Tous les résultats
Publicité

Les gens étaient venus pour Fleury, pas pour Trump

Photo portrait de Marc de Foy

Marc de Foy

2025-01-31T04:50:42Z

Partager

C’était on ne peut plus clair sur place. La foule présente au Centre Bell pour le match entre le Canadien et le Wild du Minnesota était là davantage pour présenter ses respects à Marc-André Fleury que pour chahuter l’hymne américain à la suite de la décision de Donald Trump d’imposer des tarifs de 25% sur les importations en provenance du Canada.

On me dit que les huées des spectateurs pendant le Star Spangle Banner étaient audibles à la télévision. Mais c’est à peine si on les entendait sur la passerelle de presse. Les mécontents n’étaient pas assez nombreux pour enterrer le chanteur Gideon Zelermyer et l’organiste Diane Bibaud.

Ce fut tout autre pour Fleury.

Comme le Canadien l’avait fait pour Patrick Roy à son premier match à Montréal, derrière le banc des Islanders de New York, un gros plan du gardien du Wild du Minnesota est apparu sur les quatre écrans du tableau d’affiche pendant le Ô Canada.

La réaction a été spontanée et chaleureuse. Fleury a eu droit au genre d’ovation réservée aux grands joueurs qui font l’histoire. Il a remercié la foule d’un signe de tête. Mais on n’avait pas encore tout vu. Lors d’une pause en troisième période, il a été l’objet d’une présentation officielle.

Publicité

Les spectateurs se sont levés pour lui accorder une autre ovation monstre. Et cette fois, c’était en scandant «Fleury! Fleury! Fleury!» De mémoire d’homme, c’était la première fois qu’un joueur adverse recevait un aussi beau témoignage d’amour au Centre Bell depuis Mario Lemieux.

Fleury a bien fait les choses en réussissant un jeu blanc. Dans les dernières minutes de jeu, on souhaitait même qu’il profite du filet laissé désert par le Canadien pour qu’il inscrive un premier but dans la Ligue nationale.

L’invasion de l’Irak n’avait pas passé

Il s’en trouvera probablement pour adresser des reproches aux gens qui se sont gardés de mêler sport et politique, jeudi soir. Mais il y eut une époque où l’hymne américain fut la cible de huées généralisées au Centre Bell. C’est arrivé le 20 mars 2003, jour où les troupes américaines avaient envahi l’Irak, à la recherche d’armes de destruction massive, renversant au passage le gouvernement de Saddam Hussein.

Les Islanders de New York étaient les visiteurs ce soir-là. Dave Parrish, un Américain originaire du Minnesota qui portait les couleurs de l’équipe new-yorkaise, avait été grandement insulté. Après le match, il avait déclaré le plus sérieusement du monde que les Québécois devaient la préservation du français aux Américains.

Un autre signe qu’à part les citoyens américains qui vivent près de nos frontières et en Floride, le Québec est méconnu d’une grande partie de la population américaine. Je l’ai constaté régulièrement durant mes 27 saisons sur la couverture quotidienne du Canadien.

«Montréal? Connais pas. Où est-ce?» me demandait-on.

Quand je leur indiquais que c’était au Canada, vous savez le pays au nord de vos frontières, ces gens répondaient: «Ah oui, le Canada! Je connais Toronto.»

Toronto, bien sûr, là où l’hymne canadien n’est chanté qu’en anglais aux évènements sportifs.

Jean Béliveau, le pacificateur

Rappelons-nous aussi que l’hymne américain avait été copieusement hué au Centre Bell lors d’une série contre les Bruins. Les amateurs de Boston ne l’avaient pas pris.

Le Canadien avait demandé à Jean Béliveau de livrer un message par vidéo dans lequel il demandait aux partisans du Canadien de faire montre de respect pendant l’hymne américain avant chaque rencontre.

La question qu’il faut se poser est de savoir s’il est nécessaire d’entendre les hymnes nationaux avant chaque manifestation sportive domestique en Amérique du Nord. En limitant l’exercice aux compétitions internationales, on éviterait peut-être des problèmes.

Surtout pour les quatre prochaines années.

Qu’à cela ne tienne, revenons aux vraies affaires.

Le Canadien en a échappé une quatrième de suite jeudi soir. La magie est disparue et Kaiden Guhle aussi, lui qui est tombé au combat juste avant que des bobbleheads à son effigie ne soient remis aux spectateurs.

Le party semble tirer à sa fin.

Publicité
Publicité