Les climatosceptiques à l'offensive avant la COP28

Agence France Presse
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Les théories climatosceptiques fleurissent sur les réseaux sociaux, les influenceurs rejoignant le front de la désinformation climatique alors que les scientifiques sont harcelés en ligne. Tour d'horizon de cette guerre de l'information, à huit jours de la COP28, à Dubaï.
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«La mésinformation et la désinformation sur l’urgence climatique retardent l’adoption de mesures urgentes visant à rétablir la perspective d’un avenir viable sur la planète», déploraient les Nations unies dans une note de juin 2023 à propos de ces informations trompeuses ou fausses, relayées sans ou avec l'intention de nuire. «Une minorité, petite mais bruyante, de climatosceptiques continue de rejeter ce consensus et d'occuper une place démesurée sur certaines plateformes numériques», ajoutait l'ONU.
Voici trois tendances parmi les fausses informations climatiques cette année.
Incendies, canicules, sécheresses
Les climatosceptiques ont trouvé du grain à moudre dans les mégafeux et les vagues de canicules et de sécheresses. D'après eux, les premiers auraient été sciemment provoqués; les secondes n'auraient rien d'exceptionnel et leur ampleur serait même gonflée par les «élites mondiales» pour justifier des politiques climatiques contraignantes, par exemple de réduction du trafic automobile.
Le Centre for Countering Digital Hate, qui a analysé des milliers de posts sur X, a par exemple constaté une nette augmentation du recours au mot-clé «ClimateScam» (arnaque climatique) après l'alerte des autorités new-yorkaises sur un épisode de pollution de l'air en juin 2023 à cause des incendies au Canada.
L'AFP a démontré que de nombreuses affirmations relayées autour des feux en août sur l'île de Maui, à Hawaï étaient aussi fausses.
Et en France, de très nombreux internautes ont pendant des mois minimisé voire nié les constats scientifiques sur la sécheresse et les niveaux extrêmement bas des nappes phréatiques.
Discours politique ou sanitaire
Après le mouvement des «gilets jaunes» en France, puis la fin de la pandémie de Covid-19, le discours de défiance envers les autorités s'est déplacé vers la thématique climatique.
«Des termes comme "dictature climatique" connaissent une croissance soudaine et fulgurante», selon une note de la Fondation Jean Jaurès publiée en avril 2023 au terme de près de deux ans d'étude (2021-2022) des discours relayés par les internautes français sur Twitter. Ces «narratifs» sont «presque exclusivement portés par les communautés antivaccins, avec des reprises assez partielles et plus tardives par des communautés souverainistes», relevait-elle.
Ces théories «mettent la main (...) sur tous les débats autour des politiques publiques» concernant le climat, souligne Jennie King, directrice de la recherche et de la politique climatiques à l'Institute for Strategic Dialogue, à Londres.
Depuis la reprise de Twitter, devenu X, par Elon Musk en octobre 2022, leur viralité n'a cessé de croître.
Ainsi les éoliennes ou le niveau des émissions de CO2 de la France sont-ils régulièrement l'objet d'affirmations trompeuses ou fausses.
Avec la fin du Covid aussi, des influenceurs positionnés sur le créneau du «bien-être» ont investi le terrain.
«Leurs arguments sont intimement liés aux inquiétudes concernant l'intégrité physique, y compris une accusation récurrente selon laquelle les politiques en faveur du climat sont un prétexte pour nuire à la santé des gens», a relevé dans un rapport la coalition d'ONG Climate Action Against Disinformation (CAAD).
Ont ainsi circulé de fausses informations assurant que le Forum économique mondial voulait faire manger des insectes aux Européens sans en être informés, ou que des villes américaines envisageaient d'interdire viande et produits laitiers.
Scientifiques ciblés
L'année 2023 restera marquée par la multiplication d'attaques ad hominem contre responsables politiques, scientifiques et journalistes.
«Dans cette sorte de guerre de l'information, tous sont considérés comme des cibles», explique Jennie King.
Lors d'une vague de chaleur en Espagne en avril, l'agence météo a rapporté des menaces contre ses employés émanant de défenseurs de la théorie des «chemtrails» selon laquelle les désastres météorologiques seraient orchestrés par les autorités grâce à des avions larguant des produits chimiques.
Harcelé en ligne, le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS et auteur principal du 6e rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), a suspendu momentanément son compte sur X.
«Quand on ne peut pas attaquer le message qui est robuste et établi, on s'en prend aux messagers», dénonçait-il sur Franceinfo le 19 août.