Les dangers qui guettent le REM à Montréal: de modestes appartements rasés par milliers aux abords du SkyTrain à Vancouver
Dominique Cambron-Goulet
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Des gratte-ciel de 50 étages en banlieue, des quartiers rasés au profit de constructions neuves plus denses, des citoyens évincés pour faire place au progrès; est-ce ce qui attend Montréal une fois le REM mis en service? C’est du moins ce qui se passe aux abords du SkyTrain à Vancouver, a constaté Le Journal.
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Près des stations de train dans la proche banlieue de Vancouver, des milliers de citoyens ont dû quitter leurs appartements qui ont été détruits pour céder la place à des tours de condos.
«J’ai vécu ici pendant près de 20 ans», lance Shamilya Alexeeva devant son ancien édifice déserté de la rue Cassie, à Burnaby.
Ce bloc de près de 90 appartements du quartier Metrotown doit être bientôt démoli pour faire place à une tour de condos de 30 étages.
En septembre dernier, cette immigrante russe a donc dû quitter l’édifice dans lequel sa famille est née.
- Écoutez l'entrevue avec Sarah Doyon, Directrice générale chez Trajectoire Québec à l’émission d’Alexandre Dubé via QUB radio :
«J’étais triste de partir. Il y avait un jardin, un petit étang, c’était la nature», dit celle qui a agi comme gestionnaire de l’immeuble pendant plusieurs années.
Des milliers de résidents du secteur ont vécu la même histoire dans les dix dernières années, le tout au nom de la densification.
«Ici, c’était un immeuble locatif de trois étages», déclare plusieurs fois Murray Martin devant une tour ou un chantier de construction pendant qu’il guide Le Journal à travers Metrotown.

Organisateur communautaire chez ACORN Colombie-Britannique, M. Martin s’est battu pour les droits des locataires et contre les «démovictions».
En 2017, la Ville de Burnaby annonce un plan de développement qui permet la construction de très hautes tours d’habitation aux abords du SkyTrain.
Dans la région montréalaise, de tels plans, mais souvent moins agressifs, ont été adoptés en vue de l’arrivée du REM.
«Ça visait 5000 logements locatifs, près de la moitié du parc locatif de Burnaby. C’est complètement fou quand on fait face à une crise du logement et qu’il manque de remplacement pour ces unités», soutient Murray Martin.

Plus rien pour manger
Selon les données de la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL), le loyer moyen pour un appartement d’une chambre dépasse 1100$ dans toutes les villes de la région.
Ahmed* sait depuis cinq ans que son édifice de Metrotown sera détruit en raison d’un nouveau développement, mais il n’arrive pas à se trouver un logement dans ses moyens.
Il ne souhaite pas que son nom soit publié pour éviter de perdre un logement.
- Écoutez l'entrevue avec Dominique Cambron-Goulet, journaliste au Bureau d’enquête, à l’émission d’Alexandre Dubé via QUB radio :
«Je paie 1500$ par mois et là il faudrait que je paie presque le double pour deux chambres», raconte le père de deux enfants.
L’un d’eux a des besoins particuliers et Ahmed hésite à quitter le quartier de peur qu’il ne régresse à l’école.
Même avec son salaire et celui de sa femme, cela suffirait à peine à payer le loyer.
«Je vais mettre tout mon argent sur le loyer et après qu’est-ce que je vais faire pour manger?» souffle ce Tunisien arrivé au pays il y a 15 ans.
Avec des loyers qui explosent, forcément le visage de Metrotown change, explique Shamilya Alexeeva.
«Ce qui était bien des petits édifices, c’est que les familles pouvaient se permettre d’y vivre. Il y avait tellement d’enfants, raconte-t-elle à propos du quartier qui l’a accueillie à son arrivée au Canada, en 2001.
«Aujourd’hui, dans le terrain de jeux, il n’y a pas d’enfants. C’est trop cher. Ce ne sont que des couples sans enfants qui peuvent se payer [les logements]», résume-t-elle.

Un logement pour les évincés
Tout n’est pas noir toutefois pour les résidents du secteur.
Le maire Derek Corrigan, qui était au pouvoir pendant 16 ans, a perdu les élections, notamment en raison du développement immobilier.
Depuis, les locataires de Burnaby évincés pour un projet de redéveloppement doivent se faire offrir un logement au même prix par les promoteurs.
Shamilya Alexeeva a pu bénéficier de ce programme et emménagera bientôt dans une tour, actuellement en construction.
«Un gratte-ciel ne sera probablement pas aussi bien que ce que nous avions pour l’accès à la nature, qui est important pour moi. Mais je suis à l’aise de vivre dans une tour. J’ai grandi à Moscou, une ville dense», assure-t-elle.
*nom fictif