Les équipes canadiennes sous attaque: l'agent de la LNH Allain Roy sonne l'alarme


Nicolas Cloutier
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Lançons une bouée de sauvetage aux équipes canadiennes, voilà le cri du cœur d’Allain Roy, l’une des plus grosses pointures chez les agents de la Ligue nationale de hockey (LNH), à l’approche du renouvellement de la convention collective en 2026.
Avant même le coup de massue porté samedi par le président des États-Unis, Donald Trump, la conjoncture était très sombre avec un dollar canadien déjà assez faible par rapport à la devise américaine. Avec des tarifs douaniers à la hauteur de 25%, on donne essentiellement un coup de pied à quelqu’un qui agonisait déjà au sol.
«Les équipes canadiennes se font attaquer de tous les côtés. Ce n’est pas facile», confie Roy au téléphone en constatant l’urgence de la situation.
«Non, les équipes canadiennes ne sont pas contentes, confirme de son côté Allan Walsh, autre agent influent du circuit, qui prévient toutefois que l'économie américaine pourrait aussi être lourdement touchée. Ça va certainement affecter l’économie, mais ça va prendre du temps pour bien cerner comment les revenus hockey seront impactés. Il y a beaucoup de variables inconnues en ce moment.»
Les perspectives des équipes canadiennes doivent occuper une place de choix lors des prochaines négociations entre le syndicat des joueurs et la partie patronale : c'est là un important cheval de bataille pour Allain Roy.
«C’est vraiment quelque chose qui doit se négocier entre les joueurs et les propriétaires, insiste-t-il au bout du fil. Qu’est-ce qu’on fait avec les équipes canadiennes?»
Le 1er juillet, un combat inégal
La situation actuelle, estime Roy, met en péril la parité dans la LNH. Certaines équipes étaient déjà lourdement désavantagées par rapport aux formations qui évoluent dans des États ne prélevant aucun impôt sur le revenu (l’Utah et la Floride, notamment) et la tendance n’est pas près de s’atténuer.
«Les équipes canadiennes sont tellement à la merci du dollar canadien, s’inquiète Roy. Ça fait un peu peur à tout le monde. Pour les joueurs [payés en devises américaines], c’est bien, parce que leur dollar vaut plus, mais les équipes canadiennes doivent payer 1,3 million $ au lieu de 1 million. Ça s’ajoute à ton budget assez rapidement.»
Inutile de rappeler que les Canadiens sont la dernière équipe canadienne à avoir remporté la coupe Stanley et qu’un club de la Floride a pris part à chacune des cinq dernières finales de la Coupe Stanley.
«Les équipes en Floride ou dans le Nevada ou l’Utah vont se battre pour garder cet avantage énorme lors de l’ouverture du marché des joueurs autonomes, observe l’agent. Mais les équipes en Ontario, au Québec, à New York ou en Californie, elles vont pousser pour qu’on nivelle le terrain, parce que c’est devenu une grosse différence.
«Tu sais, quand tu vas à Tampa pour 7 millions $ et que tu dois signer à 10 millions $ en Californie pour toucher au même salaire net...»

Ottawa, Winnipeg et Calgary en sueur
Les Canadiens de Montréal et les Maple Leafs de Toronto ont les reins si solides, les poches tellement profondes, qu’ils seront en partie imperméables à l’enjeu des tarifs ou du dollar canadien. Au pire, c’est le propriétaire ultra-riche qui avalera la pilule pour garder l’équipe compétitive.
«Tu auras toujours des joueurs qui voudront aller dans ces marchés-là», mentionne par ailleurs l’agent Allain Roy, qui représente Kaiden Guhle et Jakub Dobes chez les Canadiens.
La situation est beaucoup plus précaire pour les concessions canadiennes évoluant dans des petits marchés comme les Sénateurs d’Ottawa, les Jets de Winnipeg ou encore les Flames de Calgary.
«Ça s’en va dans la mauvaise direction, prévient Roy. Pour Ottawa et Winnipeg, c’est plus fragile. Les plus petits marchés, ouf... c’est beaucoup plus sensible. Et les Flames, ils veulent construire un nouvel amphithéâtre, qui pourrait coûter plus cher à bâtir [avec une hausse du prix des matériaux].»
Il faut compter sur Roy pour être très vocal sur cet enjeu.
«Je suis très bullish là-dessus, affirme-t-il. C’est pas OK. Je pense que Trump utilise les tarifs pour forcer le Canada et le Mexique à négocier, alors les tarifs pourraient être éphémères, mais sinon, ça va être plus difficile. On n’est pas dans une industrie où on fait "import-export" au quotidien, mais ça affecte quand même les équipes.»

Le levier
D’emblée, Roy s’annonce pessimiste: il ignore si les parties pourront réellement trouver une solution à l’épineux problème d’iniquités fiscales entre les équipes.
«Ils vont en parler, mais c’est quelque chose qui est très compliqué, prévient-il. Qu’est-ce qui arrive si, tout d’un coup en Californie, les taxes passent de 14,5% à 6%? On fait quoi? Il faudrait une clause dans la convention pour se protéger contre de tels changements dans chaque État.
«Ça va être difficile d’avoir l'unanimité. Je suis pessimiste. Ils vont en discuter, mais je ne suis pas certain qu’ils vont trouver une solution.»
Dans cette cause que Roy défend, la sacro-sainte parité qui enchante tant le commissaire Gary Bettman est le levier le plus important dans les négociations. Si des équipes canadiennes se mettent à piquer du nez, elle est sérieusement compromise.
«La parité dans la Ligue, c’est la chose la plus importante», conclut Roy, catégorique.