Les étudiants des cégeps et universités encore oubliés?
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M. Legault, j’ai écouté votre point de presse du mercredi 6 janvier avec beaucoup d’attention et même avec un peu de nervosité. Vous annoncez un «électrochoc» afin de tenter (encore une fois) de réduire la propagation du virus. Je salue votre courage de prendre ces décisions sans doute très difficiles.
Vous annoncez que les services de garde, les écoles primaires, les écoles secondaires, les épiceries, les pharmacies, les entreprises manufacturières, les stations de ski et les dépanneurs allaient rester ouverts. Vous avez même confirmé que le Canadien de Montréal pourra disputer des matchs comme prévu.
Vous avez également assuré que les itinérants auront un lieu pour être à l’intérieur et en sécurité durant la période du couvre-feu de 20h à 5h. Je suis très content que nous puissions prendre soin de ces gens.
Par contre, je trouve qu’il y a une catégorie qui brillait par son absence durant cette conférence de presse fort attendue par plusieurs. Vous avez annoncé que les écoles primaires et secondaires demeureront ouvertes, au grand soulagement de plusieurs parents, j’imagine. Je vous cite: «On doit ça à nos jeunes!» Je suis bien d’accord avec vous sur ce point. Vous nous devez bien cela. Je suis moi-même soulagé que nos jeunes puissent retourner à l’école.
Quelle est la définition de «jeune»?
Mais voyez-vous, j’ai 24 ans, je suis allé au cégep et je suis étudiant à la maîtrise maintenant. Je me considère comme un jeune adulte. J’ai de la difficulté à saisir votre définition de «jeune». Est-ce qu’on est jeune seulement lorsqu'on est à l’école primaire et secondaire? Je ne crois pas. Je suis un adulte certes, mais un jeune adulte.

Pourtant, en vous écoutant bien attentivement, rivé devant mon écran, je ne me suis pas senti interpellé par votre déclaration: «On doit ça à nos jeunes». Je crois fort bien que vous nous devez ça à nous aussi, les jeunes du cégep et de l’université.
Comme vous l’avez répété maintes fois, votre priorité est que les jeunes puissent aller à l’école. Je suis d’accord avec vous. Pourquoi alors les étudiants du cégep et de l’université ne peuvent-ils pas aller à l’école? Bien sûr, nous porterions le masque dans les aires communes et jusque dans nos classes, assis à notre chaise. Puis, nous retournerions à notre domicile dès que le cours serait terminé. Je suis convaincu que nous pourrions suivre ces consignes à la lettre, parce que nous rêvons depuis longtemps de retourner à l’école.
Nous sommes la génération de demain. Je suis persuadé que des milliers de jeunes adultes veulent contribuer à la construction de notre Québec de demain, mais pour ce faire, nous voulons aller à l’école.
La valeur de l’enseignement supérieur
Je vais même plus loin, car votre silence m’a fait beaucoup réfléchir: quelle est la valeur de l’enseignement supérieur au Québec ? Quel message envoie-t-on à nos futurs étudiants s’ils savent qu’ils vont devoir apprendre par eux-mêmes dans leur chambre? Je préfère ne pas répondre parce qu’elle m’inquiète.
Alors, je souhaite m’adresser à tous les étudiants du cégep et de l’université qui s’apprêtent à vivre une deuxième rentrée virtuelle. Je veux vous dire que vous êtes résilients, forts, déterminés et très motivés. Je pense à vous chaque jour, parce que nous allons tous vivre et apprendre à distance encore une fois pour la session d’hiver. J’ai de l’espoir que les «beaux jours» sont devant nous et que nous aurons une vraie session à l’automne prochain. Soyons solidaires et aidons-nous à traverser cette période difficile.
Je pense à vous.
— Félix Bhérer-Magnan, étudiant à la maîtrise en affaires publiques, Université Laval Montmagny