Les élites voudraient nous forcer à manger des insectes pour nous contrôler

Gabriel Ouimet
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C’est une croyance à la mode chez les complotistes: les élites voudraient nous forcer à manger des insectes dans le but de nous rendre malades et de nous contrôler. Pour l’instant réservée aux niches de la désinformation au Québec, cette théorie gagne en popularité chez des politiciens et influenceurs de droite en Europe comme aux États-Unis.
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La photo publiée sur Facebook par le complotiste québécois André Pitre, jeudi, vaut mille mots. On y voit une personne couverte d’ecchymoses, au teint gris, avec cinq seringues plantées dans le corps. Coiffée d’une perruque aux couleurs arc-en-ciel, elle pleure du sang. En avant-plan, une boîte contenant des biscuits de criquets.

«I’m eating the bugs to change the weather» (Je mange des insectes pour changer la météo), peut-on lire dans le message encerclant la photo.
Le message contenu dans cette image fait référence à une idée répandue dans les cercles complotistes, soutient le chercheur principal du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR), Martin Geoffroy.
«Pour ces gens, la nourriture fait partie d’un ensemble de valeurs fondamentales qui seraient attaquées par les classes dirigeantes, notamment par l’introduction d’insectes dans l’alimentation. Elles sont liées à des valeurs conservatrices d’extrême droite. On a la vie traditionnelle, le mariage traditionnel, on mange de la viande et pas des insectes. Parce que c’est ce qui rend fort et en santé», explique-t-il.
À l’inverse, aux yeux de ces complotistes, la consommation d’insectes serait toxique et rendrait les gens malades.
Comme la consommation d’insectes a initialement été évoquée par des institutions internationales afin de pallier l’insécurité alimentaire des pays moins nantis, certaines personnes y verraient également une tentative des élites d’appauvrir le peuple, souligne le chercheur.
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Populaire chez les politiciens d’extrême droite en Europe
Si cette théorie peut sembler farfelue, elle circule néanmoins déjà dans les milieux politiques de droite en Europe depuis quelques semaines déjà.
«Comme toutes les théories du complot, elle s’inspire d’un fait réel qui est déformé», rappelle Martin Geoffroy.
Depuis le début du mois de janvier, la Commission européenne autorise l’utilisation de produits à base d’insectes dans certains aliments. Pizza, bière, pain, céréales, biscuits: tous ces aliments peuvent désormais contenir des produits à bases de grillons et de ténébrions, des petits insectes jugés sécuritaires pour la consommation humaine.
On ne parle pas ici de remplir les assiettes d’insectes. Il s’agit plutôt d’introduire de petites quantités d’insectes, sous forme de farine, par exemple, dans des aliments. Ces sources de protéines alternatives font partie du programme de développement durable de l'Union européenne.
Sur les réseaux sociaux, des politiciens de droite en France, en Italie, au Royaume-Uni et en Pologne contribuent à répandre la rumeur que les citoyens seraient dorénavant nourris d’insectes à leur insu.
Ils prétendent qu’aucune loi ne prévoit l’identification de ces produits. La Commission européenne a cependant démenti ces accusations, martelant que ces aliments devront être spécialement identifiés.
Alors que plus de deux milliards de personnes s’alimentent déjà d’insectes dans le monde, l’idée intéresse l’Occident depuis un certain temps déjà. On estime que ces aliments riches en protéines pourraient pallier l’insécurité alimentaire, alors que la population mondiale devrait continuer à croître dans les prochaines décennies.
Des racines masculinistes
Une des idées maîtresses de l’argumentaire des complotistes prend racine dans la misogynie. Selon eux, la substitution de la viande dans l’alimentation servirait à affaiblir la population en féminisant les hommes, soutient Martin Goeffroy.

«André Pitre parle aussi beaucoup du soya. Comme le soya remplace souvent la viande dans l’alimentation végane, il dit que les gens qui mangent ou boivent du soya, qu’il appelle les “soyboys”, ne sont pas de vrais hommes. Ils n’ont pas les protéines ou les hormones mâles que confère selon lui la viande. Donc ça fait des petits hommes maigrelets et faibles. C’est la même chose pour les insectes», explique-t-il.
Les promoteurs de ces idées s’inspirent d’études passées voulant que le soya soit lié à une baisse de la testostérone et du désir sexuel. Le problème, c'est que ces études ont toutefois été démenties.