Système carcéral: les détenus âgés encore plus nombreux
Les pénitenciers sont cependant mal adaptés pour les criminels vieux et malades


Jean-François Racine
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Avec une population vieillissante et des dénonciations d’agressions sexuelles des décennies plus tard, des détenus mal en point croupissent dans des pénitenciers mal adaptés. Jusqu’où devrait-on maintenir en incarcération des criminels âgés et malades?

Récemment, le photographe Roland Lachance, aussi connu sous le nom de Roland de Québec, a été reconnu coupable deux fois d’agression sexuelle sur deux adolescents à l’été 1977 et au début des années 1990. L’artiste pourrait maintenant prendre le chemin des cellules à 90 ans.
Condamné à six mois de prison pour crimes sexuels, l’homme de théâtre Edgar Fruitier, 92 ans, pourrait pour sa part éviter la prison, en raison de son état de santé. Même les trois juges qui ont entendu la cause ont qualifié la situation d’«inusitée et difficile».
Même si la question a été tranchée récemment, un second procès pour l’ex-juge Jacques Delisle était-il raisonnable alors que l’homme aujourd’hui âgé de 86 ans a passé neuf ans derrière les barreaux pour le meurtre de sa femme?
Pas un CHSLD
«Les prisons n’ont jamais été conçues pour être des maisons de soins infirmiers, des centres de soins palliatifs ou des établissements de soins de longue durée», disait l’enquêteur correctionnel du Canada, Ivan Zinger, en 2019.
Malgré tout, les fauteuils roulants et déambulateurs se multiplient derrière les barreaux.
«Pour les personnes âgées, on sait que les déplacements sont difficiles et les institutions ne sont pas conçues pour ça», explique Jean-Claude Bernheim, expert en criminologie et spécialisé dans les droits des détenus.
La dangerosité et le risque de récidive sont-ils bien évalués? «On peut penser qu’une personne de 85 ans et plus ne présente pas un grand danger pour la société. Ça prend des proportions importantes.»
Jean-Claude Bernheim croit d’ailleurs qu’il faudra s’interroger sur l’usage de la prison.
«La prison est là pour protéger la société. Quelqu’un qui a 90 ans ne présente aucun danger pour la société. Ce n’est pas pour le réhabiliter non plus.»
Besoin de services
Les détenus âgés demandent aussi des services infirmiers 24 heures par jour. «Ils sont plus sujets à des visites à l’hôpital et cela amène une pression sur les équipes d’escorte», explique Éric Prince, conseiller en communication pour le Syndicat des agents correctionnels du Canada (SACC-CSN).
Par contre, ce dernier fait un constat accablant. À l’heure actuelle, les gardiens font possiblement plus de rondes auprès des détenus âgés et malades que dans un CHSLD.

De son côté, la criminologue et sociologue Maria Mourani n’est pas prête à libérer tous les détenus âgés. Les individus que l’on peut «gérer» en communauté devraient toutefois purger leur peine à l’extérieur des murs.
Pour une victime, cette idée ne doit pas faire l’unanimité.
«Le cheminement ou le processus réparateur de chacune d’elles est unique. Il n’y a donc pas de cheminement standardisé», explique Marie-Pier Brousseau, directrice générale au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Chaudière-Appalaches.
Des «vieux» encore dangereux
Pour Maria Mourani, il existe des meurtriers qui ne récidiveront jamais, étant donné la nature du meurtre commis. Par exemple une bagarre qui a mal tourné.
«Il y en a d’autres qui sont des délinquants dangereux. C’est une minorité, mais ce type de criminel, même à 90 ans, est toujours dangereux.» Et pour eux, il n’y a d’autre choix que d’adapter les pénitenciers.
En croissance
Avant la pandémie, on comptait 359 détenus âgés de 70 ans et plus dans les pénitenciers.
Dans les statistiques, le fédéral considère comme «vieux» les détenus âgés de plus de 50 ans.
En dix ans, la croissance de ce groupe a été de 50 %.
Environ 25 % de la population carcérale a plus de 50 ans.
En 2018, le plus vieux détenu avait 87 ans.
Un rapport troublant
«Des personnes âgées qui purgent une peine de longue durée sont littéralement “entreposées” derrière les barreaux.»
«Les personnes âgées forment l’un des groupes qui coûtent le plus cher à garder en prison alors qu’elles présentent le plus faible risque pour la société.»
– Ivan Zinger, enquêteur correctionnel du Canada
*Source : Extrait du rapport Vieillir et mourir en prison : enquête sur les expériences des personnes âgées sous garde fédérale
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