rassuré les tenants du retour des Nordiques qui étaient déjà à pied d’œuvre à Québec avec les manifestations comme la marche bleue, etc...
Et puis il y avait Régis premier qui, au centre du projet collectif, avait lancé dès 2009 le grand projet de construction d’un tout nouvel édifice pour la ville de Québec.
Le centre Vidéotron est officiellement inauguré en 2015... sans les Nordiques, mais avec Metallica.
Depuis déjà quatre ans à ce moment, les Jets sévissaient de nouveau à Winnipeg dans un building qui ne correspond même pas aux normes de la Ligue nationale au moment où Bettman et ses gouverneurs ont pourtant approuvé le retour des Jets.
Un peu frustrant pour les formidables amateurs de hockey de Québec dont le destin semblait intimement lié à celui des partisans des Jets.
Les Jets à la dérive
Je vous raconte tout ça, ce soir, parce que les Jets devraient alimenter la conversation pour uniquement de bonnes raisons cette année.
Après une saison plutôt difficile, l’équipe affiche un rendement de 14-8-2 bons pour 30 points et le troisième échelon de la section centrale, en position de séries éliminatoires.
Qui plus est, les dirigeants sont parvenus à retenir à très long terme les services de Mark Scheifele et du gardien Connor Hellebuyck, deux gars à qui on prêtait des intentions claires de vouloir quitter Winnipeg de nuit en raquette s’il le fallait.
Pourtant, le MTS Center, serti de seulement 15000 sièges est à peine au deux tiers de sa capacité.
Les Jets affichent le deuxième pire rendement au niveau du chiffre des assistances avec une moyenne misérable de 12120 partisans annoncés par match dans les gradins.
Seuls les Coyotes de l’Arizona font pire avec raison, ils jouent dans un édifice de 4600 sièges et peuvent au moins se targuer de tous les vendre.
À eux deux, Winnipeg et Arizona combineraient pour le 24è rang de la ligue nationale au niveau des assistances avec 16720 partisans par match dans les gradins. En combinant les deux chiffres, j’insiste.
Tout ça pour deux clubs excitants qui gagnent leur large part de matchs et qui sont actuellement très bien postés en vue de prendre part aux séries éliminatoires.
Gary Bettman, d’ordinaire rassurant et à la fois peu loquace lorsqu’appelé à commenter les difficultés financières et/ou au guichet de ses concessions américaines, n’hésite jamais, en contrepartie, pour tenir des propos incendiaires et alarmistes lorsqu’il est question des concessions canadiennes.
On n’a qu’à penser aux nombreuses sorties menaçantes qu’il a faite dans le dossier des Flames et d’un possible nouvel amphithéâtre à Calgary.
Évidemment qu’il semble toujours se plaire à rappeler que Québec peut toujours bien courir, avec évidemment son plus beau sourire.
Jusqu’ici, il ne ramasse pas trop Winnipeg. Quand on repense qu’il n’a pas hésité à leur redonner leur équipe en 2011, on se doit de croire que ceci explique cela... que les forces derrière les Jets à Winnipeg ont le respect inconditionnel de Bettman qui ne semble pas vouloir trop les «challenger».
Ce qui ne l’empêchera certainement pas de se servir de Winnipeg et son piètre rendement financier afin de mieux expliquer pourquoi il ne militera pas pour le retour des Nordiques ou encore l’implantation d’une autre franchise en sol canadien.
C’est pathétique autant que dommage. Les sept concessions canadiennes contribuent une part de revenus globaux encore importante autour de la table des gouverneurs, mais cette proportion s’effrite de plus en plus avec des micros-marchés comme Ottawa et Winnipeg, sans compter que Calgary et Edmonton rencontrent eux aussi leur part de défis même si cela n’en paraît aucunement en termes de rendement aux guichets.
Bref les Jets en arrachent et je ne crois vraiment pas que ce soit une bonne nouvelle pour Québec, malheureusement, même si je maintiens que les Nordiques en auraient pour 10 ans au moins à guichets fermés et avec un revenu moyen par siège important advenant leur retour.