Les Européens tentés de parler à nouveau à Poutine, mais comment?

AFP
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Emmanuel Macron a lancé le mouvement, Giorgia Meloni a embrayé: les Européens veulent parler à nouveau à Vladimir Poutine, pour ne pas être marginalisés par les États-Unis. Mais le choix des interlocuteurs anime les discussions en coulisses, sur fond de rivalités pour le leadership européen.
Dans cette séquence à haut risque, le président français entend jouer les premiers rôles.
C'est lui qui, juste avant Noël, a rouvert le débat en affirmant depuis Bruxelles qu'il allait «redevenir utile» pour les Européens «de parler à Vladimir Poutine» dans le cadre d'un «dialogue complet avec la Russie» - après avoir globalement coupé les ponts, sauf rares exceptions, depuis plus de trois ans.
Son raisonnement: dès lors que le président américain, Donald Trump, a repris langue avec son homologue russe, le Vieux Continent, en restant sur la touche, risque de n'être qu'une variable d'ajustement dans un éventuel règlement politique de la guerre en Ukraine, et plus largement dans une relance des relations américano-russes.
«Le moment est venu où l'Europe devrait parler aussi avec la Russie», a abondé vendredi la première ministre italienne. Giorgia Meloni estime également que les Européens sont handicapés dans leur «contribution positive» aux négociations de paix s'ils ne parlent qu'aux Ukrainiens et aux Américains.
Et ces deux voix ne sont pas isolées. Une source diplomatique d'un autre grand pays de l'Union européenne confirme que les dirigeants ont commencé à discuter entre eux de la réouverture d'un canal de communication.
- «Adultes» -
«Dès lors qu'on voit bien qu'on ne prend pas le chemin d'une victoire militaire de l'Ukraine sur la Russie, il faut négocier. Et si on négocie, il paraît aberrant de ne pas parler à Poutine», acquiesce l'ex-ambassadrice de France à Moscou, Sylvie Bermann.
«Si les Européens veulent être autonomes, si nous sommes des adultes, on n'a pas besoin de passer par +daddy+ comme intermédiaire», dit-elle à l'AFP, en ironisant sur le surnom donné à Donald Trump par le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte.
Une fois la décision prise, reste à savoir quand, comment et surtout qui.
«Nous n'en sommes pas encore là», a répondu cette semaine Paula Pinho, porte-parole de la Commission européenne.
À Paris, on temporise désormais, évoquant une prise de contact à préparer minutieusement, pour les prochaines semaines, voire les prochains mois.
Emmanuel Macron s'estime légitime à passer ce coup de fil: au pouvoir depuis neuf ans, il connaît son homologue russe, et ce dernier s'est publiquement dit prêt à lui reparler.
Le président français a été l'un des dirigeants européens qui ont maintenu le dialogue avec Vladimir Poutine le plus longtemps après le début de l'invasion russe en février 2022. Et cela lui a été parfois reproché, notamment par les pays d'Europe de l'Est et du Nord.
Mais depuis, Emmanuel Macron a multiplié les signes d'engagement auprès de Kiev et a pris l'initiative, avec le Royaume-Uni, de la «coalition des volontaires» appelée à fournir des garanties de sécurité à l'Ukraine en cas d'accord de paix.
- «Envoyé spécial» -
Un cavalier seul français pourrait néanmoins agacer ses partenaires.
«Durant ces années de guerre, nous avons vu comment, au niveau européen, les contacts directs établis à titre individuel par certains dirigeants n'ont pas été déterminants pour les intérêts européens», tacle un diplomate d'un autre pays, en référence aussi à l'ex-chancelier allemand, Olaf Scholz, qui avait parlé à Vladimir Poutine en novembre 2024, ou au premier ministre hongrois, Viktor Orban.
L'hypothèse d'un appel à Vladimir Poutine réalisé conjointement par le président français avec le chancelier allemand, Friedrich Merz, voire aussi avec le premier ministre britannique, Keir Starmer, est évoquée à Paris.
Ce trio, connu en jargon diplomatique comme l'E3, se veut de plus en plus à la manœuvre, sur l'Ukraine mais aussi plus largement sur la scène internationale.
Des responsables français vantent un vrai apport pour la «gouvernance européenne», qui «sera vu dans quelques années comme une forme de +conseil de sécurité européen+».
Son avantage serait de réintégrer le Royaume-Uni qui n'est plus membre de l'UE, et d'accueillir d'autres partenaires en fonction des sujets.
Souvent exclue de ce cénacle, Giorgia Meloni a toutefois mis en garde contre la multiplication des «formats», et exhorté ses collègues européens à ne pas faire «l'erreur» de «rétablir la communication avec la Russie» en «ordre dispersé».
Sa solution: un «envoyé spécial» de l'Europe sur l'Ukraine pour «parler d'une seule voix». Et son entourage a même avancé un nom: l'ex-président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, qui jouit d'une aura incontestable à travers le continent.